Advertisement
Accueil arrow Autres Points de vue arrow Gaza : désengagement ou échange de territoire ?
01-12-2008
 
 
jay.jpg
Bienvenue !
Accueil
Calendrier
Editos
Analyses
Points de vue
Synthèses
Dossiers
>
Anciens sondages
Liens
Objet Social
Contactez-nous
Inscription Newsletter
liban.jpg
Sondage
monde.jpg
Commentaires
Gaza : désengagement ou échange de territoire ? Version imprimable Suggérer par mail
Appréciation des utilisateurs: / 0
FaibleMeilleur 
23-08-2005

Gaza : désengagement ou échange de territoire ? 

24/08/2005 
 

Bien connue pour être un des deux territoires palestiniens occupés par Israël, avec la Cisjordanie, la bande de Gaza est, cet été, au centre de toutes les préoccupations proches-orientales. 

Contrairement à ce que prédisaient ses détracteurs, Ariel Sharon a bel et bien mené son plan de désengagement, l’évacuation des colons de Gaza est désormais chose faite.

Ce retrait représente un tournant dans l’histoire du conflit israélo-palestinien et met fin à trente huit ans d’occupation. Officiellement, il ne fera suite à aucune pression étrangère et il n’aura fallu aucune feuille de route ni aucun plan de paix car il s’agit bien d’un désengagement unilatéral, pierre angulaire de l’argumentaire israélien. L’étonnement est d’autant plus marquant qu’Ariel Sharon a voté contre des textes porteurs d'espoir comme les accords d’Oslo. Père des colonies et fervent partisan de l'idéologie du Grand Israël par le passé, comment peut-on expliquer aujourd’hui, un engouement si fort à « son » plan de désengagement ? Quels sont les moyens mis en œuvre et ses conséquences? Enfin, que se cache derrière cette  formidable et inattendue lueur d’espoir ?

Coalition, au nom du réalisme 

 

Très attaché à son plan de désengagement, Ariel Sharon avait besoin d’une majorité  politique à la Knesset pour le valider. Disposant de l’accord tacite d’un Shinouï (parti centriste laïque) qui avait pourtant abandonné sa participation au cabinet Sharon, il ne manquait plus qu’une alliance avec les travaillistes pour mettre sur pied cette politique de désengagement. C’est ainsi qu’il a obtenu une majorité stable et un soutien ferme à son plan.

Cependant, si Shimon Pérès, est loin d'être convaincu par l'efficacité du mur de séparation, au tracé contestable, édifié en Cisjordanie, le vieux leader travailliste s'est résigné à ne pas faire de cette « barrière de sécurité » un obstacle majeur à sa coopération avec Ariel Sharon. C'est donc au nom du réalisme que Shimon Pérès a volé au secours de son vieil ami et rival.

Cette décision n’est évidemment pas sans conséquences dans le paysage politique israélien. Principal rival de Sharon, Benjamin Netanyahou a préféré abandonner la scène politique plutôt que de cautionner le désengagement des colonies. Il est aujourd'hui le chef de file des "faucons" de la droite. Sa démission semble avoir surtout pour but de renforcer ses chances de prendre la direction du Likoud, avant les prochaines élections législatives.

Selon lui, la présence des ministres travaillistes « bride » l’action gouvernementale et l’empêche d’en finir avec l’Autorité palestinienne, « fabrique de terrorisme ». Il critique ainsi la politique de « retenue » du gouvernement.  Le conflit entre Sharon et Netanyahou risque de s'enflammer davantage dans la perspective de nouvelles élections, au cours desquelles Ariel Sharon aura maille à partir avec son propre parti.

Aussi n’est-il pas impossible que la coalition entre le Likoud et les travaillistes vire à l’aigre douce car le Parti travailliste éprouvera sûrement le besoin de trouver une identité différente de celle d’un Likoud post-retrait. Pour l’instant, il semblerait que les deux partis ne soient d’accord que sur le désengagement de la bande de Gaza. Une fois ceci réalisé, le temps sera venu pour les deux partis d'initier une nouvelle phase de confrontation, définie peu ou prou par les limites du retrait des troupes israéliennes. L'enjeu concernerait a priori le cas de la Cisjordanie, point sur lequel ces deux formations risqueraient de vouloir faire valoir des visées différentes.

