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05-12-2008
 
 
Une brève analyse des relations France - Hezbollah Version imprimable Suggérer par mail
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02-09-2006

 

Une brève analyse des relations France – Hezbollah

 31/08/2006

 

Les armes se sont donc tues au Liban. Provisoirement, peut-être, tant l'issue militaire du conflit semble incertaine, et la résolution 1701 de l'ONU inapplicable en l’état. Certes, les derniers développements suggèrent fortement que le retrait israélien sera bel et bien assuré. Par ailleurs, le déploiement rapide de l’armée libanaise - 5000 soldats au 22 août - pourrait être interprété comme un signe positif. Toutefois, il reste une question en suspens : les intentions réelles du Hezbollah.

 Cet énigmatique mouvement chiite, largement soutenu par Téhéran, s’oppose au désarmement prévu par la résolution onusienne, tout en acceptant de cesser les démonstrations militaires publiques. Volonté de se prémunir d’un conflit avec l’armée libanaise, en vue d’une possible intégration ultérieure ? Ou simple calcul tactique, afin de profiter d’une trêve suffisamment longue pour reconstituer ses stocks de missiles ? S'interroger sur les véritables motifs du Hezbollah, et plus précisément de son chef Hassan Nasrallah, paraît une tâche salutaire... à laquelle d'autres se livreront avec un brio certain. Mais l’objectif de notre étude se situera en marge d’une nécessaire analyse des intentions du mouvement islamo-nationaliste, comme le nomment Walid Charara et Frédéric Domont[1]. En effet, il existe une autre énigme dans cet imbroglio proche oriental. 

 Le juillet dernier, Trad Hamadé, membre du Hezbollah et ministre libanais du travail, déclarait, dans les colonnes du Figaro : « La France est une amie du Liban, mais depuis une dizaine d'années elle est aussi une amie du Hezbollah. (…). La France a évacué de Côte d'Ivoire en 2004 des sympathisants du Hezbollah qui avaient un passeport français. Aujourd'hui, Paris peut reprendre un rôle moteur au Moyen-Orient. » 

Cette déclaration ne manque pas de nous étonner, surtout qu’elle sera suivie, quelques temps plus tard, d’une affirmation toute aussi inhabituelle de notre ministre des Affaires Étrangères, qui salue alors «le rôle stabilisateur de l’Iran dans la région» - et ce alors que l’implication iranienne dans l’organisation des attaques du 12 juillet était déjà connue.

 Ces éléments sont d’autant plus intéressants que l’attitude de la France, traditionnellement prudente (et parfois paradoxale), envers le Hezbollah avait tendance à se raidir dernièrement. Navigant entre indulgence envers la « résistance » d’un mouvement dont le pays est occupé par Israël et méfiance d’un groupe, parfois expressément qualifié de « terroriste » par des responsables politiques français, la diplomatie française dans la région a toujours été pour le moins ambiguë. 

Afin de remettre en perspective ces propos de Trad Hamadé, les auteurs du présent article se sont efforcés de retracer un historique, le plus exact et factuel possible (conformément à la démarche d’AFIDORA), des relations entre la France et le Hezbollah. En toute conscience des limites de l’exercice, notre méconnaissance des arcanes diplomatiques par exemple.

  

Avant le retrait israélien du Sud-Liban : des relations difficiles

 

Rappelons-le à toutes fins utiles: les relations entre la France et le Hezbollah furent d’abord des moins cordiales. Mais revenons tout d'abord brièvement sur la naissance du Hezbollah.

C'est dans le contexte de la guerre civile libanaise, en 1979, qu'une branche islamiste du mouvement chiite Amal de Nabih Berri, se constitue, sous le nom d' "Amal Islamique".  Le groupe est emmené par deux chefs politiques, Hussein Moussawi et Ibrahim el Amine. La rupture avec le mouvement de Nabih Berri ne sera toutefois réellement consommée qu'en 1982, lorsque ce dernier, refusant d'obtempérer aux injonctions iraniennes, se rapproche du jeune chef de guerre maronite Béchir Gemayel, opposant à la présence syrienne. L'Amal Islamique, s'alignant sur Téhéran, fait alors sécession; la dissidence reprochera alors à Berri sa mollesse face à l’intervention israélienne « Paix en Galilée ».[2]

