Advertisement
Accueil arrow Analyses arrow Toutes nos Analyses arrow Religion et religieux à l’aube du XXIe siècle
13-10-2008
 
 
jay.jpg
Bienvenue !
Accueil
Calendrier
Editos
Analyses
Points de vue
Synthèses
Dossiers
>
Anciens sondages
Liens
Objet Social
Contactez-nous
Inscription Newsletter
Wikipedia

Search Wikipedia

Sur le même thème...
liban.jpg
Sondage
monde.jpg
Commentaires
Religion et religieux à l’aube du XXIe siècle Version imprimable Suggérer par mail
Appréciation des utilisateurs: / 4
FaibleMeilleur 
15-04-2005

 

Religion et religieux à l’aube du XXIe siècle

16/04/2005

 
             Si on le voulait, on ne pourrait voir l’actualité qu’à travers le prisme du religieux. L’actualité immédiate est chargée en événements à portée religieuse : la mort récente du Pape, les attentats d’islamistes fondamentalistes qui partent en guerre contre les « croisés », les Juifs et infidèles (le dernier en date au Caire le 7 avril 2005), le port du voile dans les écoles publiques, la question du Préambule de la Constitution européenne (fallait-il faire référence aux racines chrétiennes de l’Europe). Il y a une évidente visibilité accrue du phénomène religieux.

Nouvelle page 1
L’étonnement est moins grand lorsque l’on sait que le phénomène religieux nous concerne presque tous puisque 90% de la population mondiale réclame d’une allégeance religieuse. Mais on observe une extraordinaire pluralité des croyances et des pratiques.
Une religion associe trois aspects : un système de représentations, une organisation et des rites. En d’autres mots, une religion se définit comme une organisation intégrant croyances, règles de vie et pratiques cultuelles, relatives à un ordre transcendant ou cosmique.
En faisant référence à la célèbre phrase de Malraux « le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas ». On peut se demander si le XXIe siècle sera plus ou moins religieux que le précédent ? Quel est le rôle du facteur religieux et civilisationnel dans les mutations géopolitiques du monde contemporain ? Une chose est sûre, c’est qu’il faut chercher à absolument déconstruire les  formules toutes faites « retour du religieux », « retour du sacré », « désécularisation », « déchristianisation ». Ce sont des formules statiques alors que je vais chercher à vous démontrer que le religieux est en continuel  mouvement.
A cet égard, on peut dégager deux grandes tendances : la première est une déterritorialisation et une compétition des religions dans un monde mondialisé, la deuxième tendance est une poursuite de la sécularisation avec un rapport religion/politique en pleine évolution.
 
 
              I.      Le XXIe siècle donne une visibilité mondiale et fragmentée aux religions dans le monde…
 
A.     La fin des idéologies et la mondialisation transforment la présence religieuse…
 
Le progrès des moyens de communication entraîne un immense brassage des croyances et une délocalisation de la foi dans  une sorte de course poursuite dans l’effort missionnaire.
 
1)     Des religions brassées, délocalisées et en pleine adaptation
 
L’essaimage planétaire induit par la mondialisation a favorisé l’émiettement des religions :
 
 
 
Panorama des religions
 : Les principales religions (celles qui ont le plus de fidèles) en 2003 :
 
 

Ø      Le christianisme se décentre. Chrétiens : 1 900 000 000 (Catholiques        1 100 000 000 ; Protestants 600 000 000 ; Orthodoxes : 200 000 000). 500 millions de Catholiques vivent en Amérique Latine et l’Evangile a été traduit dans 1 950 langues  ce qui témoigne de la mondialisation du christianisme. On observe également une prolifération des Eglises chrétiennes (confessions), ainsi que l’essor de nouvelles religions comme le Pentecôtisme.

 

Ø      L’Islam se mondialise. Musulmans : 1 200 000 000. Il est diffusé sur tous les continents. Le plus grand pays musulman n’est pas un pays arabe mais un pays asiatique : l’Indonésie.

 

Ø      Séduction des religions extrêmes orientales. Les Hindouistes représentent 850 000 000 et les Bouddhistes 380 000 000 personnes. Le Bouddhisme va continuer sa progression surtout en Chine. 
 


Ø      Judaïsme : Sur environ 14 millions de juifs, 6,5 millions vivent dans les Amériques , 13 sont à AFIDORA, 5 millions en Israël et le reste en Europe Occidentale.
 
