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08-09-2008
 
 
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30-08-2005

Epices géopolitiques

18/08/2005 

Sommaire 

                           
 

I. Liminaire 

         Dans le jargon estudiantin parisien, on appelle péjorativement ‘épicier’ celui qui s’initie aux usages d’un vocabulaire des affaires et des techniques dites de gestion. Par ailleurs, il se trouve que les épices évoquent également, et inlassablement, la douce chaleur des marchés orientaux, où le charme théâtral des longues négociations trouve son égal dans le feu d’artifices olfactifs qui s’y mêle.  Intérêts économiques et senteurs orientales ne font pourtant pas toujours bon ménage : à la froideur contractuelle des premiers s’oppose l’association bien connue des clichés orientalistes ayant cette force évocatrice qui attise la curiosité naturelle qu’ont les Européens pour les choses exotiques – il faut bien s’enquérir sous d’autres latitudes de ce que l’on n’a pas chez soi. En somme, c’est l’opposition de l’hypermarché et du bazar: la logique du premier est intelligible, mais c’est un monstre froid. Le second est enivrant mais seul le propriétaire des lieux s’y repère. Le premier est une métaphore des représentations géopolitiques de la Guerre Froide où la compréhension du monde se résumait, pour simplifier, à l’apprentissage d’un code de couleurs, le second et à l’image du capharnaüm géopolitique symptomatique de notre temps : de la logique en blocs et satellites, le nouvel ordre fait place aux réseaux en cercles concentriques, tout à la fois interconnectés et parasités en leur sein. Cette distinction se transpose, dans l’univers de la géopolitique, par notre thèse qui se veut expliciter la complexification du monde. Complexification qui est un phénomène marqué depuis la Chute du Mur, et qui se manifesta au grand public le 11 septembre 2001 notamment. Elle mérite, et même appelle à l’usage d’outils d’analyse d’autant plus évolués que la situation est opaque et délicate. Si l’on va au bazar comme chez le vieil et chaleureux apothicaire de nos mélancolies, tentons de ce pas un diagnostic, puis un traitement symptomatique des fléaux actuels, par trop épicés pour cette science humaine paradoxalement glaciale qu’est la géopolitique.  
 

II. Position du problème 

 

        Le dernier éditorial AFIDORA, intitulé ‘Le spectacle ne fait que commencer’, esquissait un scénario prospectif des tensions géopolitiques à venir. S’y entremêlent des acteurs différents dans leur nature et leurs moteurs : alter-mondialistes des pays de l’O.C.D.E. (Organisation pour la Coopération et le Développement Economique), intellectuels de la gauche européenne, hommes politiques tièdes en mal d’électeurs, putschistes des républiques bananières, despotes africains sanguinaires, stratèges militaires asiatiques, physiciens corrompus, milliardaires mystérieux résidant à l’ombre de grottes ou de prisons, et ayatollah nihilistes se seraient ainsi donnés rendez-vous dans un futur proche pour contester libéralisme et démocratie, renverser l’Occident et sa figure de proue : les Etats-Unis d’Amérique. Il semblerait que cet état des lieux des forces en présence soit le miroir inversé de la thèse de l’alliance des lobbies pétroliers américains, juifs sinon sionistes, franc-maçonniques et chrétiens évangélistes. C’est, autrement dit, « l’hôpital qui se moque de la charité », sachant que la futilité de la thèse dernièrement évoquée ne fait plus aucun doute chez les gens sensés, ou tout du moins qui, comme nous, se présument de l’être. Mais tout est question de point de vue… 

III. Méthodologie

 

Ecartons-nous un instant du fil d’Ariane de l’article pour mieux y revenir par la suite. 

Les relations internationales, diplomatiques ou stratégiques, sont à examiner à travers le prisme d’une grille de lecture géopolitique, et certainement pas le contraire. D’où la nécessité, comme dans toute grille, de définir une typologie pour y classer les forces en présence (qui sont-ils ? que veulent/pensent-ils ? d’où viennent-ils ? etc.). En voici un exemple, avec une typologie du paysage de la géopolitique du Moyen-Orient telle qu’on pourrait le concevoir en France aujourd’hui. Bien entendu, toute typologie est le fruit d’une classification subjective et simplificatrice. Il n’empêche que cet exercice, loin de se vouloir exhaustif, aspire à la reconnaissance  unanime de, certes, son incomplétude et ses simplifications, mais aussi de sa logique, ou tout du moins de sa cohérence d’ensemble. 
 
Sans aucunement tenter de réussir la gageure de dresser un tableau exhaustif des interprétations du terme ‘géopolitique’, comme de ses adeptes, on peut cependant affirmer que plusieurs définitions de ce terme coexistent. Pour Yves Lacoste (dont les idées sont promues par l’Institut Français de Géopolitique de l’Université de Paris-VIII et la Revue Hérodote principalement), à l’origine de sa réhabilitation, dans une version réactualisée, au début des années 70, il s’agit d’une ‘science des rivalités et une mise en évidence des rapports de force fondée sur la notion de représentation’.  

Une autre école française, dont on peut dater et situer la naissance dans la seconde moitié des années 90 à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS, alors dirigée par François Thual, théoricien lui-aussi de la géopolitique qui a fait plus que largement influencer cette nouvelle définition), emmenée par Aymeric Chauprade est récemment venue critiquer la définition du Pr. Lacoste, en considérant la géopolitique comme ‘étude du rapport de l’homme à la géographie dans ses conséquences sur les relations politiques entre les sociétés humaines’ (Géopolitique, constantes et changements dans l’histoire, Aymeric Chauprade, Ellipses, 2003).  

Auparavant, la géopolitique était l’apanage des stratèges militaires maritimes (théorie que les Anglo-saxons dominent, comme la pratique, avec notamment Mahan et McKinder) ou terrestres (où l’école allemande de Ratzel et, dans une moindre mesure, Haushofer, est selon nous à l’origine de la blitzkrieg hitlérienne comme de la ‘politique de la terre brûlée’ de l’Armée Rouge – école allemande qui a contribué à rendre le terme géopolitique tabou jusqu’à sa réintroduction par Yves Lacoste).  

Aujourd’hui, la géopolitique est le bastion des géographes (Michel Foucher, Jacques Soppelsa, Hervé Couteau-Bégarie, etc.) souvent, des historiens parfois (Michel Frémeaux et Charles Zorgibe notamment puis naissance d’une véritable pédagogie spécifique aux relations internationales, symbolisée par les travaux de Philippe Moreau-Defarges, théoricien également, et de l’école italienne de géopolitique, qui se concentre plus sur les crises que sur les constantes et les intentions), des ‘sociologues’ tantôt (Jean-Christophe Rufin, Marshall Mac Luhan, etc.), mais de plus en plus, sorte de retour aux sources, celui des opérationnels des relations stratégiques (toutefois moins militaires que diplomatiques: on distingue la géopolitique, qui intéresse académiques et politiques, de la stratégie, chasse gardée des industries de défense et des armées, et des relations internationales, qui traitent des crises et de leurs sorties diplomatiques, ou pas d’ailleurs).  