Dans un premier temps, ce nouveau mouvement sera essentiellement constitué de quelques centaines de Pasdarans (Gardiens de la Révolution). Toutefois, le mouvement renforcera sa "libanité", en intégrant des groupes locaux et quelques clans mafieux : certains membres du parti Daawa, la mystérieuse « Organisation de la justice révolutionnaire » ou encore le « Jihad Islamique ». C'est vers 1982, semble t-il, que le mouvement prend corps. Le nom de Hezbollah (Parti de Dieu) ne fait officiellement son apparition qu'en février 1985, lors de la proclamation d'un manifeste par Ibrahim el Amine. L'objectif du mouvement est double: instaurer une théocratie à l'iranienne au Liban d'une part, combattre la présence des Israéliens (mais aussi des forces d'interposition internationales) d'autre part. Mohammad Hussein Fadlallah, un clerc chiite, disciple de l'imam Moussa Sadr[3], en devient le guide spirituel.

Les forces d'interposition internationales au Liban comptent alors un important contingent français. Ces soldats faisaient parti de la "Force Multinationale de Sécurité" à Beyrouth, sous l’égide de l’ONU, chargée de prêter main forte à un gouvernement libanais en peine d’autorité dans un pays en proie à la guerre civile. Cette présence française est contestée : en septembre 1981, l'ambassadeur français Louis Delamarre, est assassiné à Beyrouth, sur injonction semble t-il des services secrets syriens. Dans ce contexte troublé, la première rencontre entre les Français et le Hezbollah naissant laissera un souvenir encore plus douloureux. En octobre 1983, en représailles semble t-il à une tentative d’élimination de cheikh Fadlallah manquée par la CIA, un camion-suicide chargés d’explosifs anéantissent l’immeuble Drakkar de Beyrouth, siège des forces françaises. Quelques minutes plus tôt, un autre camion-suicide avait explosé dans la base militaire américaine adjacente. 241 G.Is américains et 58 parachutistes français trouvèrent la mort. L’attaque fut menée par un mouvement inconnu, le « Jihad Islamique » : en vérité, il s’agissait d’une émanation de l’Amal Islamique (et par conséquent d’un précurseur immédiat du Hezbollah). Outre la pratique - assez nouvelle pour la région - de l'attentat suicide[4], cette violence dirigée contre une armée censée assurer la stabilité du Liban a choqué la diplomatie française.

La réaction ne se fait pas attendre, puisque l’aviation française bombardera les positions des Pasdarans, dans la vallée de la Bekaa, …alors même que les Américains ne réagissent que mollement, et abandonnent même leur projet d’offensive sur Baalbek. L’épreuve est pourtant dramatique pour la France et son implication au Liban : la force multinationale se retirera l’année suivante. Le chaos continuera quelques année encore, jusqu’à la mainmise totale de la Syrie sur le Pays du Cèdre. Ce retrait, cependant, n’entamera pas la détermination du Hezbollah à punir la France de son rôle de médiateur au Liban. En mai 1985, sous le nom déjà évoqué de Jihad Islamique Libanais, un groupuscule armé prend en otage Michel Seurat, Marcel Carton et Jean-Paul Kauffman. Le premier cité périra en détention. D’autres enlèvements suivront, les otages étant par la suite relâchés.Le Hezbollah serait par ailleurs impliqué dans une série d'attentats sur le sol français d'abord attribués aux Pasdarans en 1985 et 1986. C'est la thèse, entre autres, du géopolitologue Didier Bigo.
Si l’hostilité du Hezbollah envers la France est alors parfaitement claire (d’autant que les soldats et ressortissants italiens sont épargnés par la milice chiite), faut-il pour autant opérer le distinguo suivant, en plaçant le Hezbollah du même côté que la Syrie et que l’Iran, et de l’autre le Liban, pays fragile pour lequel la France aurait une attache historique ? 

