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01-12-2008
 
 
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11-04-2006

Bilan à chaud des élections législatives israéliennes à la 17ème Knesset

03/04/2006 
 

L’actualité proche-orientale de cette semaine a été marquée par les élections des 120 députés à la 17ème Knesset de l’Etat d’Israël, ce mardi 28 mars. La première surprise, pourtant prévisible étant donné le peu d’intérêt des électeurs pour cette campagne électorale, cette dernière ayant cruellement manqué de dynamisme, est le taux de participation unique dans l’histoire d’Israël : 63,2 %, pour un pays dont l’abstention dépasse rarement les 20 à 30 %.  


Quant aux résultats, ils jurent avec ceux promis par les sondages – mais la France est bien placée pour le savoir, il ne faut pas s’y fier. Le parti centriste Kadima, dernier-né de la scène politique israélienne, était privé de son leader et fondateur Ariel Sharon, dont le dauphin, Ehoud Olmert, n’a pas le même charisme historique et politique. Sa victoire est bien moins spectaculaire que prévue, avec moins de 22 % des suffrages exprimés et seulement 29 sièges (le Likoud, parti dont Kadima est principalement issu, en avait 38 dans la dernière Knesset). Le thème central de sa campagne, la séparation d’avec les Palestiniens, sans toutefois fermer toutes les portes à la négociation, correspond aux projets qu’Ariel Sharon n’a pas eu le temps de mettre en œuvre, et séduit un électorat à la fois de centre-droit et de centre-gauche, qui en a assez des tentatives de paix avortées, et des négociations jusqu’à présent stériles. L’élection – de manière démocratique – du Hamas à la tête de l’Autorité palestinienne, a renforcé l’idée que seule une politique unilatérale vis-à-vis des Palestiniens peut leur apporter la sécurité. De ce fait les électeurs de Kadima, ainsi qu’une large part des Israéliens, n’aspirent qu’à une séparation d’avec les Palestiniens ; avec ou sans négociations, avec ou sans barrière de sécurité, avec ou sans paix, qui de toute façon ne pourra être que froide. Pour la première fois Kadima crée une alternative crédible au dualisme du Likoud et du parti travailliste. Cette victoire sans prétention doit toutefois être relativisée : fondé à l’automne dernier, ce parti reposait sur la personnalité d’un « dinosaure » de la politique israélienne, Ariel Sharon, aujourd’hui hors d’état de diriger le parti, et a fortiori le pays.

Le succès – très relatif – de la liste commune des partis Ha’avoda (parti travailliste) et Meimad (parti religieux modéré centriste), qui totalise 19 sièges (contre 18 pour les travaillistes aux élections précédantes), semble refléter davantage les aspirations sociales des Israéliens que leurs vues internationales : le nouveau leader travailliste, Amir Peretz, outre le fait qu’il soit le premier sépharade à la tête du parti travailliste, a une expérience reconnue de syndicaliste mais pas d’expérience en politique internationale. Ainsi, sa campagne n’a que tardivement abordé la question du règlement du conflit avec les Palestiniens, et son programme est assez peu éloigné de celui de Kadima, notamment sur les questions de la barrière de sécurité, de l’évacuation des implantations isolées, et de l’annexion des secteurs de peuplement juif les plus denses : il s’est contenté de préférer une solution négociée avec les Palestiniens à une politique unilatérale, et d’exclure l’établissement de frontières définitives hors négociations. En revanche, le programme social qu’il propose a sans doute convaincu la société israélienne, victime d’une crise économique sans précédent entre 2000 et 2003, et qui voit un million six cent mille personnes, soit un quart de sa population, vivre en dessous du seuil de pauvreté.

Le parti Shas des ultra-orthodoxes orientaux passe de 11 à 12 sièges, et le Judaïsme unifié de la Torah des ultra-orthodoxes ashkénazes, de 5 à 6 sièges, sans provoquer de surprise particulière ; en revanche les partis National religieux et Union nationale, qui totalisaient à eux deux 13 sièges, n’en ont plus que 9.

Par ailleurs, le scrutin a consacré l’effondrement du Likoud, mené par son leader et ex-premier ministre Benjamin Netanyahou, ce qui semble illustrer le deuil du rêve du « Grand Israël ». En passant de 38 à 12 sièges (mais sans considérer leur nombre réel à la Knesset depuis la création de Kadima à l’automne dernier et le départ de certains députés pour ce nouveau parti), il réalise le plus mauvais score depuis sa création, et ne pourra vraisemblablement pas peser sur la politique de la future coalition gouvernementale. L’attitude d’une partie de ses membres, hostile au retrait unilatéral de Gaza, était majoritairement désapprouvée par la société israélienne. Victime à la fois de son refus de toute concession territoriale unilatérale, de la création du parti centriste Kadima par certains de ses membres, et de l’émergence du parti de la communauté russe Israël Beitenou dirigé également par un ancien du Likoud, proche de Netanyahou, Avigdor Lieberman, sa défaite doit donc être relativisée.