A l’approche constructiviste et paradigmatique d’Yves Lacoste (approche qui ne laisse pas la place aux fantasmes, mythes et symboles; entrant par là en contradiction avec l’idée même de représentation, dont la définition même renvoie à l’existence d’un écart entre le représenté et le représentant, cet écart faisant place au surgissement subjectif) et à la mouvance de la modélisation d’Aymeric Chauprade (vision qui occulte la prospective et la notion de perception, pourtant indispensable à nos yeux, à l’ère de l’information – sorte de nouveau pétrole, moteur de la société), viennent s’ajouter des courants complémentaires. Voici un rapide panorama des différents courants, avec leurs acteurs principaux à l’international et en France, de la géopolitique du Moyen-Orient actuelle. 

Celui des universitaires britanniques par exemple. Né à Cambridge et s’étant largement répandu dans le Commonwealth (en Inde notamment, à l’Université Neru de Delhi en particulier), il fusionne littéralement géopolitique et études de développement macro-/micro-économiques, pour donner naissance à des concepts tels que le multilatéralisme ou les coopérations inter-armées (on peut dire que la Kennedy School de Harvard, les Instituts Français des Relations Internationales (IFRI) et des Hautes Etudes Internationales de Genève s’inscrivent dans cette mouvance qui regarde aujourd’hui vers l’Asie ; ses ambassadeurs principaux sont, en France, l’ancien Ministre des Affaires Etrangères Hubert Védrine, le directeur de l’IFRI Thierry de Montbrial et le très discret député Pierre Lellouche, expert en géopolitique auprès de Jacques Chirac, et ancien de l’IFRI ; Justin Vaïsse au Quai d’Orsay ; Bertrand Badie).   

L’approche ‘civilisationnelle’ sinon ‘huntingtonienne’ (dont les adeptes sont nombreux en France: on peut citer le visionnaire et réaliste Pierre Hassner dont les édifiantes thèses ont percé Outre-Atlantique, le philosophe André Glucksmann ainsi que le directeur actuel de l’IRIS, Pascal Boniface, qui ne se lasse pas de commenter Samuel Huntington), qui se rapproche, le moralisme en moins, de la philosophie des locataires actuels de la Maison Blanche.  

L’approche ‘civilisationnelle’ a remis au goût du jour la géopolitique des orientalistes et des islamologues. Ses figures de proue sont les orientalistes Bernard Lewis et Bat Ye’Or, peut-être rattrapés par la pensée de feu Rémi Leveau, et maintenant de son disciple Gilles Kepel; il y a aussi Olivier Roy et pourquoi pas aussi le trop silencieux Abdelmajid Charfi, de Tunis; le principal relais hexagonal de cette mouvance est le Centre d’Etudes en Relations Internationales (CERI) de Sciences-Po. A noter que le plus violent critique des orientalistes depuis 1979, le Professeur palestinien de littérature Edouard Saïd, est bien malgré lui également à classer dans cette catégorie.  

On peut aussi citer l’approche ultra-réaliste des politologues du Pentagone (en désaccord chronique avec la Maison Blanche), étrange panachage de Henry Kissinger à gauche, de Robert Kagan au centre, et de Zbigniew Brzezinski à droite (qui trouve écho auprès de la Pardee Rand Corporation qui a retravaillé ces thèses pour donner naissance à une école néo-conservatrice dont les analyses se concentrent principalement sur l’Arabie Saoudite depuis une décennie – cf. les travaux du francophone Laurent Murawiec maintenant au Hudson Institute), qui se nourrit encore du lexique de la Guerre Froide - nous y reviendrons - et dont les émanations en France constituent un dépassement hégélien de la doctrine hégélienne: maladroitement baptisé ‘courant sécuritaire’ par une intelligentsia probablement jalouse de sa soudaine exposition médiatique post-11 septembre (François Heisbourg, Nicole Bacharan, Alexandre del Valle, Frédéric Encel, Bruno Tertrais, Gérard Chaliand, Arnaud Blin pourraient en faire partie ; à Londres, le département Studies of War du Kings College tient également ce rôle).  

Certains des relais français de cette école se sont déclinés en deux catégories : l’une, celle de l’ombre, s’est rapprochée des décisionnaires politiques (on y retrouve les très atlantistes Guillaume Parmentier et Dominique Moïsi, toutes les revues académiques militaires, le Collège Interarmées de Défense où l’on retrouve François Thual, les Centre d’Etudes et de Recherche de l’Enseignement Militaire Supérieur, l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale, le Centre de Géostratégie de Paris-I/Ulm ; ainsi que les spécialistes du nucléaire que sont Georges le Guelte, Dominique David, et Thérèse Delpech), et l’autre, dominant médiatiquement la scène géopolitique française et qui a fomenté un véritable courant essayiste, dans le sens mélioratif du terme, extrêmement réactif à l’actualité internationale (il s’agit des ‘mandarins’ Antoine Basbous, Alexandre Adler, Antoine Sfeir, Jacques Hubert-Rodier, Bernard-Henri Levy, etc.). 

Par-delà les oubliés (qu’ils m’en excusent), et Le Monde Diplomatique (qui entretien à lui tout seul un courant de représentations géopolitiques fondé sur les seul intérêts économiques bien compris cf. leur interprétation par des intérêts pétroliers de la dernière invasion d’Irak, sûrement juste mais copieusement incomplète),  les inclassables, qui, quand ils ne sont pas des crapules ou des imposteurs, développent d’improbables thèses dans d’obscurs think-tanks de géopolitique, à moins qu’ils ne fassent le bonheur des partis qui estiment pour une fois que ça fait ‘in’ de réfléchir, un peu comme les politiciens ont aujourd’hui tous leur blog. 
 

Voilà pour la typologie du monde géopolitique tel qu’un observateur peut la modéliser depuis les publications académiques disponibles dans l’hexagone. 

Pour en revenir à la critique raisonnée de l’éditorial qui nous intéresse (‘Le spectacle ne fait que commencer’), l’analyse se passe en apparence de typologie. En réalité, celle-ci se voit substituée par une grille obsolète principalement constituée du champ lexicographique de la Guerre Froide. Les termes ‘blocs’ et ‘satellites’ reviennent ainsi constamment. Pour manier un brin de poésie, nous pouvons employer l’allégorie suivante : s’il tenait un portefeuille de la Défense, nul doute que son auteur préfèrerait l’avion de chasse trans-européen Eurofighter au Rafale français. La conception du premier est adaptée aux missions d’interception, car très rapide, et d’attaque de cibles lointaines dans des environnements balisés (où l’on passe du territoire allié au territoire ennemi) ; la mise au point du second a été modifiée suffisamment à temps pour tenir compte des leçons de la première guerre du Golfe, et de celle du Kosovo: polyvalence, souplesse, manœuvrabilité et capacité d’intervention en environnement hostile (et quand bien même sa motorisation pèche par manque de puissance, le Rafale est un avion de supériorité aérienne).

Cette analogie s’applique à nos deux articles, qui ont leurs défauts: le sien est une machine de guerre inefficace car mélangeant choux et carottes, le mien un article valise qui aspire quasiment à l’universalité quant aux nombre de thèmes abordés. A l’image de la thèse de l’article, qui est celle de la complexification de la lecture de la géopolitique mondiale, les fonctions du premier sont simples à expliquer, celles du second apparaissent comme plus complexes. Ils ont en commun leurs temps de développement comme d’apprentissage, exorbitants dans les deux cas. 

Le présent article propose d’en affiner sérieusement les traits, grâce une typologie visant à passer un enduit d’ordre à ce grand bazar international ambiant. On se focalisera ensuite sur la région Proche-Orient (et notamment de faire ressortir l’importance stratégique d’Israël sur l’échiquier international actuel), souvent traitée de façon contingente dans les puissantes synthèses des lignes de force géopolitiques contemporaines que l’on peut lire ici et là. 