 

1995 – 2004 : le temps des ambigüités

 

La distinction ne semple pas surmonter deux autres contradictions troublantes.  D’une part, la France aura tôt fait de se rapprocher de la Syrie, ce qui l’amène à composer avec le Hezbollah. Ce mouvement, initié par Roland Dumas (les mauvaises langues évoqueront sa relation avec Nahed Ojjeh,  la fille du ministre syrien de la Défense, Mustafa Tlass [5]), sera largement amplifié par Jacques Chirac, dès son arrivée à la présidence de la République en 1995. 1995…l’occasion de se remémorer les propos de Trad Hamadé : « La France est une amie du Liban, mais depuis une dizaine d'années elle est aussi une amie du Hezbollah… »

La Syrie, aux lendemains des accords de Taef d’octobre 1989, et contre l’esprit et la lettre de ces accords, maintient sa présence politique et militaire au Liban. Au point de faire désigner le président de la République de son choix. Ainsi en 1996, la Syrie fera-t-elle amender la constitution libanaise afin de prolonger de trois ans le mandat de Elias Hrawi, son protégé à Beyrouth. Mais la France ne réagit pas. Quatre ans plus tard, Jacques Chirac est encore l’unique chef d’Etat occidental à avoir participé en juin 2000 aux obsèques du chef d’état syrien, Hafez Assad.  D’autre part, la France a toujours manifesté une réticence certaine face à ses alliés européens lorsqu’il a été question de classer la milice chiite sur la liste des mouvements terroristes de l’Union européenne.  On peut rappeler la fureur de Jacques Chirac, en 2000, lorsque le Premier Ministre français qui cohabitait alors avec lui, Lionel Jospin, avait qualifié la milice chiite de groupe « terroriste » - même s’il ne faut pas légitimement réduire les enjeux de politique intérieure française de l’époque, à deux ans des échéances présidentielles. 

C’était également Jacques Chirac, qui le premier avait assuré la reconnaissance internationale du novice Bachar Assad en lui déroulant le tapis rouge à l’Elysée. Cette double ligne (soutien à la Syrie, dialogue avec le Hezbollah) a semble t-il été une constante de l’action du Quai d’Orsay, ou plus exactement du conseiller diplomatique de Jacques Chirac, Maurice Gourdault-Montagne, évoqué il y a quelques temps dans une analyse d’AFIDORA.

La logique qui a animé la politique extérieure de la France au Proche Orient, partagée entre le désir de stabilité d’un pays ami d’une part et la mesure du risque que représente la milice chiite d’autre part, a donc fait preuve d’une très grande complexité.  Le retrait unilatéral du Sud Liban en mai 2000 décidé par Ehud Barak, alors Premier Ministre de l’Etat hébreu, n'a pas vu la France clarifier sa position. Ainsi, l’attitude de la France est restée tout aussi contradictoire. Alors qu’une nouvelle donne semble manifestement initiée (l’Onu reconnaît le respect de la résolution 425 demandant le retrait des territoires libanais occupés par Israël), la France ne trouve pas sa voix. Le Quai d’Orsay réalisera l’exploit de parler encore du nécessaire retrait de « toutes les forces étrangères », en refusant de désigner la Syrie…alors que seul ce pays possède des troupes au Liban. En réalité, l’alliée indéfectible du Liban ne se distancera pas de Damas avant le printemps 2004 (et plus encore avec l’assassinat de l’ancien Premier Ministre libanais et ami personnel de Jacques Chirac, Rafic Hariri, en février 2005). Il n’est pas inutile de rappeler, que les premières contestations publiques de la présence syrienne au Liban se sont fait entendre aux lendemains du décès d’Hafez Assad, sous la férule de Walid Joumblatt et de la rédaction du quotidien An-Nahar de Gébrane Tueni notamment.

Dans le même temps, aux lendemains du 11 septembre, l’Hexagone persiste dans son refus d’inscrire le Hezbollah dans la liste des mouvements terroristes, (lui autrefois touché par les actions de cette même milice).  La diplomatie française estime qu’il convient de séparer la branche politique et la branche militaire du Hezbollah[6]. Hassan Nasrallah est même invité au Sommet de la Francophonie de Beyrouth, fin 2002. Et le Hezbollah d’appeler publiquement à la libération des journalistes français kidnappés en Irak : George Malbrunot et Christian Chesnot d’une part, Florence Aubenas ensuite. Appel qui fera grincer des dents parmi les politiques français, dont la conviction était que le Hezbollah n’était pas un ami de la France. On soupçonne alors un marchandage, ou un accord tacite.

