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15-07-2004

Contre-attaque depuis Lausanne

16/07/2004


 

 « It’s a competitive market !»
s’exclamait, non sans humour, Amit Ayalon à propos des plans de paix au Proche-Orient,
 le 18 janvier 2004 au Forum Euro-Méditerranée - lors d’une discussion avec Sari Nusseibeh à l’U.N.E.S.C.O...
 
 Lausanne ayalon geneve keller

 Centre financier international depuis la fin de la Seconde Guerre, Lausanne vit aussi du tourisme vert et plaisancier.
Tous droits réservés – Afidora 2004 
 
 
           


 

      Après nous être longuement épanchés sur l’épidémie de logorrhée qui sévit sur Genève, examinons ensemble les propos qui se tinrent entre le 23 et le 25 juillet à Lausanne lors de la conférence intitulée « Conférence pour un Etat démocratique unique en Palestine » du Collectif Pour la Paix en Israël/Palestine. 

D’aucuns auraient pu penser que la capitale vaudoise, jalouse de sa voisine genevoise aux mille conférences pour la Paix, comptait sur cet événement pour se relancer dans la compétition des plans de paix proche-orientaux qui mêle aussi Camp David, Oslo, Taba, Wye Plantation et Charm-el-Cheikh pour ne citer que les plus médiatisés. Il n’en est rien : le doyen de l’Université n’a pas souhaité soutenir l’initiative, la ville elle-même n’a pas souhaité que le nom de Lausanne apparaisse en même temps que le nom de la conférence, rebaptisée par conséquent « Conférence pour un Etat démocratique unique en Palestine » ; et enfin, le Département fédéral des Affaires étrangères du canton du Vaud, interrogé par nos soins, affirme que seul un « émissaire-observateur » était présent à la conférence. 

Pourquoi un tel délaissement des instances officielles suisses ? La faute en serait à la présence d’un certain nombre de personnalités connues pour leurs propos négationnistes – mais nous y reviendrons. Le risque était donc trop grand d’associer au nom de la ville des mesures qui auraient pu entacher son histoire.  Surtout que Lausanne s’était, dans le passé, affirmée comme la ville de réconciliation de l’Orient et de l’Occident. Sans faire de Lausanne une ville dont le champ lexical des ordonnances se tarit, le seul Traité de Lausanne qui le premier intronisa la Turquie comme puissance occidentale suffit à faire de la ville un havre de paix épidémique. Six mois de négociations à partir de novembre 1922 conduisirent à la signature du Traité le 24 juillet 1923, qui mit définitivement fin aux tiraillements guerroyants entre la Grèce et la Turquie dans leurs incessantes et mortelles chamailleries pour la souveraineté sur une partie de la mer Egée, la Thrace orientale – récupérées toutes deux par les armées d’Atatürk, le chef des nationalistes turcs, (presque) Smyrne, et les Dardanelles - qui furent consacrées zone démilitarisée et dont les flux et passages furent légiférés en 1936 lors de la Convention des Détroits. Chose intéressante pour l’éventuelle résolution du conflit israélo-palestinien, et raison pour laquelle nous prenons le temps de digresser sur cet épisode, le Traité de Lausanne restera à jamais gravé dans l’Histoire pour les deux raisons que voici : 

  1. Malgré le mauvais exemple du Traité de Versailles du 28 juin 1919 – et même du Traité de Sèvres imposé par les Grecs aux Turcs en 1920 (décidément, les banlieues franciliennes semblent peu propices aux réconciliations, ce qui expliquerait le taux de divorces anormalement élevé de la région parisienne…), le Traité de Lausanne ne fut ni convoqué ni imposé par le vainqueur mais sagement et âprement négocié par les deux parties : le vainqueur turc et le vaincu grec. Quand bien même les Turques manifestaient un certain respect pour des armées qui les avaient défaites trois années auparavant, et en même temps leur esprit de revanche après l’humiliation territoriale imposée dans le chef-lieu des Hauts-de-Seine, Atatürk, de son vrai nom Mustapha Kemal Pacha eut cette habileté de relever le peuple qu’il venait de soumettre à sa puissance militaire.