Le bleu face à l’orange

Ce désengagement historique de la bande de Gaza s’est heurté à une vive résistance, les soldats israéliens butant sur des chaînes humaines et des pneus en flammes. Des pleurs, des chants et des prières ont rythmé le quotidien de la période retrait. Des images dures et surtout inhabituelles, des slogans accrocheurs (« Un Juif n’expulse pas un Juif » par exemple)  ont fait la une de tous les médias. Alors que près de la moitié des colonies avait déjà été évacuée dans le calme et la tristesse, un noyau dur de résistants –des militants extrémistes et des jeunes excités pour la plupart- s’était formé dans le Goush Katif pour déstabiliser Tsahal et le déroulement du retrait. Arborant la couleur orange, censée symboliser leur opposition à l’abandon de ce territoire, ils tentaient de convaincre soldats et policiers de prendre leur parti. Faisant souvent partie de la droite ultra-nationaliste, ces colons sont convaincus qu’ils sont chez eux, sur leur terre biblique et refusent d’admettre qu’un homme comme Ariel Sharon, qui les a toujours soutenu et promis toutes les garanties en matière de sécurité, lui même est en train de les chasser manu militari. Cette minorité qui a su se faire entendre était confrontée aux « bleus », favorables au désengagement, qui sont certes plus silencieux mais majoritaires au sein de la société israélienne.

Le retrait aura marqué Israël dans son ensemble, mais aussi la communauté internationale. Il y a là un signe fort : celui de vouloir prouver que ce pays sait également faire des concessions, son peuple tient à une terre biblique certes, mais au final,  ses valeurs démocratiques ont eu raison de tout extrémisme religieux et nationaliste.

Cela vaudrait-il toujours pour Jérusalem ou Hébron en Cisjordanie, dont la charge religieuse est nettement plus importante ?

Echange de territoires ?

 

Très vite, l’enchantement laisse place à l’analyse. Sceptique sera finalement notre sentiment.  

Unilatéral ? Comme nous l’avons déjà écrit, ce plan se présente haut et fort comme « unilatéral ». Cette invocation est centrale, elle mérite qu’on s’y attarde car il est important de démontrer en quoi il l’est réellement.

Dans le cercle des négociations, l’Egypte semble être l’intermédiaire stratégique sur un certain nombre de problèmes concernant les infrastructures palestiniennes de Gaza mais aussi et surtout des problèmes d’ordre sécuritaire.  

  • Un accord entre Israël et l'Egypte sur le déploiement de gardes armés égyptiens à la frontière avec la bande de Gaza serait en phase finale.
  • Point clé, le passage terrestre entre la bande de Gaza et l'Egypte est loin d’être réglé, les Israéliens souhaitant en conserver un droit de regard, en particulier pour les marchandises. Ils veulent être sûrs qu'aucune arme n'entrera sur le territoire contrôlé désormais par les Palestiniens. Il s'agit d'une "question cruciale", d’après Mahmoud Abbas. "Sa résolution déterminera si Gaza se transformera en prison ou pas", a-t-il dit.
  • La question du tunnel qui lie Gaza au Sinaï inquiète également les Israéliens, car c’est par là que passent roquettes Qassam, grenades et kalachnikov.
  • Terminal de Rafah : Depuis 1967, le poste de Rafah est sévèrement contrôlé par Israël. Point de transit obligatoire pour tout voyage à l'étranger, il est pour les 1,3 million de Palestiniens de la bande de Gaza la seule porte vers le monde extérieur. Alors que l'Egypte et l'Autorité palestinienne veulent le maintien du terminal, Israël souhaite soit le limiter au passage des personnes, soit le fermer et le transférer au sud, vers la ville israélienne de Kerem Shalom.
 