IV. Typologie

 Voici donc, comme avancé, une proposition de typologie préparant le décryptage à venir des tensions géopolitiques actuelles  : 

Les foyers des opposants de l’Occident sont secondés par une logistique avancée, orchestrée, en provenance de plate-formes d’approvisionnement de quatre ordres: financier, (para-) militaire, pétrolier, humain. L’arrière-ban (ce que mon collègue appelle ‘satellites’) est confiné à de vulgaires tâches propagandistes (relais d’opinion par l’entremise des médias) et commerciales (cartels de la drogue) en attendant qu’ils fassent montre de volonté de puissance, auquel cas l’anticipation de leur importance future les fera grimper dans la hiérarchie.  

On pourrait non sans difficultés représenter l’ensemble sous forme de cercles concentriques interconnectés où chaque ‘mille’ serait une puissance ayant des velléités d’expansion. Qui cède tout son pétrole ne peut être qu’un morpion géopolitique, à la remorque diplomatique et militaire du grand protecteur. On a donc naturellement des plate-formes d’approvisionnement. Qui s’allie  de circonstance ou structurellement avec celles-ci dans une optique de maximisation de sa force envisagera plutôt des liens économiques, notamment dans l’industrie de l’armement, avec des bases perçues comme communes. On perçoit par conséquent un deuxième cercle plate-forme militaire. Ceci dit, il faudrait s’assurer que les circonférences soient hermétiques, et qu’on ne puisse pas faire partie de plusieurs cercles à la fois; ce qui conforte notre idée selon laquelle chercher à représenter graphiquement la chose est par avance peine perdue. 

Gageons qu’il sera possible de classer dans ces quelques cases les Etats de l’alliance anti-occidentale (nous mettrons de côté pour des questions de clarté les courants politiques, les éventuelles entreprises ou organisations caritatives, et toute entité non assimilable à un pays proprement dit), en dehors des réseaux terroristes, qui apparaissent véritablement comme le lien entre les puissances concernées par le rejet haineux et vindicatif de l’Occident. 

V. Décodage dans ses grandes lignes des préparatifs du spectacle intercontinental annoncé

 

Ante Scriptum: Le lecteur méthodique, qui aura survolé brièvement l’article avant de s’attaquer à sa lecture proprement dite, aura remarqué que la ‘vieille Europe’ n’y est pratiquement pas évoquée: et pour cause, désorganisée et indécise, imprécise dans ses ambitions comme confuse sur ses capacités d’intervention politique ou militaire, l’Union Européenne possède presque autant de politiques étrangères que de pays la composant, sans parler des Etats n’en ayant pour ainsi dire pas. Par exemple, les pays d’Europe centrale et orientale, traumatisés par l’expérience socialiste, ne sont quant à eux et de toutes façons pas prêts de s’écarter de la ligne de conduite de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, ou OTAN.

Ne revenons pas une fois de plus sur les thèses de Robert Kagan, mais ajoutons à l’impuissance stratégique notoire (quelle signification aurait un laïus sur les intentions de l’Europe en politique étrangère?) de l’Union Européenne le fardeau de l’implosion ethnique potentielle qui pèserait sur elle en cas de conflit dit ‘civilisationnel’ à grande échelle. Plus que jamais, l’Europe doit ‘se regarder le nombril’ et régler ses problèmes d’intégration, en matière d’immigration, comme en termes d’élargissements, avant de se préoccuper de ceux des autres. C’est la condition de la survie de cet extraordinaire projet de construction d’un espace économique, culturel et social commun. 

Il est certain qu’il n’est pas besoin de se mettre en lieu et place des géopolitologues du Pentagone pour distinguer en toile de fond un centre névralgique, foyer bicéphale nucléarisé : la Chine faisant office de nouvelle puissance populaire, dans tous les sens du terme, à même de contester l’hégémonie états-unienne; le Pakistan d’arrière base des réseaux terroristes islamistes, dont les bonnes connections avec les terroristes basques et d’Amérique Centrale (plate-formes d’approvisionnement en armes, et trafic de stupéfiants) ne sont plus à démontrer (elles datent même du début des années 70). Islamabad a aussi cette facilité, voire cette tendance, à embraser l’Asie Centrale, en entretenant des activités terroristes à sa frontière avec l’Inde, au nord de la Province du Cachemire, et pas seulement. 

Si la Corée du Nord, depuis longtemps dans l’orbite chinoise et viscéralement anti-occidentale, semble relativement contenue dans ses intentions de nuire par ses voisins japonais (dont le potentiel militaire n’est plus du tout aussi ridicule qu’on aurait tendance à le penser), russes et son homonyme sudiste, l’Iran pourrait en revanche faire office de troisième pilier de cette alliance stratégique. La grande puissance chiite du Moyen-Orient est le cinquième exportateur pétrolier, et sa volonté d’apparaître comme une instance incontournable dans une région où il fait bon recruter, apparaît comme un élément clé du dossier. Le Venezuela est également un pays d’approvisionnement pétrolier, ainsi que quelques pays d’Afrique noire, au-delà des vulgaires tâches propagandistes auxquelles sont confinées l’Amérique du Sud (dont Cuba, un moustique géopolitique) et l’Afrique dans l’alliance anti-occidentale qui se fomente peu à peu. 

Les places financières qui servent aux terroristes de couverture à leurs opérations financières pré-attentats sont à n’en pas douter la Malaisie, qui avait financé l’effort de nucléarisation pakistanais, Singapour (Lee Kuan Yew agissant bien souvent sous la contrainte d’une main invisible nommée Mahatir Muhammad), l’Arabie Saoudite, Oman et dans une moindre mesure, le Koweït (Londres, très surveillée par la Financial Services Authority depuis les attentats du 11 septembre 2001, ne figure plus sur cette liste). Ces trois derniers pays ainsi que l’Egypte, les Emirats Arabes Unis, le Qatar, Bahreïn et le Liban sont en voie d’assainissement : ils participent tous au groupe d’Egmont, un forum transnational qui favorise les actions entre cellules domestiques de renseignements financiers. 

Le Soudan et surtout, la Libye, sont, certes des foyers de recrutement particulièrement abondants, mais aussi et surtout le repère des trafiquants d’armes. Ces deux pays apparaissent comme les entrepôts des principaux groupes terroristes. On se rappelle ainsi l’épisode de l’interception du cargo Karine A en janvier 2002, en provenance de Tripoli et dont la cargaison était vraisemblablement destinée au Hamas. A titre anecdotique, on se souvient peut-être moins de l’arraisonnement du chalutier Santorini, en mai 2001, soit quelques mois après le début de la seconde Intifada palestinienne (octobre 2000). Notons que la Libye, au ban des Nations-Unies malgré les efforts de façade de Kadhafi, avait bloqué son programme d’accession à la technique nucléaire depuis l’abordage par les autorités italiennes du cargo BBC China qui transportait, depuis la Malaisie vers la Libye, des centrifugeuses provenant d’Abdul Qadeer Khan. 