Faut-il alors parler de lune de miel ? Une affaire particulière démontrera toute l’ambiguïté de la diplomatie française : celle de la chaîne de la milice libanaise, Al-Manar. Fin 2004, un certain nombre de personnalités interpellent les pouvoirs publics français après la diffusion de nombreuses émissions à caractère antisémite sur la chaîne du Hezbollah.  Face à un débat intense au sein de la société civile française, avec la prise de parti de Reporters Sans Frontières en faveur de Al Manar au nom de la liberté d’expression d’une part, et l’engagement public du président du CRIF[7] (Conseil Représentatif des Institutions juives de France) de l’autre, les autorités françaises feront preuve d’un activisme étonnant, interdisant la chaîne dès le début de 2005.  Même si, ici encore, il ne faut sans doute pas minimiser l’influence notoire des enjeux politiques domestiques - la lutte contre l’antisémitisme étant une volonté affichée du gouvernement Raffarin - il ne faut pas, non plus, sous-estimer le coût politique international que cette interdiction a pu représenter pour la France.  Le Liban avait à l’époque menacé de viser TV5, la chaîne internationale francophone.

On le voit, cet engagement actif de la France se produit sur fond de relations cordiales. On pourra résumer les relations entre la France et le Hezbollah à celui de deux partenaires respectueux, mais ayant de plus en plus de difficulté à communiquer : Hassan Nasrallah ne dira pas autre chose au printemps 2005, dans sa Lettre à un ami français, où il déplorera la nouvelle orientation de la diplomatie française. A ce titre, les interventions publiques de Jacques Chirac concernant la milice chiite - qui évolueront toutefois au cours du temps - traduisent effectivement bien cette mutation.

Jusqu’en 2003, que ce soit lors de sa visite aux Emirats Arabes Unis ou dans une interview accordée au journal Al-Hayat à l’automne 2001, ou encore dans un autre entretien avec un journaliste du quotidien libanais L’Orient le Jour un an plus tard, ou lors d’une une conférence de presse de 2003 avec le Chancelier allemand, Chirac ne fera même pas mention du Hezbollah, même s’il répond à des questions faisant explicitement référence à la milice chiite, ne lui accordant ainsi aucune importance stratégique. Le ton monte à partir du début 2004, dans un entretien accordé au quotidien israélien Yedioth Aharonoth, dans lequel il insiste sur les « messages répétés à l'attention du Hezbollah notamment ».

La position officielle de la France s’est donc brusquement raidie envers le Hezbollah, et le changement diplomatique est en marche. 

L’assassinat de Hariri : revirement et hésitations

Le mouvement avait été amorcé quelques mois avant l’assassinat de Hariri, par le vote de la résolution 1559, en septembre 2004.  Celle-ci fait suite à la décision syrienne d’obliger le Parlement libanais à prolonger le mandat du président Emile Lahoud, en dépit de l’opposition d’un certain nombre de hauts personnages (le chef druze Walid Joumblatt et le premier ministre Rafic Hariri en premier lieu). Rappelons le précédent de 1996, où la France n'avait pas bronché. Cette fois-ci cependant, la réaction est particulièrement forte: elle prend la forme d'une résolution appelant au retrait immédiat des forces syriennes et à l'abandon de toute ingérence de Damas dans les affaires intérieures libanaises. De l’avis de tous les experts de la région et des forces diplomatiques qui s’y exercent, cette résolution est le résultat direct de l’engagement personnel du président français[8], qui a négocié, main dans la main, avec les Américains, moins de deux ans après les graves divergences des deux pays au sujet de l’Irak.  Faire face ensemble à la Syrie semble constituer le meilleur terrain pour le début de réconciliation entre Français et Américains. Les seconds sont préoccupés par le terrorisme international et notamment les groupes du Proche-Orient comme le Hezbollah qui pourraient potentiellement alimenter la violence en Irak. Les premiers, amis éternels du Liban, sont vexés par une série d’humiliations infligées par Bachar Assad (citons en particulier l’entreprise Total, évincée en avril 2004 de l’important contrat gazier des Palmyrides par la Syrie au bénéfice…d’une société à fonds américains). Les réformes économiques promises à la France par Hariri, à l'occasion du sauvetage financier du Liban organisé par Jacques Chirac en dépit des réserves de Bercy, ne se concrétisent pas. Sur le chapitre du Hezbollah, la France opère un revirement en apparence, puisque la résolution prévoit le désarmement de « toutes les milices opérant sur le sol libanais». Toutefois, la diplomatie française insistera auprès des Américains pour que le Hezbollah ne soit pas explicitement mentionné, et pour éviter de donner un caractère contraignant à cette injonction de désarmer. Cela cependant, suffira à passablement étonner, et même agacer la direction du Hezbollah.