Cette émergence sur la scène politique israélienne d’Israël Beitenou (« Israël notre maison »), qui obtient 11 sièges, reflète un malaise réel des un million trois cent mille russophones, immigrés en moins de quinze ans, dont l’assimilation reste difficile dans un pays qui compte moins de sept millions d’habitants. Mise à part leur revendication communautariste d’élever le russe au rang de seconde langue nationale, au même titre que l’arabe, leur programme politique est considéré comme d’extrême droite : à la fois nostalgique d’un Etat providence, la minorité russe serait sur une ligne politique dure, proche du Likoud, face aux Palestiniens.

Un autre parti a fait irruption sur la scène politique : le parti des retraités Gil, qui obtient 7 sièges, dont l’électorat est paradoxalement composé de jeunes à hauteur de 30 %. Dirigé par Rafi Eytan, le chef du commando qui a capturé en 1961 à Buenos Aires le responsable nazi Adolf Eichmann, le parti a sans doute bénéficié de son aura, mais il doit plus probablement son succès à sa campagne axée sur les problèmes sociaux, dont les retraités sont les premières victimes : 70 % d’entre eux ne bénéficient pas de la retraite et survivent avec une allocation de moins de 300 $ par mois, en particulier les mutilés de guerres – et ils sont nombreux.

Signalons également que le Meretz, parti de gauche et allié naturel du parti travailliste, obtient 5 sièges, et que les partis arabes, y compris le parti Hadash (« Nouveau », parti communiste juif et arabe), en obtiennent 10. On peut également remarquer que le parti laïque Shinouï, qui avait 15 sièges, disparaît de la Knesset – on peut d’ailleurs se demander si le parti Kadima n’aurait pas bénéficié du report des voix des anciens électeurs de Shinouï ? 

Compte tenu du système électoral israélien, à la proportionnelle directe, aucun parti politique n’a jusqu’à présent obtenu suffisamment de députés pour constituer seul un gouvernement stable. Il revient donc au parti majoritaire, en l’occurrence Kadima, de former une coalition gouvernementale stable, constituée d’au moins 61 députés pour avoir la majorité absolue lors des votes à la Knesset. Et compte tenu du nouveau paysage politique, cette coalition a de grandes chances d’être de centre-gauche plutôt que de centre-droit (d’autant que les travaillistes ont déjà accepté d’en faire partie), ce qui devrait orienter le prochain gouvernement vers une politique plus sociale, alors que Kadima émane principalement du Likoud, et dans une moindre mesure du parti travailliste ; de même, en matière de politique étrangère et régionale, le programme de Kadima se rapproche davantage de celui du parti travailliste. C’est donc ce dernier qui a été prioritairement appelé par Ehoud Olmert pour participer au gouvernement, d’autant qu’il a obtenu 19 sièges contre 12 pour le Likoud. Les analystes projettent que les autres partis de gauche, tels le Meretz, le parti des retraités, et les partis religieux Shas et Agudat, sont des partenaires potentiels de Kadima au sein de la coalition. En effet, ces partis religieux orthodoxes, contrairement aux partis d’extrême droite Union nationale et le Parti National Religieux, négocient leur soutien en fonction des aides allouées à leur programme d’éducation, et non de la politique globale du gouvernement. 

Par le taux de participation historiquement bas dans l’histoire d’Israël, et la tentation évidente de voter pour des partis marginaux qui représentent des intérêts particuliers, les Israéliens ont montré leur désintéressement pour ces élections, qui reflètent à la fois une banalisation de la vie politique israélienne, et une aspiration de la population à la « normalité », qui se traduit pour ce pays à un intérêt davantage tourné vers la politique intérieure, et la gestion du quotidien, que vers la politique extérieure, qui a monopolisé la vie politique d’Israël depuis sa création, du fait de son état de guerre imminente et de l’hostilité quasi-permanente de ses voisins. Pourtant, ces élections portaient en elles des enjeux fondamentaux pour l’avenir du pays : qualifiées de référendum pour l’initiative d’Olmert de définir des frontières reconnues internationalement d’ici 2010, elles expriment avant tout la volonté israélienne de placer les problèmes internes sur le même plan que les questions internationales, et reflètent davantage les problèmes sociaux des Israéliens que les derniers rebondissements du conflit qui les oppose aux Palestiniens, à savoir le désengagement de Gaza et l’élection du Hamas à la tête de l’Autorité palestinienne. Malgré ce désintérêt pour la politique étrangère, les projets de Kadima dans ce domaine créent un certain consensus, peut-être justement parce qu’ils vont dans le sens d’une séparation de fait d’avec les Palestiniens.