Quant à l’Afghanistan, qui n’abrite plus guère que quelques camps d’entraînement talibans, certes très actifs, il n’est plus qu’un grand champ de pavot. Les substances narcotiques naturelles (opium, haschisch, etc.) comme chimiques (comme l’héroïne, qui demande quelques transformations en laboratoire) représentent peu ou prou 40% du Produit National Brut afghan. Ses cultures alimentent les marchés mondiaux, en transitant par l’Iran, le Maghreb ou la Turquie pour l’Europe, ou par bateau via le Triangle d’Or concurrent, les Caraïbes puis l’Amérique Centrale à destination de l’Amérique du Nord (Mexique, Etats-Unis, Canada). 

Ajoutons que les foyers de recrutement du terrorisme se sont trop démultipliés pour être réellement cartographiés. Pour preuve, la dernière diffusion d’Al-Qaeda en français (août 2005), ce qui laisse supposer que l’Europe francophone (France, Belgique) augure d’importants espoirs d’embauche aux recruteurs fondamentalistes de la nébuleuse Al-Qaeda. 

A propos de ‘points d’interrogation’, ces derniers pourraient être l’Arabie Saoudite, l’Egypte, l’Irak, et aussi la Turquie. Mais nous les rangeons tous du côté de l’Occident, pour les raisons suivantes :

-  l’Arabie Saoudite car elle représente, avec les Emirats Arabes Unis et le Koweït, une cible potentielle pour les cellules d’Al-Qaeda – comme tous les pays à majorité sunnite et malgré les affinités entre wahhabites (soutien historique des djihadistes) du Royaume et chiites, dans la plupart des cas, des islamistes (sans oublier que les chiites d’Arabie sont les parents pauvres du régime). L’Arabie Saoudite a par ailleurs déjà été prise pour cible, notamment lors des attentats de Riyad en mai 2003, et un consensus d’observateurs s’accorde à dire que les affinités du Roi Abdallah avec la famille Bush ne seraient pas du meilleur goût pour Oussama Ben Laden. D’autant plus que le secrétaire personnel de Nayef, Ministre de l’Intérieur en son état et accessoirement demi-frère d’Abdallah, n’est autre que leader d’Al-Qaïda dans le Royaume. Dans ces conditions, on imagine très mal l’Arabie Saoudite s’écarter de son allié protecteur américain ; l’alliance n’est certainement pas forcée : un des axiomes de la realpolitik est qu’il n’existe que des mariages de raison, pas de mariage d’amour. L’Arabie Saoudite parvient en effet parfaitement à défendre les intérêts américains au cours des réunions de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole, en influençant au mieux ses alliés pour contrer l’augmentation régulière, fût-elle symbolique, de la production de barils.

-   l’Egypte se doit également d’être vigilante. Entre 1993 et 2004 (inclus), les attentats qui y ont été commis firent pas moins de 209 morts et 411 blessés (chiffres AFIDORA). A noter que ces attentats, s’ils visent fréquemment des touristes israéliens (dans le Sinaï) ou américains (même s’il est arrivé aux terroristes de s’y tromper en tuant des Grecs et des Allemands), sont fréquemment parfaitement ciblés sur les grains de sable susceptibles d’enrayer leurs Kalachnikov. Souvenez-vous, des attentats manqués du 20 avril 1993 contre Safwat el-Cherif alors Ministre de l’Information, du 18 août 1993 contre le Ministre de l’Intérieur Hassan el-Halfi, blessé, du 25 novembre 1993 contre le Premier ministre Atef Sedki ; de l’assassinat du chef de la lutte anti-terroriste égyptien, Raouf Khayrat, le 9 avril 1994, et de la tentative d’homicide sur le Prix Nobel de littérature Najib Mahfoud du 14 octobre 1994… 

Ces deux derniers pays, auxquels il faudrait ajouter la Jordanie, constituent des cibles privilégiées de réseaux terroristes adhérant à la ‘philosophie d’Al-Qaeda’.

Notez que les cas brésilien, irakien et surtout turc feront l’objet d’un traitement spécifique dans le courant du développement. 
 
Petit jeu auquel nous nous livrons, les détonateurs potentiels d’un conflit d’envergure mondiale sont multiples, et il apparaît impensable d’agir préventivement et de façon efficace sur toutes ces hypothèses:

    -  invasion chinoise de Taïwan suite à une proclamation d’Indépendance d’un Président issu du Parti Démocrate-Progressiste (PDP, qui entraînerait possiblement, en fonction du bord politique du Président américain du moment, un conflit ouvert entre Washington et Pékin ; Tokyo et Canberra redoutent assurément ce scénario);

    - recrudescence des tensions indo-pakistanaises (scénario finalement à probabilité forte malgré le pacifisme affiché de la plus grande démocratie du monde et les efforts pakistanais de ces dernières semaines);

    -   ‘erreur de manipulation’ iranienne, qui demande un peu de temps (au-delà de la possession d’uranium enrichi, il s’agit également pour Téhéran de se fournir – auprès de la Corée du Nord ? – en missiles balistiques longue portée pour procéder à un lancement ne mettant pas en péril son territoire, ou celui d’un un éventuel allié) ;

    -  attaque multinationale combinée de réseaux terroristes (dont on ne sait plus évaluer la faisabilité étant donné le peu d’informations fiables disponibles sur la réalité opérationnelle du programme américain de surveillance des réseaux d’échanges d’information, baptisé Echelon, et dont le centre névralgique est à Fort Meade, dans le Maryland). 
     

VI. Guerres et Paix proche-orientales à venir 

Région des oppositions ‘Volvic’ - où quand un conflit s’éteint, un autre s’éveille – l’examen du Proche-Orient est un bon prétexte au listage des amis comme des ennemis d’Israël. A tout hasard, la liste serait-elle identique à celle de l’Amérique ? 

-   Le Chemin de Damas du peuple libanais passe peut-être par une réconciliation avec Israël, pour ne pas mentionner l’idée de la création d’un axe Beyrouth-Jérusalem. Tous les ingrédients sont aujourd’hui réunis pour que Liban et Israël s’accordent sur une paix autrefois improbable. Druzes, orthodoxes et maronites d’un côté, Israéliens, catholiques et druzes de l’autre ont un intérêt commun à se débarrasser du Hezbollah chiite en tant que groupe terroriste pour l’intégrer à la vie politique libanaise. La disparition des tensions israélo-libanaises étoufferait définitivement le Hezbollah, déjà inoffensif car en voie de politisation, derrière des revendications rendues obsolètes par le retrait israélien du Sud-Liban, mais qui se présentaient toujours sous couvert de protection du territoire libanais contre les agressions de ‘l’ennemi sioniste’. Bénéfice collatéral de cette entente nouvelle, très peu en rapport avec ce paragraphe proche-oriental, le Brésil se rapprocherait un peu plus de l’Occident qu’il ne l’est déjà, en raison de la très importante (8 millions) communauté libanaise, extraordinairement bien intégrée dans la vie politique (3 gouverneurs, 3 sénateurs, 32 membres du Parlement fédéral, 4 chefs de parti) et des affaires brésilienne. Mais revenons au Liban, où les brigades sécessionnistes des Chevaliers Rouges - de richissimes alaouites nord-libanais emmenés par l’oncle de Bachar el-Assad, Rifaat (autrefois chassé par feu son frère Hafez pour tentative de coup d’Etat) – se sont mises à la mi-août 2005 à racheter d’immenses terrains sud-libanais et frontaliers d’Israël. Tout ceci ne présage rien de bon. Imaginez le tableau : un Hezbollah en quête permanente de popularité, fourni en armes par l’Iran, disposant de 6000 missiles à courte et moyenne portée (dont une partie est dirigée vers Israël, l’autre partie étant probablement hors d’état de marche) ; islamistes wahhabites prêts à en découdre à la moindre occasion ; sunnites et chiites plus que jamais assoiffés de pouvoir ; troupes israéliennes disponibles grâce au désengagement de Gaza. Dans ces conditions, comment ne pas faire au lecteur la délicatesse d’allier à ‘l’optimisme de la volonté’ le ‘pessimisme de l’intelligence’ ? Probablement en faisant un détour par le cynisme du réalisme. 