 

  1. Des échanges considérables de populations eurent lieu afin de régler les problèmes des minorités. Les historiens semblent s’accorder sur les chiffres suivants : un million trois-cents mille Grecs et Hellènes furent rapatriés de la mythique Ionie et de ce qui allait dorénavant être la Turquie (au passage, des gens éduqués et travailleurs, qui allaient de nouveau faire d’Athènes une capitale de lettres, d’Art, de commerce et de sciences), et environ un demi-million de Turcs quittèrent la Grèce pour leur pays.


A méditer donc…Voilà pour le Traité de Lausanne, dont l’héritage historique est trop lourd et par trop glorieux pour laisser le nom de la ville aux mains des ingérences néophytes - en termes de résolution de conflits - et propos déplacés et hors-la-loi (depuis la loi Gayssot de 1990) d’individus tels Jean Brière (qui écrit dans la très confidentielle mais non moins antisémite revue Nationalisme & République, revue qui avait en son temps reçu la bénédiction de Louis-Ferdinand Céline) ou encore Israël Adam Shamir (dont la thèse principale veut que ce soit ce qu’il appelle la Juiverie – avec un j majuscule s’il vous plaît - qui contrôle les Etats-Unis); ce que n’a manqué de rappeler au cours de son intervention l’universitaire israélien gauchisant Oury Davis, qui a même voulu faire voter à main la présence de nos amis révisionnistes, ainsi que l’intervention de Ginette Skandrani devant l’assistance (une centaine de personnes clairsemées dans un grand amphithéâtre). Sans succès…Ginette Skandrani est pourtant président de l’association La Pierre et l’Olivier qui co-édite le best-seller des ouvrages antisémites de ces quelques dernières années (dixit mon libraire favori du Quartier Latin himself) Le Manifeste judéo-nazi d’Ariel Sharon, ouvrage dénoncé par Xavier Ternisien dans le journal Le Monde (édition du 12 juin 2004) comme un mensonge abominable, celui de la mise au point d’une fausse interview d’Ariel Sharon par Amos Oz – ce dernier, par ailleurs signataire de l’ « Initiative de Genève » du 1er décembre 2003 (et dont vous trouverez sur notre site une synthèse et une critique de son ouvrage Aidez-nous à divorcer ! en cliquant sur les liens correspondants), s’égosillant à dénoncer cette sombre et dangereuse supercherie. Quand on voit la belle brochette qu’on leur envoie, on n’a plus besoin de se demander pourquoi les Suisses sont l’un des peuples les plus anti-cocorico…
 

Il ne manquait plus, à cette conférence, qu’un discours introductif de Noam Chomsky qui, au nom de la liberté d’expression comme il lui plaît à le crier, cautionna les travaux de Robert Faurisson (docteur ès négationnisme de l’Université de Lyon ; il fut mis hors d’état de nuire dans les milieux universitaires en 1978, à la suite de sa destitution) en les préfaçant ; mais Noam n’arriva jamais, à notre grand regret…Fort heureusement, le président de l’association organisatrice Collectif Pour la Paix en Israël/Palestine, Awni Ahmed,  (de nationalité suisse et se disant avant tout palestinien et chrétien) avait proscrit, sous peine de sanction d’expulsion, toute tentative de l’un des intervenants de faire de l’initiative sa « tribune personnelle ».