 

Israël  a compris que l’Egypte saura certainement mieux que les Juifs négocier avec les Palestiniens, en tant que grande puissance arabe, même si la cote de popularité de Hosni Moubarak est au plus bas au Proche-Orient, et ce, à cause de ses étroites relations qu’il entretient avec le président américain George W. Bush et sa collaboration avec Israël.  Ce qui paraît fort probable, c’est que sans l'ouverture des frontières terrestres, maritimes et aériennes qui sont toujours sous contrôle israélien, les retombées économiques du retrait risquent d’être maigres. 

Nous pouvons également nous interroger sur cet acte unilatéral lorsqu’on voit le rôle que joue l’administration américaine dans ce désengagement. Bush a promis à maintes reprises son appui au Premier Ministre israélien, affirmant qu’il n’était pas question de retourner aux frontières de 1967. Cette alliance israélienne-américaine inclut également le refus de négocier le droit de retour des réfugiés palestiniens…un appui de taille donc pour les intérêts israéliens.  

La Cisjordanie. L’épicentre du conflit. Il est important de noter qu’il y a plus de deux cent milles colons, hors Jérusalem, qui peuplent la Cisjordanie. Ce qui représente vint cinq fois le nombre de colons qu’il y avait à Gaza, à savoir,  huit mille. Il apparaît donc clairement qu’un éventuel retrait de la Cisjordanie ne sera pas à l’ordre du jour avant longtemps, car Israël doit d’abord panser ses plaies. Toutefois, cela ne nous empêche pas d’analyser les discours des différents responsables.

Tout semble être dit dans les propos du Premier Ministre Ariel Sharon lors d’une récente allocution télévisée : «  Il est important qu’ils sachent (les colons de Gaza) que ce qu’ils ont fait n’aura pas été vain. Grâce à eux, les grands blocs d’implantation en Judée et Samarie resteront en main israélienne. » Ainsi les colons de Cisjordanie, ou la majorité d’entre eux, peuvent être tranquilles. Ils ne sont pas prêts d’être évacués. Certes ce discours peut paraître, au lendemain du retrait, plus rassurant qu’autre chose. Mais doit-on prendre ces déclarations à la légère ? Sharon ne pèserait-il pas ses mots ? Car l’enjeu est important. La création d’un Etat palestinien en dépend. Le retour aux frontières de 1967 paraît de plus en plus comme un rêve lointain, et ce à cause de certaines colonies qui sont  devenues comme une donnée irréversible.

Finalement, Sharon aura réussi à tourner à son avantage la carte géopolitique des Territoires Occupés (la bande de Gaza et la Cisjordanie). Toutefois, un point subsiste: il s’agit de l'absence totale de souci pour le caractère de l'Etat palestinien qu'il a l'intention d'imposer. 

Interrogé le 12 août 2005 par le journal israélien Yedioth Ahronoth sur les implantations juives plus isolées en Cisjordanie, Ariel Sharon a répondu que « Tout ne restera pas. Cette question sera soulevée dans la phase finale des négociations avec les Palestiniens. »

On peut constater qu’il envisage des négociations avec les Palestiniens, ce qui semblait pendant l’ère Arafat encore irréalisable.  Discrètement mais sûrement, le champ est libre aux nouveaux interlocuteurs des Israéliens: Mahmoud  Abbas et Mohamed Dahlan, ministre palestinien des Affaires civiles et « homme fort » de Gaza. Une nouvelle page se tourne dans l’histoire des négociations israélo-palestiniennes.  

Hamas - Autorité palestinienne. Le revers de la médaille. En voulant agir seul, du moins officiellement, Israël affaiblit l’Autorité palestinienne et tout ce qu’elle incarne au profit du Hamas, qui en sort victorieux car il a toujours préféré l’affrontement à la négociation. Même si les partisans du Hamas sont convaincus que Gaza n'a pas été libérée par la négociation mais bien par la lutte armée, scénario déjà vécu au sud du Liban, il n'est pas question encore de crier victoire.

Le champ étant désormais libre à Gaza, il n’est pas impossible de voir des luttes de pouvoir et des affrontements interpalestiniens, qui auront de fortes chances de dégénérer durablement. Or si le chaos est au rendez-vous à Gaza, Israël trouvera là le moyen de rendre le retrait de la Cisjordanie irréalisable. Le désengagement de Gaza aura servi de test aux nouveaux interlocuteurs palestiniens.