-   La Syrie est reléguée au rang des ennemis de pacotille de l’Etat hébreu. Ses revendications concernant le plateau du Golan ne sont plus vraiment prises au sérieux à Jérusalem, tant Bachar el-Assad est on ne peut plus conscient de l’exacerbation des tensions intérieures depuis l’invasion d’Irak et la Révolution du Cèdre (les alaouites au pouvoir représentent un dixième de la population environ; puzzle ethnique dont l’équilibre politique tient de l’offrande divine), et du rapport de force militaire qui confère à Tsahal une supériorité incontestable, dans le ciel comme sur terre, sans rien enlever au courage maintes fois démontré des pilotes de MiG syriens. Syrie-épouvantail, faux problème car pas vraiment dangereuse en dépit de l’importance que lui confère une récente analyse AFIDORA (Les Fermes de Chebaa). Pour la petite histoire, la Syrie est à l’heure où vous lisez ces lignes au bord de la guerre civile : « les salafistes proches de Zarkawi et du jihadiste syrien Suleiman Khaled Darwich, hostile au régime » (source : la lettre TTU Monde Arabe, N°435 du 7 juillet 2005) aiguisent leur discours et préparent l’ « arrivée d’une nouvelle vague de jihadistes saoudiens, à l’occasion de l’été, qui pourraient prendre pour cible les ressortissants du Golfe en vacances » (source : Ibid.).  

-   Pour peu qu’Israéliens et Palestiniens s’asseyent sur, ou plutôt acceptent leurs mythes respectifs (sur les questions afférant au droit au retour et à Jérusalem notamment, mais signes avant-coureurs d’une accalmie durable ; pour preuve, la réouverture au public du souk arabe Khan el-Zeit dans la vieille ville, près de la Porte de Jaffa), on peut véritablement dire qu’on est à deux doigts de voir les dissidences entre l’Etat hébreu et l’Autorité Palestinienne raccommodées. Deux conditions toutefois, sous réserve de réussite du Plan de Désengagement, réussite qui ne fait plus guère de doute malgré l’activisme des opposants ‘oranges’, sur le modèle ukrainien victorieux, à une poignée de jours de la fin du désengagement: primo, la nécessaire répression soit par l’armée palestinienne (qui sera bientôt forte de 70 000 hommes), soit par intégration à l’échiquier politique, des groupes terroristes palestiniens, les véhéments Djihad islamique et Hamas. Deuzio, la mise en valeur sur la scène internationale d’efforts israéliens pour rétrocéder la Cisjordanie. Tâche ô combien ardue, la Judée et la Samarie étant, le tout dans des proportions considérables, symboliquement plus chargées, démographiquement plus peuplées, militairement plus stratégiques et géographiquement plus étendues que la Bande de Gaza, dont le projet de désengagement sert de test de crédibilité de l’interlocuteur Mahmoud Abbas, et de détecteur de mensonges aux terroristes qui entendaient respecter ce apparaît comme un cessez-le-feu imaginaire (les services secrets israéliens déjouant en moyenne soixante attentats chaque jour (estimation AFIDORA s’appuyant selon des informations de première main), mais les promesses ne regardent que ceux qui les écoutent) – quitte à ce que les manœuvres politiques échouent comme le prédisent un consensus d’observateurs. 

-   La véritable menace stratégique pour l’Etat hébreu pourrait être, au-delà des ravages causés par les groupes terroristes palestiniens, l’Iran. Si plusieurs thèses, toutes valables, coexistent, il nous apparaît toutefois que la récente élection de Mahmoud Ahmadinejad est paradoxalement une aubaine pour l’Occident. Celui-ci est tout à fait conscient de l’image que lui ont donné nos experts, médias et politiques : celle d’un ex-terroriste farouchement anti-occidental, et qui plus est une marionnette de l’ayatollah Ali Khamenei. Or, dans le contexte d’aspiration à la reconnaissance internationale qui est celui de Téhéran, il est plus que probable qu’Ahmadinejad adopte un comportement en porte-à-faux avec les attributs qui lui sont consacrés, ceci pour se réhabiliter et le pays qu’il dirige avec, auprès des autorités qu’il aspire à convaincre, pour ne pas dire séduire. Quitte à ce qu’il s’aliène une société iranienne largement radicalisée. Nous pouvons maintenant nous classer dans la toute petite minorité qui atténue les discours alarmant que l’on entend sur la menace iranienne (dont il est certain qu’elle viserait le seul ennemi à portée de fusil : Israël), derrière Alain Marsaud, député UMP (Union pour la Majorité Parlementaire) et ancien chef de la lutte anti-terroriste française, qui avait avancé, au cours d’un débat AFIDORA en février 2005, que le chantage iranien n’était qu’un feu de paille – sous le regard médusé de l’auditoire (débat intitulé ‘Grand Moyen-Orient, Grand Ménage ?’). Attention toutefois : l’élection d’Ahmadinejad a réveillé de masses qui perçoivent en l’émergence d’un nouvel Irak une opportunité de constituer le troisième pôle chiite d’Orient, appuyés par un Hezbollah n’ayant malgré tout rien perdu de son potentiel militaire. Disons qu’il l’a simplement mis en veille. De toutes façons, on imagine mal cette vision se concrétiser sans la moindre escarmouche… 
 

-  La pacification du Proche-Orient dépend aussi, et en grande partie, du règlement de quatre conflits civils locaux :

  1. israélo-israélien d’une part avec l’embrasée certaine à l’instant où sera évoqué sérieusement le désengagement de la Cisjordanie (le pays étant secoué, à l’heure du désengagement de Gaza, par, dans l’ordre chronologique (mois de juillet-août 2005) : des manifestations de l’extrême droite et des images très dures, qui ont scandalisé l’opinion, de jets de pierres de colons sur un Palestinien; l’acte terroriste d’un déserteur de l’armée israélienne qui tua à la mitrailleuse quatre Arabes israéliens dans un bus, dans le village arabe de Shfaram près de Haïfa, avant d’être lynché par la foule ; la démission du Ministère des Finances de Benyamin Netanyahu, donné statistiquement vainqueur d’éventuelles élections anticipées pour la présidence du parti Likoud, ce qui forcerait Ariel Sharon à former un nouveau gouvernement de coalition nationale avec le chef du parti laïque Shinouï, Tommy Lapid, et son ami et vieux rival travailliste Shimon Peres ; hier même, un nouveau colon juif a tiré sur et tué trois Palestiniens en Cisjordanie).
  2. palestino-palestinien d’autre part : Mahmoud Abbas, en danger politique et même physique (un collègue me souffle même qu’accepter le poste de Président de l’Autorité Palestinienne revient à être nommé chef de la police politique moscovite dans la seconde moitié des années Trente), et ses alliés politiques doivent consolider des positions fragilement acquises et une impopularité presque cultivée, et digne des plus antipathiques, inexpressifs, et calculateurs technocrates argentins ou mexicains, des années 80 et 90.
  3. israélo-palestinien évidemment (cf. une analyse AFIDORA intitulée ‘l’obsession israélo-palestinienne’),
  4. plus à l’est et enfin, irako-irakien, avec un retour au calme souhaitable, mais chimérique à court-terme. 