3 constats :
 
- L’ensemble du paysage religieux du monde se retrouve maintenant dans nos propres pays. Il existe un véritable brassage et un mixage des croyances au point de brouiller les repères géographiques et théologiques traditionnels. Pour citer un exemple, le bouddhisme, l’hindouisme et le taoïsme sont en train de prendre de l’importance en Europe occidentale et en Amérique alors que le christianisme prend de l’importance en Malaisie.
 
- Les religions ne sont pas seulement réparties dans le monde, elles sont aussi superposées. L’Islam africain véhicule des pratiques animistes où se mêlent marabouts, Coran et gris-gris.
 
- Une religion ne survit que si elle est capable de s’adapter.
Nous sommes en train de faire le bilan de l’héritage du Pape Jean Paul II. Que faut-il penser de son choix d’encourager l’action de l’Opus Dei mais de refuser la reconnaissance aux Théologiens de la libération en Amérique Latine (au centre de cette confession est la défense des opprimés). Faut-il changer la place de la femme au sein de l’Eglise en lui laissant la possibilité d’exercer un magistère ?
 
 
2)     Des religions en concurrence dans leurs efforts missionnaires et prosélytes
 
Les religions les plus importantes, c’est-à-dire celles qui ont le nombre le plus élevé de fidèles, suivent une dynamique d’extension et donc d’expansion territoriale. La concurrence demeure vive entre religion dans leurs efforts de conversion, l’arrivée de missionnaire pouvant faire évoluer le sentiment d’appartenance religieuse (déclin des croyances traditionnelles). L’Islam et le Christianisme continuent à se développer à travers le monde particulièrement en Asie et en Afrique. Près de la moitié de la population se déclare appartenir à ces deux confessions.
 
- Le mouvement missionnaire chrétien n’a jamais été aussi fort. 4 000 organismes missionnaires qui disposent 9,6 milliard dollars et 308 000 missionnaires qui travaillent à plein temps servent l’essor du Christianisme. Ils peuvent maintenant se servir de moyens de communications modernes comme  la radio ou de la télévision pour diffuser leurs messages – le temps du missionnaire traversant les contrées étrangères à dos de cheval est bien révolu. Des missionnaires protestants envahissent aujourd’hui des régions qui ont toujours été orthodoxes et catholiques par le passé comme c’est le cas en Amérique centrale, Colombie, Brésil et Mexique où il y a une mutation évidente du catholicisme au protestantisme.
 
- La charité musulmane est l’instrument principal d’expansion de l’Islam. Dans les années 80’ des groupes musulmans ont mis en place des organismes formels d’entraide (réponse à des programmes chrétiens semblables). Cette aide est accordée à des Etats musulmans ou communautés musulmanes dans  des Etats non musulmans. Accordées à des pays touchés par la famine, au taux de chômage élevé ou de population réfugiée (Bosnie Herzégovine), cette charité prend la place d’Etat faible. L’Arabie Saoudite débloque par exemple de fortes sommes d’argents pour des programmes éducatifs (développement d’écoles coraniques, éducation wahhabite musulmane stricte), également dans les secteurs de la santé ou de l’aide sociale.
 
B.    qui peut se traduire par des crispations identitaires et des conflits
 
1)     Une coexistence religieuse souvent conflictuelle
 
-         flux d’immigrés et réfugiés qui peuvent modifier un environnement
 
 

La cohabitation multiconfessionnelle est devenue la règle quotidienne dans les grandes villes et peut modifier les équilibres. Ce phénomène sera-t-il source de tolérance ou d’agressivité ? On observe l’exacerbation de l’identité européenne par rapport à la possibilité de l’entrée de la Turquie. Les valeurs de l’Union Européenne sont-elles chrétiennes ? La Turquie s’identifie-t-elle aux valeurs de Bruxelles ? Il y a une peur et une angoisse d’un déversement d’immigrés turcs musulmans (100 millions de Musulmans turcs) dans la château fort européen.

La croissance des petites mais importantes communautés islamiques en Europe engendre une certaine diversité religieuse qui conduit dans certains cas à une aggravation des tensions et à un communautarisme.
 