AFIDORA s’est donc brièvement penchée – par l’intermédiaire d’une « source sûre », comme on dit quand cette dernière exige de garder l’anonymat (et qu’on veut la préserver pour le futur), présente aux débats, et bien évidemment, des différents commentaires des médias, sur ce que d’aucun n’hésitent à appeler l’ « Initiative de Lausanne » alors que ce cycle de conférences n’a de lausannois que le rendez-vous, rendez-vous par ailleurs culturellement enthousiasmant et dont on se délecte des spots visuels ; jugez-en par vous mêmes (attention : les apparences sont parfois trompeuses et notre site n’est pas sponsorisé par l’Office du Tourisme lausannois…) : 

 
 
   
  

De gauche à droite : la fameuse cathédrale de Lausanne, l’Université – fondée en 1891, qui a accueilli l’organisation de ce que les médias ont appelé « l’Initiative de Lausanne », puis une vue sur le Lac Leman depuis les abords de la Cathédrale.
Tous droits réservés – Afidora 2004


 

Toujours est-il que la conférence commença sur les chapeaux de roue. Le Dr. Sâmi al-Dîb (professeur à l’Université de Lausanne), dans son discours d’ouverture, érige en « coïncidence historique » le fait que la présente conférence se tienne dans le même pays que le premier congrès sioniste. Mais en quoi s’agit-il d’un coïncidence ? La Suisse sera-t-elle le pays qui vit la naissance puis la mort de l’Etat hébreu ? Si en effet, un an après la publication de son opuscule L’Etat des Juifs (1896), Theodor Herzl convoqua la premier congrès sioniste à Bâle – qui donna naissance entre autres à l’Organisation sioniste mondiale, chargée de rendre la création du futur Etat en Palestine (alors propriété de l’Empire Ottoman) viable économiquement – on voit mal en quoi la venue en terre helvétique du Collectif pour la Paix en Israël/Palestine constitue une « coïncidence historique » pour qui que ce soit, sauf pour les organisateurs de l’événement…La « Conférence pour un Etat démocratique unique en Palestine » est en effet relativement peu couverte médiatiquement, en partie à cause des raisons évoquées précédemment (la présence de personnalités aux propos fragiles historiquement), mais aussi parce-que les instances officielles de l’Autorité palestinienne comme de l’Etat d’Israël ont pour ainsi dire snobé l’événement, ne répondant à aucune de la centaine d’invitations qui leur a été lancée – au contraire, soit dit en passant, des organisations du F.P.L.P. et de l’O.L.P. ,d’après notre source, officiellement représentées (resp. Front Populaire de Libération de la Palestine et Organisation pour la Libération de la Palestine).
 
Nous disions donc que, pour les organisateurs, la coïncidence historique pouvait résider dans le fait que la Suisse dont la réputation de ses coffre-forts, coucous et autres chocolats n’était plus à faire, et bien ce beau pays pourrait également être celui qui vit en l’espace d’un peu plus d’un siècle, la naissance et la disparition de l’Etat d’Israël. Naître à Bâle, mourir à Lausanne…Itinéraire peu glorieux pour la Nation d’un peuple qui a fait, à travers les siècles, le douloureux et contraignant apprentissage du nomadisme (« hébreu » signifiant « peuple qui marche » ou « peuple qui passe »).
 
Le grand projet de la conférence, comme l’annonce son appellation officielle, n’est autre que celui de Muammar Al-Kadhafi, explicité dans sa diatribe Isratine : le Livre Blanc (ouvrage distribué à l’entrée de l’amphithéâtre à tous les participants) proposée lors de la réunion de la Ligue arabe de 2001 en Jordanie. Le discours d’introduction du Dr. Sâmi al-Dîb s’appuie d’ailleurs sur la thèse central de l’ouvrage, selon laquelle l’unique solution au conflit israélo-palestinien serait la création d’un Etat unique et démocratique appelé Etat abrahamique (Israti), en référence au fait qu’Abraham est le père des fils d’Agar et de Sarah, les demi-frères Ismaël et Isaac, respectivement patriarches des tribus arabiques et israélites.  Non seulement Muammar Al-Kadhafi apprécie les livres colorés (il est aussi l’auteur du  Petit Livre Vert), mais il est en plus un adepte des unifications de toutes sortes, parmi lesquelles celle qu’on nomme le panarabisme, ce terme générique, désignant entre mille choses son rêve du début des années soixante-dix qui était d’unifier un territoire allant du Maroc à l’Egypte.
 