La colère de Chirac, avec l’assassinat de son ami Rafic Hariri en février 2005, rendra le processus irréversible.  La France emploie alors un langage particulièrement hostile à l’encontre de Damas. A la fin de l’année 2005, l’ampleur des réactions françaises lors des attentats coûtant la vie successivement à Samir Kassir, Georges Hawi et Gébrane Tuéni confirme la nouvelle impulsion anti-syrienne du Quai d’Orsay. Hasard ou pas : Richard Labévière, rédacteur en chef du service monde de la radio publique RFI - et l’un des traditionnel relais des thèses syriennes en France, également favorable au Hezbollah - est écarté par la chaîne à l’automne. Conséquence de ce soutien implicite de la diplomatie française au mouvement du Printemps des Cèdres, une nette évolution de l’attitude de la France envers le Hezbollah se fait sentir, comme l’ont montré les propos de Jacques Chirac, dans un entretien accordé au quotidien français Le Monde le 26 juillet dernier (2)[9].

Conclusion: l'attitude de la France pendant le conflit israélo-libanais de 2006

 Le président français avait pourtant commencé par manifester une profonde irritation face à la riposte israélienne lancée le 12 juillet, à la suite de l’attaque menée par le Hezbollah sur le sol de l’Etat hébreu.  Jacques Chirac, au cours de son allocution traditionnelle du 14 juillet, s’était alors demandé si cette riposte, jugée « disproportionnée », ne cachait pas une volonté de « détruire le Liban ».  Une diplomatie française très critique envers l’Etat hébreu : voilà une image peu surprenante de l’attitude de la France de la Cinquième République.  Mais la teneur des propos du chef de l’Etat, dans l’interview du 20 juillet, a de quoi surprendre n’importe quel observateur de la diplomatie française, habitué - peut-être trop naïvement - à cette critique habituelle de l’Etat hébreu, et le silence relatif sur les agissements et le rôle du Hezbollah, comme on a pu le voir plus haut.  Après avoir rappelé sa conviction que la solution à la crise sera diplomatique et non militaire, le président français n’hésite pas à mettre en relief ce qu’il considère être l’ « irresponsabilité » du Hezbollah dans le déclenchement de cette crise, et la nécessaire application de la résolution 1559 qui appelle au désarmement de la milice chiite.  Et ce, malgré le pari de Chirac de voir le Hezbollah se ‘normaliser’ et devenir une force exclusivement politique au Liban :

« Il n'y aura pas de Liban stable et démocratique, comme c'est sa vocation déjà confirmée, si une partie de son territoire échappe à l'autorité du gouvernement et relève de la seule autorité de milices. C'est ce qu'avait clairement indiqué la [résolution] 1559, et c'est ce qui doit être réalisé »,

 explique le chef de l’Etat.  Voilà « un accord général », entre la France, les Etats-Unis et Israël que le chef de l’Etat n’hésite pas à souligner. Un « accord général », dans lequel la Syrie et l’Iran ne font pas bonne figure.  A propos de la Syrie, Chirac ne mâche pas ses mots :

« Il fut un temps où je parlais à Bachar Al-Assad. Je parlais avec son père. Pour ne rien vous cacher, ce dialogue s'est interrompu. C'est lui qui l'a voulu. Et puis je me suis aperçu qu'il ne débouchait sur rien. Que le régime incarné par Bachar Al-Assad me paraissait difficilement compatible avec la sécurité et la paix. »

Mettons de côté les inexactitudes factuelles, voie la malhonnêteté de ces déclarations pour nous concentrer sur le fond. Les commentaires à propos de l’Iran seront plus mesurés même s’ils n’en seront pas moins fermes.  Le dialogue avec Téhéran est souhaité, même si Chirac exprime des regrets vis-à-vis de la lenteur de l’Iran sur le dossier du nucléaire, et la lenteur du pays pour répondre aux attentes de la communauté internationale.  L’avis de Philippe Douste-Blazy, qui verra dans l’Iran, deux semaines après, une « force stabilisatrice » pour la région, fera écho à ces propos plus conciliants envers l’Iran. 