-         l’instrumentalisation du facteur religieux dans plusieurs conflits
 
Dans certains conflits, la religion est un facteur identitaire puissant et se présente comme une force mobilisatrice déterminante. Il est un facteur sécurisant pour des sociétés en perte de repère. Mais l’identité religieuse peut être instrumentalisée par les leaders politiques. On observe à travers le monde des tensions religieuses qui portent en germe des conflits civils ou même internationaux: en Inde (entre Hindou et Musulman / Sikhs et Hindous) ; au Nigeria (Musulmans et Chrétiens) ; dans les Balkans (Musulmans et Chrétiens) …
 
 
2)     Les fondamentalismes ou conservatismes comme crispation identitaire
 
La poussée contemporaine de l’intégrisme concerne toutes les religions.
Pourquoi cette montée ? Les religions rassurent. Elles s’opposent à une modernité faite d’oublis et de ruptures. Elles refusent également l’abandon du patrimoine en mêlant cultuel et culturel. Le fondamentalisme offre l’exigence d’un code moral, éthique et religieux et refuse le compromis avec toute idée laïque ou anti-religieuse.
 

De ce fait, il attire tous ceux qui se sentent perturbés ou menacés par les changements politiques, sociaux et religieux. L’attirance du fondamentalisme chez les nécessiteux partout dans le monde peut devenir la voix des opprimés et transformer la carte politique et religieuse du monde. Il peut se poser comme alternative à la société de consommation rationnelle et laïque.

Le fondamentalisme est particulièrement présent dans l’Islam. L’Islam est divisé entre deux modèles : le modèle iranien (qui obéit à la charia) et le modèle turque (Etat laïque). Les Etats de type iranien qui veulent un islam strict provoquent un accroissement des tensions religieuses et encourageront la croissance de l’esprit missionnaire dans leurs Etats limitrophes.
 
            II.      …sans que la tendance générale de déclin du fait religieux ne s’arrête.
 
 

A.     Un affaiblissement confessionnel des sociétés séculaires renouvelle le fait religieux …
 


 

1)     L’affirmation de l’esprit laïque…
 


 

L’esprit laïc, à savoir la séparation entre un monde séculier et public et un monde privé et religieux, gagne toujours et encore du terrain. Dans les sociétés les plus modernes, la culture religieuse a été sapée par l’esprit séculier et la faillite de la notion d’autorité.

La laïcisation du monde va s’accentuer, ce qui aura un impact sur de nombreux aspects de nos vies. Ca se traduit par une perte de contrôle des appareils religieux sur les individus et les groupes humains. Dans la plupart des pays occidentaux cette prévalence de l’esprit laïque s’effectuera aux dépens des confessions chrétiennes traditionnelles, mais elle affectera également les confessions minoritaires telles que le judaïsme, l’islam et l’hindouisme.
Le phénomène des bancs vides s’observe particulièrement en Europe. Près de 90% de la population se revendiquant chrétienne en Finlande, Norvège et Danemark ne va pas à l’Eglise chaque semaine. En Europe, Australie, Nouvelle Zélande, bien que la majorité de la population déclare croire en une Eglise, moins de la moitié de la population pratique régulièrement son culte. De leur côté les Etats-Unis ont un niveau de pratique religieuse très élevé bien qu’ils partagent en grande partie la culture séculière des pays d’Europe du Nord. Les chaises vides dans les Eglises, mosquées, temples et synagogues témoignent du fossé qui sépare profession de foi et pratique religieuse.
La montée continue du sécularisme s’observe ailleurs dans le monde: chez les classes urbaines éduquées des pays non occidentaux. Dans certains pays comme la Malaisie, l’esprit laïc va se développer par suite de l’amélioration des possibilités d’éducation et d’attirance qu’exerce la civilisation de consommation occidentale.
 
2)     …Va de pair avec la diversification des pratiques religieuses
 
Les structures religieuses traditionnelles n’emportent plus l’adhésion de nombreux croyants, et de ce fait l’intérêt porté à d’autres modèles religieux va croissant. Il y a un intérêt croissant pour les nouvelles religions et sectes qui n’existaient pas il y a 150 ans (témoins de Jéhovah, mormons, foi Bahais).
Le phénomène du Bricolage religieux est de plus en plus présent. Il s’agit de prendre quelques aspects d’une religion, ne pas en garder les obligations contraignantes. En d’autres mots, bien des gens dans le monde, veulent conserver les principes éthiques et moraux de certains aspects doctrinaux mais en abandonnant la pratique cultuelle.
 
 

Au XXIe siècle coexistent un agnosticisme et un athéisme individuels plutôt en hausse. Alors que l’athéisme collectif (régime marxiste) est en forte baisse depuis l’effondrement du communisme. Le seul pays encore à se déclarer officiellement athée est la Chine.