VII. Tableau des alliances israéliennes dans la région

 Dans un ordre décroissant de conservatisme, récapitulons les composantes de la lune de miel proche-orientale à venir (cf. une analyse AFIDORA intitulée ‘Un Printemps Arabe ?’): 
-   Alliance diplomatique et économique Israël-Egypte qui tient grâce à la mise en place ex nihilo d’intérêts commerciaux communs (cf. accords textiles tripartites de décembre 2004, qui garantissent l’accès, sans droits de douane ni quotas, au marché nord-américain des produits textiles égyptiens fabriqués dans l’une des sept zones industrielles égyptiennes qualifiées, et dont la valeur ajoutée est au moins à 11,7% israélienne), et à l’accord diplomatique tacite selon lequel Jérusalem accorde au Caire sa place sur la scène diplomatique internationale, en tant que première puissance du monde arabe (dont une des manifestations en a été le Sommet israélo-palestinien de Charm-el-Cheikh, 8 février 2005) en échange du contrôle tacite des gendarmes palestiniens par les Egyptiens pendant le désengagement, censés en théorie à la fois leur apporter formation organisationnelle et logistique, et expérimenter l’idée d’une frontière palestino-égyptienne dans sa version moderne. A noter que le retour en grâce d’un Hosni Moubarak physiquement affaibli, catalysé par l’organisation d’élections au parfum démocratique, fut chèrement payé dans les récents attentats de Charm-el-Cheikh (23 juillet 2005), ce qui pourrait avoir comme effet collatéral de favoriser la coopération égypto-israélienne anti-terroriste, l’un pouvant profiter de l’expertise de l’autre en la matière. Cette analyse est toutefois soumise à la non-accession au pouvoir d’une majorité de la classe dirigeante égyptienne tout de même hostile à Israël. Sur un autre plan, c’est sous couvert de fabrication égyptienne qu’Israël vend depuis les années 80 des matériels d’irrigation agricole aux pays arabes qui en expriment le besoin, ainsi qu’à de nombreux pays africains (et ce même quand les relations diplomatiques entre les pays étaient coupées). 

-   Alliance économique Israël-Jordanie ensuite, d’abord touristique, mais soutenue par un changement en profondeur des arrière-pensées des deux parties. En témoigne l’étude de faisabilité de grands projets keynésiens en commun, telle cette liaison ferroviaire entre Aqaba et Eilat, l’objectif avoué étant de relier la Mer Rouge à la Méditerranée (d’Aqaba à Ashdod, à l’ouest de Jérusalem, en passant par Eilat et donc en traversant le désert du Néguev vers le Nord) pour faire concurrence au Canal de Suez. A cela s’ajoute la double détermination jordanienne à aiguiser sa répression du terrorisme, dont l’âpreté n’est plus à prouver, et à coopérer du mieux possible, c’est-à-dire qualitativement et non quantitativement, avec les Etats-Unis. 

-   Alliance culturelle Israël-Liban : quand bien même ni Walid Joumblatt (qui exhorte la communauté druze libanaise à se radicaliser contre Israël, et l’israélienne à rejoindre le Liban ; anti-sioniste donc, proche de Damas également, et, par un jeu d’alliances politiques, proche du Hezbollah), ni Saad Hariri (qui aurait acheté des voix aux dernières élections) ne sembleraient être les hommes de la situation, et ni Siniora, nouveau chef d’un gouvernement qui sera jugé en fonction de résultats d’enquêtes qui tardent à venir, le jeu n’est pas complètement fermé à la paix avec Israël dans un Liban où les responsabilités sont constitutionnellement attribuées aux 17 communautés ethniques.  En faisant l’hypothèse que Michel Aoun, toujours populaire au Pays du Cèdre malgré une étrange alliance électoraliste avec les pro-syriens aux dernières élections, revienne sur le devant de la scène, on assisterait immanquablement à un rapprochement entre Jérusalem et Beyrouth. Il est utile ici de rappeler les points communs entre le Liban et Israël : nés dans la même période sombre, en 1943 pour l’un et en 1948 pour l’autre (si l’on s’en réfère aux dates de leurs déclarations d’Indépendance), ils bénéficient tous deux de puissants liens avec leurs diasporas. Leurs majorités (en Israël : juifs, arabes chrétiens, catholiques ; au Liban : chrétiens maronites, arméniens, grecs orthodoxes) partagent des valeurs judéo-chrétiennes fortes (cf. France qui est solidaire des chrétiens-libanais, les Grandes Ecoles d’ingénieurs et de commerce françaises ouvrant notamment largement les vannes à son élite intellectuelle issue de la bourgeoisie d’affaires et des classes politique et industrielle de Beyrouth) et surtout un ennemi commun admis: la Syrie. Des deux côtés on considère que leur frontière commune est une ‘bonne frontière’ (le sud Liban chiite délaissé et Plateau du Golan partagé entre kibboutz israéliens et villages druzes). La preuve en est des quelques milliers de travailleurs libanais qui franchissent matin et soir, certes sous bonne escorte pour empêcher les infiltrations du Hezbollah, la ‘ligne bleue’ au niveau de Metula, quelques kilomètres à l’ouest des fermes de Chebaa et au nord de Kyriat Shemona, petite ville, la plus au Nord d’Israël, où il faut bon respirer un air très pur. Menahem Begin avait déjà, en son temps, tenté de jouer sur une fibre occidentale commune avec le Liban : mais de maladresses politiques israéliennes en malentendus des opinions (cf. l’épisode malmené des massacres de Sabra et Chatila) largement due à une instrumentalisation de l’histoire par leaders et médias arabes, la situation en est restée à l’arrière-goût amère de 1982. Dommage ! 

-   Acceptation mutuelle israélo-palestinienne (pourquoi pas séparée d’une une ‘bonne vieille muraille d’acier’ (l’expression est de Zeev Jabotinsky, leader de la droite nationaliste du mouvement sioniste dans les années 30, fondateur du mouvement offensif Bétar, et précurseur du Likoud), en attendant que deux générations de Palestiniens et d’Israéliens soient majoritairement prêtes à prononcer le mot ‘paix’ au même moment, et ce n’est a priori pas demain la veille cf. les lieux communs concernant les manuels scolaires palestiniens). Mais ne nous épanchons pas davantage sur un sujet qui fera l’objet d’un très prochain article sur le Président de l’Autorité Palestinienne notamment. 