Ce projet d’Etat unique a par ailleurs déjà commenté sur le site d’AFIDORA , dans une analyse d’un article intitulé « Une Terre sainte, deux peuples » in Diplomatie magazine et dans un point de vue réagissant à une dépêche de l’Agence France Presse.
 
Selon moi, le concept d’un Etat unique est conceptuellement intéressant, car ce plan a le mérite de nous faire cogiter sur une idée novatrice : l’abolition de la frontière, cause de toutes les guerres. La frontière n’est-elle pas par définition le lieu où du sang a coulé ?
En poussant un peu le raisonnement, on aboutit rapidement à une impasse de la raison : comment faire cohabiter deux peuples que tout, sauf l’amour de leur terre, sépare ? Si l’Allemagne ne se remet – économiquement, politiquement, et socialement – toujours pas de l’unification de la République Fédérale et de la République Démocratique, combien de temps faudrait-il aux frères ennemis Israéliens et Palestiniens, Isaac et Ismaël ? Le risque est grand de voir la concrétisation improbable de «l’ Initiative » se transformer en bain de sang. Pas besoin donc d’avancer les arguments quantitatifs de la démographie (argument réducteur du pro-israélien lambda, car la démographie a de cela qu’elle suit des lois et évolue selon des cycles que l’on pourrait qualifier de conjoncturels, elle n’a donc rien d’immuable) pour convaincre quant à la fragilité de l’idée autour de laquelle tourne la Conférence pour la Paix en Palestine (ces derniers étant qu’en poids, les populations palestiniennes et israéliennes seraient grosso modo équivalentes au début, mais que la dynamique écrasante de la démographie des populations arabes conduirait d’abord à la marginalisation des Juifs, puis, et plutôt rapidement, à la mise à mort – spirituelle – d’un Etat modèle en termes de coexistence politico-religieuse des Juifs et des Musulmans pour voir la naissance d’une islamocratie de la taille de l’Israël et de la Palestine actuels réunis), un peu de pragmatisme suffit ; ce dont fit preuve Frédéric Encel, au cours d’un débat  avec Théo Klein, sur le thème « Proche-Orient en déroute : Une Paix est-elle encore Envisageable ? » : « Pour faire la paix, il faudra deux Etats avec une bonne vieille frontière bien massive, s’il le faut avec des barbelés ou un mur. L’un des moteurs d’ Oslo a été l’irrationalité, à croire que les habitants de Tel-Aviv iraient prendre des chawarmas à Damas…Pour l’instant la non-guerre suffirait, avec une frontière solide et étanche. »

 
 
 

Avis de tempête sur Genève ? Il n’y a pourtant pas trop à se faire de soucis au vu des résultats des travaux menés dans sa rivale de voisine Lausanne.
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Vouloir un Etat unique, c’est sacrifier la sécurité des Israéliens et l’autonomie économique des Palestiniens sur l’autel d’une résolution prétendument simple et humaine du conflit. Vouloir un Etat unique, c’est aussi faire montre, pour Yasser Arafat, d’une dualité extrême : peut-on conjuguer le désir de voir l’avènement d’un Etat de Palestine et l’unification avec l’Etat hébreu ?
On se souvient d’un Muammar Al-Kadhafi vexé de n’avoir su convaincre, au dernier sommet de la Ligue arabe de mai 2004 à Tunis, du bien fondé de son projet pourtant soutenu par Yasser Arafat (voir à ce titre un éditorial intitulé « la conversion de Kadhafi ne s’est faite qu’à moitié », qui remet également en cause les récents signes d’occidentalisation profonde des idées du putschiste libyen); ce même Yasser Arafat qui trouvait en le dictateur libyen un soutien inconditionnel de l’O.L.P. à ses débuts, un banquier du terrorisme islamiste depuis toujours et aussi relais, parallèlement à d’anciens membres du réseau Curiel, dans les années soixante-dix notamment, des achats croisés et groupés d’armes entre l’I.R.A. (Irish Republican Army), l’E.T.A. (Euskadi Ta Askatasuna i.e. le Pays Basque et sa Liberté) et les deux organisations O.L.P. (dont Yasser Arafat est le président du comité exécutif) et F.P.L.P.-O.S. (pour Opérations Spéciales). Yasser Arafat, en envisageant le plan de Muammar Al-Kadhafi comme une option viable, ne fait finalement que rendre hommage à son mécène. Les petits arrangements expliquent fréquemment les adhésions aux grandes causes…
Vouloir un Etat unique, c’est finalement la solution de la facilité : pourquoi ne pas réunifier l’Inde et le Pakistan, eux qui furent lié pendant tant de siècles ? Et puis, pendant que nous y sommes, pourquoi faisons-nous la guerre, pourquoi tous les pays de la Terre ne fusionnent-ils pas pour donner naissance à un grand espace pacifié, une sorte de Paradis terrestre ?  Parce-que la réalité des choses veut qu’il en soit différemment, que l’Histoire laisse des traces, que les populations s’enracinent dans les cultures issues de ces mêmes relents de l’Histoire, et que fusionner deux entités territoriales aussi différentes, c’est comme opérer un croisement entre un chien et un chat : c’est tout bonnement impossible.
 