Pourtant, bien que les Israéliens aient donné la priorité à leurs difficultés internes sur leurs relations avec les voisins, au premier rang desquels les Palestiniens, c’est à eux qu’Olmert s’est adressé dès l’annonce de sa victoire : « Je suis prêt à renoncer au rêve d’un Grand Israël. Nous sommes prêts à évacuer des Juifs qui vivent dans des implantations pour vous permettre de réaliser votre rêve d’avoir un Etat. (…) Mais vous devez renoncer à votre rêve de destruction ». Aux Israéliens, il a expliqué : « Si les Palestiniens acceptent d’agir en ce sens, nous nous assoirons avec eux à la table des négociations afin de créer une nouvelle réalité dans la région ». Il est vrai que contrairement à la population qui aspire à favoriser la politique intérieure du pays, le parti Kadima, basé sur un projet de politique régionale, l’établissement de frontières définitives de l’Etat d’ici 2010 – et qui doit sans doute d’ailleurs sa victoire à la mise en avant d’une politique unilatérale envers les Palestiniens –, n’a pas vraiment développé de programme de politique intérieure et sociale.

Du côté palestinien, il semble depuis quelques mois que nous puissions entrevoir le même désintéressement pour la politique étrangère et les relations avec les voisins israéliens. Le dernier scrutin qui a propulsé le Hamas au pouvoir a été maintes dois analysé comme un vote contestataire contre la corruption des dirigeants, à savoir du Fatah de Yasser Arafat aujourd’hui représenté par le Président de l’Autorité palestinienne Abou Mazen (Mahmoud Abbas). A en croire les analystes, il s’agirait donc d’un vote « social », du fait que l’action du Hamas se traduit par des aides sociales sensibles dans la vie des Palestiniens, – quelles que soient les objectifs électoralistes des dirigeants du Hamas. En admettant cette version des faits, on se retrouve donc face à des populations israéliennes et palestiniennes parallèlement désabusées par leurs relations bilatérales, désintéressées de la politique régionale, et dont les aspirations sont chaque jour davantage tournées sur elles-mêmes, sur leur vie quotidienne, sur leurs avancées économiques et sociales.  

Face aux désintéressements réciproques des Israéliens et des Palestiniens pour les négociations de paix au profit de leur vie quotidienne, quitte à se contenter d’un statu quo de voisinage, comment les dirigeants israéliens et palestiniens vont-ils pouvoir s’engager sur la voie des négociations ? Dans quelle mesure ce désintérêt commun des peuples peut-il faciliter le dialogue entre leurs dirigeants ? Est-ce que la volonté de se retrouver dos à dos, au lieu de se regarder en chien de faïence et de s’affronter frontalement, peut désamorcer une crise dans laquelle toutes les négociations et tous les accords sont pour l’instant restés stériles ? 

On a beaucoup entendu que ces élections scellent le deuil du rêve du « Grand Israël ». On oublie souvent de dire qu’elles illustrent surtout le deuil de la paix : les Israéliens se contenteront désormais de l’état de « non-guerre ». 

Sarah Gavison-Chauveau

1 commentaire.
 1. Quelques erreurs
Visiteur, Unregistered
Aux dernieres elections, les travaillistes avaient 22 sieges, pas 18.
C'est donc un recul, et par rapport a un score deja catastrophique. Il n'y a la aucun succes, meme relatif, mais un enorme echec.

Les sionistes religieux et Union Nationale ne sont pas passes de 13 a 9 mais de 13 a 20 puisque le parti Israel Beitenu faisait partie du bloc Union Nationale en 2003. Un tiers des electeurs d'Israel Beitenu sont des Israeliens pur jus, surtout des jeunes, et pas uniquement des immigres de l'ex-URSS.

Le parti des retraites ne doit son succes qu'a un effet de mode quelques jours avant les electiosn. C'est uniquement un vote protestataire. Les jeunes ont vote pour le parti qui semblait le plus ridicule a leurs yeux pour signifier leur degout de la politique. Rien a voir avec la figure de Rafi Eytan (dont tout le monde ignorait qu'il etait a la tete de ce parti) ni avec son programme social.
 Posted 2006-05-19 07:37:27
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Dernière mise à jour : ( 28-06-2006 )
 
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