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05-12-2008
 
 
Le monde incohérent de Philippe Thureau-Dangin Version imprimable Suggérer par mail
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18-09-2003


Le monde incohérent de Philippe Thureau-Dangin

19/09/2003
 
 


            Dans son éditorial du 18 septembre 2003, le rédacteur en chef de Courrier International, Philippe Thureau-Dangin commente à la fois la situation au Proche-Orient et celle des Juifs dans le monde, en liant les deux questions, sans la prudence qui s’imposerait pourtant à tout observateur conscient de la complexité du problème…  Les rapports établis sont souvent flous, le propos au mieux ambigu, et au pire incohérent et vicieux.
 
Il est tout d’abord troublant que, pour parler de la situation des Juifs dans le monde, Philippe Thureau-Dangin parte du constat d’échec de la Feuille de Route.  Vouloir lier à tout prix, et exclusivement, les ‘questions juives’ – expression déjà bien malheureuse – à l’actualité dramatique du Proche Orient, est plus qu’hasardeux.  De plus en plus, en France, on estime nécessaire que certaines institutions telles le CRIF ne prennent pas ‘en otage’ la communauté juive en parlant en son nom…  Thureau-Dangin se livre pourtant au même procédé : en nommant son éditorial ‘Echapper à l’esprit de ghetto’, il inscrit déjà la question dans une problématique communautaire, problématique perçu comme une donnée et non une éventualité.
 
Cette problématique communautaire mise à part, le constat d’échec de la feuille de route mène le journaliste à dire que les perspectives de paix sont réduites de manière significative, sauf si l’un des protagoniste, apprend-on, parvient à trouver une solution originale.  Des exemples ?  Pour les Palestiniens : Stopper toute négociation et demander un protectorat international.  On est en droit de se demander quel bénéfice les Palestiniens pourraient tirer d’une telle stratégie.  Le ‘non’ d’Arafat, à Camp David, qui a mené de facto à l’arrêt de toutes négociations depuis deux ans, a été plus que catastrophique pour les Palestiniens.  Le protectorat international n’est pas vraiment un argument pertinent dans le cadre d’un conflit armé dont les victimes sont des civils de part et d’autre. 
 
Thureau-Dangin semble accorder beaucoup d’importance à une seconde solution : forcer Israël à réinvestir les Territoires.  Là aussi on se demande comment cette alternative peut être décemment qualifiée de ‘solution’.  On a souvent plus l’impression qu’il ne s’agit là que de ‘wishful thinking’ comme dirait les Anglo-Saxons : Thureau-Dangin ne pourrait qu’apprécier un tel état de fait car il permettrait bien de prouver ce qu’il dit à propos d’Israël depuis si longtemps, à savoir que l’Etat hébreu ne veut pas de la paix.  Qu’elle frustration que de voir que la réalité ne confirme pas ces rêves !
 
De la même façon, inviter Israël dans le XXIe siècle, quand on connaît le dynamisme technologique du pays, et du rôle moteur que l’Etat hébreu pourrait peut-être un jour jouer dans une collaboration économique et commerciale au Proche Orient, peut prêter à sourire.  Il y aura toujours quelque chose de déconcertant dans la cécité de ceux qui refusent de voir les atouts de l’Etat hébreu et qui se concentrent sur ses faiblesses- qu’on ne manque jamais de souligner, et ce à juste titre-  tout en ignorant l’obscurantisme des entités terroristes auquelles Israël doit faire face.
 
Le plus choquant, en réalité, dans tout le mode de pensée de l’éditorialiste, est que ses commentaires s’apparentent plus à des prophéties, qu’il espère auto-réalisatrices, qu’à des réalités de terrains.  Citer par exemple Uri Avnery – et dire que certains pourront lui reprocher cette référence ne rend en rien cette dernière plus légitime – est une preuve d’un grand irréalisme, quand on sait que Avnery est considéré comme un extrémiste en Israël et qu’il n’est même pas représenté, fautes de voies, à la Knesset.  On ne peut parler de l’identité israélienne, et encore moins de l’identité juive, avec des références aussi peu pertinentes pour une population qui partage tant d’histoire commune.  Parler de ghetto et d’isolation c’est déjà lui donner sa propre existence, alors que la communauté juive manifeste son attachement à la République, et qu’Israël a déjà entrepris des négociations, tant officielles qu’officieuses avec le Quartet entre autres. Présenter l’identité juive comme une blessure, et pire, affirmer cela comme un fait et non une question, renforce un sentiment de frustration chez ceux qui espéraient encore pouvoir renverser la tendance. 
 
Cessons d’affirmer, et commençons par douter.  Peut-être que de là surgiront les vérités fondées.
 

 Jeremy Ghez
 
 


 
 
L’article de Ph. Thureau-Dangin
 

On ne savait pas, en préparant ce dossier sur les “questions juives”, que l’actualité lui donnerait encore plus de pertinence et de profondeur de champ. En effet, les derniers événements – nouvelles menaces d’expulsion à l’encontre d’Arafat, démission de Mahmoud Abbas, nouveaux attentats, représailles de Tsahal sur les dirigeants du Hamas – rendent la “feuille de route” impraticable, renvoyant tout espoir de paix aux calendes grecques. A moins que… A moins que les deux parties ne fassent preuve de plus d’imagination, comme les y invite As Safir. Le quotidien libanais explique en effet que Palestiniens et Arabes, à mots couverts, proposent des solutions inédites : par exemple, stopper toute négociation et demander un protectorat international ou bien laisser s’écrouler l’Autorité palestinienne pour obliger Israël à réinvestir les Territoires…

De l’imagination, Robert Malley, l’ancien bras droit de Bill Clinton à Camp David, n’en manque pas. Avec l’universitaire arabe Hussein Agha, il imagine une autre solution qui passerait au-dessus des autorités palestiniennes et israéliennes en s’adressant directement, par référendum, aux deux peuples pour leur proposer une paix non négociable.

Lorsque nous avons rassemblé et choisi les articles du dossier, il est vite apparu que ces “questions juives” – qu’il s’agisse d’antisémitisme, d’identité, d’engagement politique, etc. – se nouent autour du conflit israélo-arabe. A ce titre, la reprise de l’Intifada à l’automne 2000 fut un premier choc, qui a radicalisé une grande partie de la diaspora et des Juifs d’Israël. Quelques mois plus tard, les attentats de septembre 2001 donneront une nouvelle résonance à cette radicalité. Et, ces derniers jours encore, deux hommes étaient assassinés au Maroc parce que juifs. Du coup, la communauté n’a jamais semblé aussi tendue. Comme le dit Uri Avnery (certains me reprocheront de citer ce célèbre pacifiste), ce qui guette Israël est “l’esprit de ghetto” – cet esprit d’une communauté “persécutée, isolée, qui voyait le monde entier comme étant divisé entre Juifs et goys”. Il est temps sans doute d’abandonner cet héritage historique pour qu’Israël vive en paix au XXIe siècle et que les Juifs du monde entier ne vivent plus leur identité comme une blessure.

Philippe Thureau-Dangin

 

1 commentaire.
 1. Sans titre
rené, Unregistered
je suis d'accord
 Posted 2006-08-30 05:16:30
Merci pour vos commentaires !
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