Merci donc d’avoir pris l’initiative d’aller respirer deux jours durant le bon air vaudois, vous faites parler les bavards, et eux seuls... Mais il est notable de constater que vous ne discutez pas des attentats-suicides et préférez inférer avec les armes sémantiques habituelles des rhéteurs démesurément anti-israéliens, à savoir l’injustice, l’occupation, et l’argument scandaleux et antisémite de « sentiment de supériorité des Juifs » (le naturel reprenant le dessus au galop…), avant de regretter sur votre site Internet les suggestions de tournures tardives d’Israël Adam Shamir, qui préconise l’usage du terme apartheid en lieu et place de celui d’occupation. C’est fou ce que le cosmopolitisme politique, religieux et surtout linguistique de ce genre de conférences conduit ses participants sachant briller en société à s’exprimer dans toutes les langues, dont  l’afrikaans – dérivé du flamand-néerlandais - dans laquelle apartheid signifie séparation. C’est bien d’abolition de frontière qu’il s’agit, c’est-à-dire d’abolition de la séparation…
 
Au lieu de gaspiller votre énergie et votre argent, faites donc une expérience : cassez le mur qui sépare votre appartement de celui de vos voisins. On verra s’ils vous apparaîtront vraiment plus sympathiques…Avant de nous quitter sur ces paroles prophétiques, sachez que le gouffre qui sépare cette dernière allégorie des réalités de vos concomitances est le même que celui qui éloigne votre proposition des réalités du Proche-Orient.
 
Ce n’est pas votre projet qui amènera la paix au Proche-Orient mais la paix au Proche-Orient qui rendra l’application de votre proposition envisageable.

  Jeremy Fain

1 commentaire.
 1. Sans titre
Sarabé, Unregistered
The Tender among you : rétablir les faits


il y a quelques années, un texte a circulé sur Internet : 'Le Manifeste Judéo-Nazi d’Ariel Sharon'.

Il a été déclaré 'faux antisémite' et censuré.

Le problème est que même si le titre n'est pas le bon, on retrouve mot pour mot le texte pulbié dans un recueil par Amos Oz, au titre moins direct mais plus ironique : The tender among you and Very delicate.

'Le Manifeste' est apparu, pendant un temps, sur des sites allant de 'l’extrême droite à la gauche', et a fini par disparaître totalement des 'sites de gauche'.

Or, ce texte a été rédigé par l'un des écrivains israéliens les plus connus à l'étranger, et n’a en rien été modifié dans les sites où il apparaît, hormis l’ajout de quelques notes contextuelles et ... du titre.

Il fait partie d’un recueil publié par l’écrivain Amos Oz, en 1982, dans une version en hébreu, intitulée 'Poh-va-sham be Erets-Yisra’el bi-setav' qui a été traduite en plusieurs langues, notamment en français et en anglais. Le recueil réédité en anglais (chez Harvest In Translation - 1993, s’intitule In the Land Of Israel. Le texte en question figure à la page 87 et a pour titre véritable : The Tender among you....