Concluons enfin: alors que la question israélo-palestinienne n’est désormais plus au centre des préoccupations, la France commence sans doute à dessiner, à partir de ces propos fondateurs, une authentique nouvelle politique libanaise, loin du soutien traditionnel à la présence syrienne. S’il ne s’agit pas d’un revirement, étant donné le soutien traditionnel (mais qui reste bien discret, ambigu et critique) de Paris à Beyrouth d'une part, Jérusalem d'autre part, on assiste bien à une évolution nette de la diplomatie française. Cependant, on pourra estimer que la cible n’est pas tant le Hezbollah qui est visé directement, que ses deux grands alliés, l’Iran et la Syrie.

 

Jeremy Ghez et Steve Danino

 

 

Sources :

- AIVD – Annual Report 2004.

- Christophe AYAD, Christophe BOLTANSKI, José GARÇON, Jean-Pierre PERRIN  « Quand la Syrie monte au nez de Chirac », Libération, 22/03/2005 

- Georges CORM – « Pourquoi la France change t-elle d’attitude au Liban ? », Le Monde, 14/09/2004

- Gary C. GAMBILL, Daniel NASSIF – “Walid Jumblatt”, Middle East Intelligence Bulletin, Mai 2001

- Hassan NASRALLAH « Lettre à un ami français », Le Figaro, 15/04/2005

- Jean-Pierre PERRIN « Liban : Quand Damas va trop loin... », Politique Internationale, Hiver 2005

- Sybille RIZK « Gaz: Une décision motivée par des considérations politiques Damas aurait attribué le contrat des Palmyrides à un consortium américain », L’Orient-le-Jour, 01/04/2004

 

 



[1] Le Hezbollah : Un mouvement islamo-nationaliste, par Frédéric Domont et Walid Charara . Précisons que ces deux journalistes sont favorables au Hezbollah.

[2] Helena Cobban : Hizbullah’s New Face, Boston Review

[3] Moussa Sadr (1928, ?) est un imam chiite originaire de Qom, en Iran. Fondateur du mouvement Amal, il sera ensuite éliminé par Mouammar Kaddhafi en raison de son opposition à la participation des chiites libanais à la guerre civile libanaise, aux côtés d’un front « islamo-progressiste » comprenant les Druzes de Kamal Joumblatt, les chrétiens pro-syriens de Sleïmane Frangieh, et les sunnites de Rachid Karamé.

[4] L’ « armée rouge japonaise » avait introduit une première fois cette technique lors de l’attaque contre l’aéroport de Lod, douze ans plus tôt.

[5] Selon Roland Dumas, cette mésaventure lui aurait valu une surveillance accrue de la part des services de renseignements israéliens (Hervé Gattegno, L’Omerta Française).

[6] En dépit des objections formulées en 2004 par les services de renseignements néerlandais : AIVD, Annual Report 2004.

[7] « Ma douce France, tes fréquentations m'inquiètent », par Roger Cukierman (Le Monde, 30/11/2004).

[8] Encore plus précisément, de l’inévitable Maurice Gourdault-Montagne.

[9] « Liban : le plan Chirac pour sortir de la crise » (Le Monde, 26/07/2006).