La gestion de l’après retrait est un véritable chantier qui semble dépasser de loin les capacités techniques et financières de l'Autorité palestinienne. C’est pour cela que des négociations avec Israël, officielles ou pas, doivent être la voie vers la résolution du conflit. Aussi, est-il temps d'amener les Etats pétroliers arabes à apporter leur aide. L'Arabie Saoudite, le Koweït et les Emirats Arabes Unis comptent leurs milliards de dollars grâce à l'augmentation des prix du pétrole ces derniers mois, dépassant la barre des soixante dix dollars. Il est sans doute envisageable de les appeler à faire de cette manne une aide à la reconstruction palestinienne. 

Dans la situation qui prévaut aujourd’hui, le Hamas jouit d’une popularité grandissante dans les rues palestiniennes, ainsi deux scénarios semblent-ils se présenter aux dirigeants palestiniens : soit ils arrivent à désarmer le Hamas, hautement improbable, soit ils l’intègrent avec d’autres groupes extrémistes comme le Djihad Islamique au jeu politique comme pour le Hezbollah au Liban, ce qui mettra un terme à leur politique menée jusque-là, qui est de boycotter toutes les institutions de l’Autorité palestinienne. Le deuxième scénario semble plus réaliste, en vue des élections législatives prévues pour février 2006. Même si elle paraît dangereuse (le Hamas est un mouvement qui n’a jamais reconnu les accords d’Oslo sur l’autonomie palestinienne), cette initiative peut donner la possibilité au Hamas de s’intégrer dans le jeu démocratique. 

 

Sur les traces des pères fondateurs ? 

Sharon met la terre au cœur de son combat politique. Chantre de la colonisation, l’homme peut toutefois se révéler pragmatique, en se focalisant sur ce qui est stratégique. Là aussi la méthode a une histoire. L’Organisation des Nations Unis allouait à David Ben Gourion 55% de la terre de Palestine. Aujourd’hui les territoires palestiniens (avec Gaza) constituent seulement 25% de l’ancienne Palestine. Menahem Begin avait abandonné l’ensemble du Sinaï pour que l’Egypte renonce à la guerre et pour se concentrer sur la Cisjordanie. Nous espérons ne pas avoir à dire dans quelques années, Ariel Sharon avait abandonné la Bande de Gaza pour mieux consolider la Cisjordanie, car ce serait un déni de justice scandaleux envers les Palestiniens… même si à ce moment même le mur de sécurité continue sa progression à Jérusalem-Est ! (source : Réunion internationale du 14 et 15 avril des Nations Unies sur la construction du mur en Territoires Occupés).  

Finalement, ce sont les intérêts de l’Etat d’Israël conjugués à une vision géopolitique claire de son Premier ministre qui expliquent ce désengagement.  
 

Au delà des considérations territoriales, l’occupation ne constitue qu’un des problèmes entre Israéliens et Palestiniens. Il est préférable qu’elle cesse, car elle est immorale et détruit des milliers de vies de part et d’autre. Mais même s’ils parviennent à une paix, rêvons un peu, Israël ne sera toujours pas accepté par le reste du Proche-Orient. Un tour d’horizon de la presse arabe suffit pour  constater qu’il faudra des décennies pour que le Proche-Orient accepte l’existence d’Israël, pour des raisons d’intolérance religieuse, politique, voire raciale. (cf. article Afidora intitulé «  Racisme et Antisémitisme »). 
 

Jihane Sekkat

1 commentaire.
 1. Bien vu...
Visiteur, Unregistered
L'analyse est subtile et intelligente. Bravo. Mais oubliez-vous les menaces terroristes que causent le retrait? Le Hamas est plus dangereux que jamais aujourd'hui.
 Posted 2005-09-04 11:13:01
Merci pour vos commentaires !
Nom : Titre :
E-mail : Site web :
       [smiley=angry][smiley=cool][smiley=evil][smiley=happy][smiley=laugh][smiley=sad][smiley=shock][smiley=think][smiley=tongue][smiley=wink]
Commentaire(s) :
Dernière mise à jour : ( 18-05-2006 )
 
< Précédent   Suivant >
 
Top! Top!