VIII. Quatre recommandations pour désamorcer depuis le Proche-Orient les discours des recruteurs, et autres prédicateurs, islamistes

 

La mise en valeur de cette tâche d’huile à même de désamorcer un embryon de ‘choc des civilisations’ (cf. une analyse AFIDORA, ‘l’obsession israélo-palestinienne’), si nos hypothèses s’avèrent fondées, n’est pas hors de portée. En clair, la vision néo-conservatrice du Grand Moyen-Orient de l’Administration Bush est en passe de devenir réalité. Mais sa construction est fragile, car prise en otage par la quadruple nécessité qu’auront, dans un ordre décroissant d’importance: 

    -   l’Autorité Palestinienne, à mettre immédiatement en œuvre une politique de développement économique et social énergique pour anéantir le foyer de recrutement des fondamentalistes islamistes, et éduquer la jeunesse à un minimum d’acceptation de l’altérité sioniste dont la manifestation la plus sensible est l’existence de l’Etat d’Israël. Il s’agit, autrement dit, d’introduire de nouveaux manuels scolaires (l’idée n’est pas nouvelle) et purger puis renouveler les acteurs de la formation de l’individu (une idée beaucoup plus progressiste) : l’éducation familiale, l’éducation religieuse, l’éducation militaire et la scolarité citoyenne seraient cloisonnées grâce à la distinction de la nature des agents éducatifs (instituteurs, enseignants, professeurs, imams,…) pourquoi pas sur les modèles marocain, tunisien, ou libanais; 

    -  les gouvernements irakiens, palestiniens, égyptiens et libanais – principalement – à mettre hors d’état de nuire les principaux responsables terroristes actuels, et ce sans attiser les fantasmes des populations arabes (cela passe nécessairement par une institutionnalisation/intégration, de façade, ou pas d’ailleurs, des réseaux terroristes dans leurs systèmes politiques). Ce projet suppose des agissements intra-confessionnels, ou en tous cas une perception de l’opinion fabriquée dans ce sens - au risque d’attiser un peu plus les ressentiments; 

    -   les Etats-Unis, l’Union Européenne et Israël [probablement pas les instances de régulation internationales (en vertu des veto russes et chinois prévisibles)] à contenir les velléités non pas dangereusement expansionnistes mais simplement égotistes de l’Iran. En effet, l’enrichissement de l’uranium y est devenu une cause nationale, « virilo-machiste », qui transcende largement l’appartenance à tel ou tel courant politico-idéologique. De plus, l’émancipation diplomatique de l’Egypte au Proche-Orient et sur une partie du continent africain suscite une jalousie teintée de snobisme ethnique. Mais là encore, ne rentrons pas plus dans les détails sur un sujet qui mériterait probablement, au même titre qu’un certain nombre de thèmes abordés ici-même, un article à lui tout seul. 

    -  les Israéliens, sans doute le peuple le plus malpoli du monde, à faire un léger effort de protocole en dehors de leurs frontières. On n’imagine pas les ravages causés par le comportement des centaines de milliers de touristes israéliens sur les mentalités jordaniennes et égyptiennes, qui s’imaginent que les Israéliens les prennent de haut, alors qu’ils sont encore pire entre eux… Ce phénomène est assimilable à celui des représentations des barrages militaires israélo-palestiniens: ses répercussions désastreuses orchestrées et amplifiées par les médias arabes, qui ne se lassent jamais de les relayer, sont inconcevables. On est toutefois loin des préjudices provoqués par la répétition en boucle d’images d’assassinats ciblés de l’armée israélienne, ou de pseudo-bavures telle celles de l’affaire du petit Mohamed Al-Dura. Ce qui soulève le problème, non développé ici, du pouvoir de médias de contre-pouvoirs que d’autres médias.  

IX. L’énigme turque 

Le lecteur trouvera sans doute étrange que, contrastant avec l’angélisme de l’article, la question turque soit amenée sous une forme aussi dérobée. La Turquie que les masses européennes pensent réformée s’écarte dangereusement de sa ligne de conduite séculaire d’antan. Alors qu’il était manifeste que la Turquie avait enfin inventé un modèle démocratique adapté aux spécificités des pays arabes (c’était oublier les différends historiques entre le monde turcophone et le monde arabophone), le régime actuel est revenu à un certain conservatisme islamique. En conséquence, la Turquie s’écarte lentement de l’alliance stratégique avec Washington: ainsi le refus catégorique du Parlement turc de laisser stationner, traverser et même survoler les troupes américaines sur son territoire lors de la dernière invasion d’Irak. Cet événement constitue un véritable tournant géopolitique des relations entre les deux pays. Riposte immédiate du Pentagone : les Américains offrirent aux Kurdes une criante victoire à Kirkouk, dans le nord de l’Irak, en avril 2003. Dans le même temps, et pour s’éviter un éventuel isolement des grands ensembles géostratégiques, Ankara déploie un arsenal diplomatique considérable pour intégrer l’Union Européenne. Ce qui est au passage la preuve que radicalisation et pragmatisme ne sont pas deux concepts antagonistes.

Si l’on adopte un raisonnement d’identification d’intentions, on parvient à décrypter trois éléments dans l’attitude générale du gouvernement Erdogan.

Premièrement, le signal envoyé à ses voisins syriens, iraniens et irakiens par le refus de laisser les troupes américaines pénétrer le territoire turc est très clair : au nom d’une illusoire solidarité musulmane, vos décisions en politique étrangère ne nous concernent pas. L’annonce fut également accompagnée d’une double acclamation politique, intérieure (deuxièmement) et européenne (troisièmement). Intérieure car le gouvernement en place a su tenir tête à l’ « hyperpuissance » américaine, pour reprendre une expression d’Hubert Védrine dorénavant rentrée dans les mœurs, conduite par un Président dont les décisions sont le fruit d’une réaction quasi-freudienne à la non-exécution par son père d’un Saddam Hussein en son temps. Un classique, qui fonctionne toujours aussi bien. Européenne pour les mêmes raisons, en y ajoutant l’argument électoraliste selon lequel même les gouvernements favorables à l’intervention en Irak, principalement l’Espagne, l’Italie, l’Angleterre, les Pays-Bas et les Pays d’Europe Centrale et Orientale, n’ont fait aucun commentaire à l’annonce en raison de l’importance croissante de l’électorat musulman. Ce qui a enfin contribué à donner l’impression que la Turquie joue un rôle-clé en géopolitique du Moyen-Orient - seul élément tangible de ce paragraphe. 

Importance stratégique donc, certes parce-que Recep Tayyip Erdogan a su trouver en la Géorgie et, c’est moins nouveau, l’Azerbaïdjan, véritable ‘petit Koweït’ selon le mot de l’expert du monde russe Vladimir Federovski, des alliés de choix. Observons surtout l’étrange étrange de ses liens avec Israël depuis 1995 (date de l’accès au pouvoir du parti islamique conservateur, naturellement hostile à Israël) : rien, ou presque, n’a changé. En effet, si la menace commune syrienne a progressivement vu sa réalité s’estomper, l’lran est venue la remplacer côté israélien. D’ailleurs, Israël participe activement à la construction d’un aéroport dans le Kurdistan irakien - territoire qui traverse la Turquie, l’Irak et l’Iran, mais aussi l’Arménie et la Syrie - à 15 kilomètres de l’Iran, ce qui n’a pas manqué de provoquer les foudres diplomatiques d’un Erdogan qui s’en est immédiatement allé en Israël expliquer à Ariel Sharon sa vision de leur partenariat. Au passage s’explique la nécessité pour Tsahal de maintenir les entraînements de son aviation sur le territoire turc, et donc les infrastructures iraniennes à portée de missile. En échange, la Turquie bénéficie encore et toujours plus d’une manne touristique récurrente, de juteux contrats d’eau potable et de transferts de technologies dans les domaines médicaux, de l’agriculture (avec le partenariat public-privé Tahal) et de la défense. Mais si statu quo et, pour reprendre le langage des épiciers, deal win-win il y a, pourquoi le rôle de Turquie apparaît-elle comme une énigme dans le grand spectacle annoncé ? Principalement pour trois raisons. 