Ce texte a connu une histoire mouvementée.

C'est le compte rendu d'une entrevue menée l’auteur lui-même avec un haut dirigeant israelien, après l’invasion du Liban, au moment où Sharon était menacé d’être traduit devant le tribunal pénal international pour crimes contre l’humanité.

Dans ce texte, le haut dirigeant israélien interviewé par A. Oz lui-même affirme grosso modo que si les juifs étaient venus en masse avant le carnage nazi et que les juifs d’Israel avaient tué 5 ou 6 millions d’Arabes, les juifs seraient vingt millions en Israel et il n'y aurait que quelques lignes désagréables dans les livres d'histoire. Qu’Israel serait une puissance pétrolière à laquelle les Occidentaux feraient la cour. Que s’il le fallait, il (l’'interviewé') serait prêt à faire sauter quelques synagogues pour faire accourir en hurlant les juifs de la diaspora en Israel. Le personnage est décrit comme portant une balafre au cou. Il revendique une participation directe aux décisions politiques et militaires et compare à plusieurs reprises sa situation de dirigeant d’un État à celles d’autre chefs d’État des plus grandes puissances mondiales. Amos Oz a précisé que le personnage qui tenait ces propos voulait garder l’anonymat (l’interviewé est caché derrière l’initiale T.) et qu’il (A. Oz) s’était engagé à respecter cet anonymat.

Amos Oz est un auteur proche de la mouvance travailliste, et il a de nombreux lecteurs parmi les juifs et les non-juifs. À la lecture du texte, attribuer les propos du dirigeant 'T' à Sharon ne paraît nullement aberrant (la balafre et la revendication de participation directe à l'action militaire au Liban) bien qu'il s'agisse probablement d'un autre dirigeant, proche de Sharon.

Mais, dès la publication, Sharon a été réélu en Israel.

Tout permet de croire que les manoeuvres et pressions du courant sioniste dominant en France ont fini par épuiser Amos Oz (dont le livre n’est nullement censuré en Israel, ni en Amérique du Nord où on trouve la version anglaise).

Il se peut qu’on ait demandé, en haut lieu, à Amos Oz de tout faire pour régler cette affaire qui prenait de l'ampleur en France, puisque Sharon réélu, le livre semblait mettre en cause un chef d’État, ce qui a mis Oz dans l'embarras.

Interrogé par les médias, A. Oz a simplement confirmé que l’interviewé n’était pas Sharon, mais non que cette entrevue n'existait pas.

De l’affirmation d’Amos Oz - 'ce n’est pas Sharon' - on a abouti, par un étrange court-circuit politique et médiatique, à une situation où le Monde a décidé qu'il s'agissait d'un 'faux antisémite'.

Et Amos Oz s’est tenu coi.

Et c’est ainsi que, depuis, tout ce qui tient une plume en France s’est mis à répéter qu’il s’agit d’un faux : c’est aujourd’hui la version officielle.

Dans plusieurs sites américains, 'la qualification' du texte n’est pas la même. Là-bas, le texte est parfois cité non comme un faux, mais comme un récit fictif élaboré par un artiste israelien sur un personnage fictif.

Amos Oz, qui écrit aussi de la fiction ne présente nullement In the Land of Israel comme une série de récits fictifs mais bien comme une série d’entrevues avec des gens en chair et en os.

Amos Oz a publié ce texte et en souhaité la publication à l’étranger, y compris en français, mais ne s'attendait pas évidemment pas à ce qu'il soit attribué à Sharon.

À partir du moment où Le Monde a qualifié le texte de 'faux antisémite', il n'a plus eu d'existence en France.

Il est attribué à Ginette Skandrani et à d'autres (WIKIPÉDIA).

J'ai la version anglaise.
 Posted 2006-10-27 22:50:21
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Dernière mise à jour : ( 30-08-2005 )
 
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