7 commentaires.
 1. sondage
Moi, Unregistered
quelle breve analyse !!! A present que l'on comprend mieux ce que represente ce mouvement terroriste organise et soutenu depuis 20 ans par une 'grande ' puissance il serait temps de faire disparaitre de votre sondage cette indigne phrase :offensive israelienne serait elle d'apres vous un acte innacceptable ?
 Posted 2006-09-05 00:03:19
 2. Sans titre
Heid, Unregistered
Encore du pro sionisme pur jus kasher, c'est derniers ne sont-ils pas entrain de transformer mon pays en marionnette pro-sioniste, même avant l’arrivé du sioniste pur jus à la présidence, qui se précipite à chaque fois qu il le peux pour se prosterner devant le WJC, L APAIC et autres sionistes organisations Us et World jewish représentations, ou à leur marionnette bush avant le mur des lamentations pour prendre ordres et conseils pour la répression dans nos banlieues comme le font les fachos sionistes depuis 60ans en Palestine avec son fasho siono-francais bidasse de service

Après PMF, qui à permis au Mossad de propager ces crimes en Algerie pour qu elles reste le refuge des sionistes d afrique du nord, lui aoffert La Bombe A, les plans du Mirages et autres
 Posted 2006-10-01 06:05:57
 3. Sioniste !
Amel, Unregistered
Sioniste !
 Posted 2007-06-25 15:04:17
 4. Tout comprendre
Aram, Unregistered
Mort de rire.
On croirait entendre L'ambassadeur du pseudo-état d'Israel.
Revisez votre histoire avant de publier des imbécilités.
Le Hezbollah est très simple à comprendre :
CDG, Moquet, Moulin = résistance.
Hezbollah, nasrallah, sader, moussawi = résistance.
Voilà c'est aussi simple que cela.

Tout au long de l'histoire humaine, il y a toujours eu des gens qui critiquaient les mouvement résistants et louait les "pétain" et "vichy" et les occupants.
Le hezbollah libanais est né du peuple libanais et pour la cause du peuple libanais.
1 - Il a résussi à libérer le Liban de l'occupation Israélienne en 2000 après 18 d'occupation.
2 - Il a défendu farouchement le pays pour éviter une nouvelle occupation en 2006.
3 - Il a substitué les carences de l'état libanais infesté par dezs politiciens "corrompus" ami des grandes puissances (Hariri, Joumblatt et compagnie).

Tout peuple ayant un minimum de sens civique respecterait le hezbollah.

Bonne lecture.

Choisissez votre camp Monsieurs.
Bonne lecture.

 Posted 2007-08-20 04:09:43
 5. Mais bien sûr...
Georges Saad, Unregistered
Mais bien sûr.

Et quand le Hezbollah déclenche sans raison une guerre avec le voisin du Sud, et que c'est LES LIBANAIS qui prennent, c'est ce comporter en mouvement de résistance ?

Et quand on est dans le camp de ceux qui assassinent des députés, pour faire tomber une majorité, c'est de la résistance ?

Et quand on assassine 90 juifs à Buenos Aires, c'est de la résistance ? Et les forces d'interposition franco-américaines en 1982 c'est de la résistance ?

Aram vous avez raison: il faut choisir son camp. Je n'aime pas les sionistes mais je sais dans quel camp je ne suis pas.

Tout simplement la plupart des musulmans soutiennent massivement un mouvement terroriste parcequ'il prétend parler en leur nom, sans discernement - s'ils étaient éduqués ça aiderait peut-être.

Des chrétiens aveuglés par l'égo d'un général gâteux et avide de pouvoir se sont alliés avec ces criminels, et donc avec les assassins de Téhéran et de Damas.

Mais les vrais Libanais honnêtes savent très bien à quoi s'en tenir avec ceux qui ont le sang de Hariri, Ghanem, Kassir et Hawi sur les mains, même s'il leur manque une paire de c... pour le dire à voix haute !

 Posted 2007-08-21 14:29:14
 6. Tout comprendre
Bravo, Unregistered

Merci Aram de cette analyse.
Je rajouterai, que rien que le fait d'avoir humilié l'armée de Tsahel en 2006, cette armée pratiquant l'apartheid dans son pays, est largement suffisant pour louer les bienfaits que le Hezbollah apporte dans cette région.

Merci Nasrallah d'avoir été à la hauteur au niveau du commandement de la résistance.

Merci.
— Visiteur
[/quote]
 Posted 2007-11-21 14:17:47
 7. Et je précise...
GS, Unregistered

...que le Hezb n'a aujourd'hui le pouvoir au Liban que parce qu'il détient les armes. Si toutes les communautés libanaises pouvaient s'armer, on aurait vite vu la différence.
 Posted 2008-10-30 15:55:06
Merci pour vos commentaires !
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Dernière mise à jour : ( 25-06-2007 )
 
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