 
B.    …mais fait face à un retour en force de la morale sur la scène politique
 
1)     Une demande sociale : la religion comme vecteur d’éthique et de moral dans les débats politiques
 
Les cultures séculières manifestent un intérêt croissant pour les questions religieuses et spirituelles et surtout pour leurs « valeurs morales ».  Souvent dans les débats actuels de société sur l’euthanasie par exemple l’euthanasie, l’avortement, le mariage gay, ou même tout simplement comment parvenir à la justice sociale, les positions des hommes politiques sont inspirées par des positions religieuses – même s’ils ne le disent pas tout haut.
 

On a pu observer que pendant la campagne électorale américaine, les républicains ont su saisir cette demande sociale de morale et ont monopolisé le discours de la foi, alors qu’il était tout à fait absent de l’agenda politique démocrate. Il ne faut pas se tromper, les Américains ne veulent pas introduire la religion dans la politique, ils veulent une alternative : la morale est entre religion et politique.
 
2)     Un risque : quand la frontière entre politique et religion se brouille (l’exemple de l’évangélisme politique aux Etats-Unis)
 
Les évangélistes aux Etats-Unis connaissent un véritable triomphe, en particulier quand on regarde leur pénétration dans la politique américaine. L’évangélisme a donné lieu à d’autres branches comme le pentecôtisme et s’est développé à travers la prédication de masse et les médias modernes (Southern Baptist Convention). Il préconise une lecture littérale de la Bible et annonce l’imminence de la fin des temps. Ils sont 80 millions de personnes aux Etats-Unis et se disent « born again » tout en préconisent le « back to the Bible ». Son succès repose sur des angoisses d’une population sécularisée et effrayée par la perte de ses repères traditionnels (disparition du modèle patriarcale, affirmation de l’égalité entre les sexes).
L’évangélisme politique est une démarche à la fois protestataire et réactionnaire qui doit beaucoup à quelques figures de proue comme Pat Robertson (créateur de la Christian Coalition qui a positionné l’évangélisme dans la mouvance républicaine) ou Franklin Graham et son père Billy (célèbre prédicateur). D’après les statistiques des élections américaines près de la moitié du vote Bush était un vote « born again ». L’inspiration politique  républicaine coïncide avec les aspirations évangélistes et se retrouve dans les thèmes : respect de la religion et de sa place dans la société américaine, sentiment d’une mission à accomplir, pas de restriction dans l’usage de la force, refus du relativisme culturel, soutien à Israël…Se pose alors la question suivante : qui instrumentalise qui ?Les évangélistes ont-ils influencé la politique extérieure américaine ? Il ne faut certainement pas exagérer l’importance de la dimension religieuse dans la fabrication de la stratégie américaine qui reste seulement un facteur parmi d’autre.
 
Pour conclure :


-         « Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas », en tout cas il ne sera pas religieux à la manière du 19e ou 20e siècle ;
-         Le religieux ne peut se laisser réduire à des simplifications dangereuses ;
-         L’évolution des religions est étroitement liée aux interférences complexes de tous les autres aspects : économiques, politiques et culturels ;
-         La suite du XXIe siècle verra s’affirmer les deux tendances : compétition et fragmentation du religieux d’un côté, sécularisation et re-modélisation du rapport religion/politique de l’autre côté. 
 

 Leslie Palti


Bibliographie :


-         Odon Vallet, Les religions dans le monde, Champs Flammarion, 2003
-         L'univers des croyances , Futuribles (Paris), (2001-01)n°260, p.3-117
-         François Thual, Géopolitique des religions : le dieu fragmenté, Ellipses 2004
-         Géopolitique, religions et civilisations : quelles perspectives pour le XXIe siècle ? : colloque, Genève, 14 juin 2002, Centre international d'études géopolitiques , 2003
-         Religions et géopolitique, Hérodote, (2002-07/09)n°106
-         Atlas des religions dans le monde, Joanne O’Brien, Martin Palmer, 1994, Autrement
-         Atlas géopolitique et culturel du petit Robert des noms propres, 2004
-         Etats-Unis, l’empire des religions in Notre Histoire, nov-dec 2000
-         Bruno Tertrais, Quatre ans pour changer le monde, Autrement 2005
 

1 commentaire.
 1. Sans titre
Visiteur, Unregistered
zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz.......
 Posted 2006-03-03 19:19:41
Merci pour vos commentaires !
Nom : Titre :
E-mail : Site web :
       [smiley=angry][smiley=cool][smiley=evil][smiley=happy][smiley=laugh][smiley=sad][smiley=shock][smiley=think][smiley=tongue][smiley=wink]
Commentaire(s) :
Dernière mise à jour : ( 25-07-2007 )
 
< Précédent   Suivant >
 
Top! Top!