Tout d’abord, on a vu que la fracture entre la Turquie et les Etats-Unis était réelle. On peut donc supposer que Washington exerce des pressions pour qu’Israël abandonne les problèmes turcs à l’Union Européenne. 

Ensuite, il s’avère que cette hypothèse s’avère juste, mais pour d’autres raisons : un groupe de lobbyistes juifs américains s’est ouvertement insurgé contre le négationnisme turc du génocide arménien, et pousse le Congrès, et par ricochet la Knesset, à prendre des sanctions économiques contre Ankara. On distingue ainsi comme une solidarité entre Juifs et Arméniens, une solidarité de génocidés...La géopolitique ne faisant pas dans les sentiments, mettons que cet épisode précis relève de la politique plutôt que de la géographie. 

Enfin, l’intégration probable de la Turquie dans l’Union Européenne à l’horizon 2009 pose un point d’interrogation aux relations israélo-turques. Israël parviendra-t-il faire levier sur ses relations passées pour se servir de la Turquie comme d’un ‘cheval de Troie’ en Europe (les hommes d’affaires israéliens sont unanimes sur le côté pratique des relations d’affaires avec les Turcs, fait de proximité géographique et culturelle)? Pour le Ministère de la Défense israélien, l’intégration de la Turquie dans l’Union Européenne entraînerait le gel des contrats militaires israéliens dans le pays, et la mort de l’axe Ankara-Jérusalem. 

X.  Israël et le monde : sortir du Moyen-Orient

 

Mais Israël, dont la balance commerciale est structurellement négative – irrémédiablement disent les plus pessimistes, est loin de se satisfaire des quelques initiatives régionales entreprises dans le cadre d’efforts communs de pacification avec ses partenaires turcs, égyptiens et jordaniens. Ses collaborations économiques avec ces deux derniers Etats ont des vertus stabilisatrices, diplomatiques et symboliques avant tout autre chose; les ‘épiciers’ définis en introduction du présent article diraient que leurs flirts participent d’une lock-in strategy, selon laquelle des intérêts économiques communs préviendraient des mauvaises surprises que les relations internationales réservent parfois. Bref, une interprétation géopolitique des ‘menottes dorées’ des banquiers, une espèce particulière d’épiciers… 

Comme dans tous les pays du monde, les entreprises israéliennes se tournent vers les grands marchés existant ou émergents. 

Ainsi en est-il de l’Union Européenne, qui ne fait pas que se contenter d’écouler les stocks d’oranges et de bananes israéliens. Cette vision évidemment complètement édulcorée des relations Israël - Europe cache un réalité toute autre: l’Etat hébreu participe au programme paneuropéen stratégique Galileo, concurrent du Global Positioning System (GPS) états-unien. Les militaires comme les industries de défense coopèrent activement, par exemple dans les drones avec la France. Rappelons aussi que le Centre National d’Etudes Spatiales français et l’Israel Space Agency développent ensemble un satellite d’observation de la végétation sur la Terre, en attendant mieux. Mais les Européens se gardent bien d’afficher leurs affinités avec l’exutoire de leur opinion, via leurs médias – ce qui est autant le fruit d’un malaise historique que de leurs tant évoqués, réels et aussi légitimes que compréhensibles intérêts économiques dans le monde arabe. 

faucille marteau alexandre lucas

A gauche : le pavillon du Ministère de la Défense israélien au Salon du Bourget de juin 2005 ;

A droite : participation israélienne sur un hélicoptère indien (remarquer sur la carlingue le petit logo d’Israel Aircraft Industries (IAI), bleu sur fond blanc)

Images AFIDORA 2005 – Tous droits réservés

S’il nous semble peu opportun de revenir sur les relations israélo-américaines, transcendantes sur le plan économique, des choses intéressantes, politiquement parlant, se passent quand on se tourne depuis Jérusalem vers l’Extrême-Orient. Les liaisons dangereuses entre Israël et la Chine d’une part, et Israël et l’Inde d’autre part, pimentent d’ailleurs les relations diplomatiques entre Washington et Jérusalem. 

-   Jérusalem–New Delhi : répondant à un besoin pressant de l’Inde (menace indo-pakistanaise), qui se trouve être le même que le sien (menace iranienne), Israël (IAI/MLM) a développé la famille de missiles LORA (Long Range Artillery, portée : 150 à 300 kilomètres), dont les récents tests - sous haute surveillance de la CIA - en Méditerranée ont révélé leur supériorité vis-à-vis de la concurrence américaine ATACMS et russe Iskander-E (source : Aerospace Daily & Defense Report, AviationWeek, vol. 214 – No. 52, 14 juin 2005, page 7). Encore plus récemment, des bruits selon lesquels IAI et Elbit étaient sur les rangs pour équiper l’Air Force indienne d’un système de contrôle de type OTAN ont filtré. 

-   Jérusalem–Pékin : la presse n’en a pas vraiment fait état, mais nous venons d’assister à la plus grande crise diplomatique entre Israël et les Etats-Unis qui ait eu lieu depuis la reconnaissance, en décembre 1989, de l’Organisation pour la Libération de la Palestine (OLP) par la Maison Blanche (avec à sa tête un certain George Bush). La crise précédente datait de 1969, avec le refus israélien du Plan William Rogers, c’est dire si elles se comptent sur les doigts de la main…Israël a en effet non seulement vendu à la Chine du matériel militaire sophistiqué, dont notamment des radars PHALCON (les mêmes qui équipent les Awacs) mais également procédé au ‘rétro fit’ (entendre ‘mise à jour’ dans le langage des militaires) des drones IAI Harpy vendus à Pékin dans le courant de la décennie 90. Pire encore pour les Américains, attachés à la parole vraie des moralistes chrétiens : en prétextant des réparations sur ces mêmes drones, les Israéliens ont commis l’irréparable en mentant effrontément à Washington…La réaction épicée, et donc efficace, des Américains ne s’est pas faite attendre, avec l’expulsion de toutes les entreprises israéliennes du programme de chasseur de supériorité aérienne F-35 Joint Strike Fighter (JSF). Il a donc fallu que toute la classe politique israélienne se mobilise, pour une fois pas du tout aidée par des lobbies juifs américains vexés du manque de sens des responsabilités d’Israël, pour que Shaul Mofaz, Ministre de la Défense israélien, et Donald Rumsfeld, son homologue états-unien, parviennent hier à s’entendre finalement sur un protocole de réconciliation par étapes, très contraignant pour Jérusalem. Les Israéliens devront, entre autres, se conformer aux directives des Accords de Wassenaar (ratifiés par les Etats-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Australie, et enfin la France qui ne les respecte évidemment qu’à moitié) sur le contrôle des exportations d’armes conventionnelles et de technologies, pour pouvoir ne serait-ce qu’espérer se rasseoir à la table de négociations pour rentrer de nouveau dans le programme JSF (source : Globes, 17 août 2005).  

Chose qui relève moins de la sphère publique, le Pentagone a imposé aux industriels israéliens une transparence absolue quant à leurs relations commerciales avec des pays à caractère sensible (dont la Chine et l’Inde font partie), sous peine de tronquer crédits et autres aides annuelles. Ce système s’apparente nommément à un droit de veto. Ce qui est le plus problématique, sur le plan des intérêts économiques, pour Israël, premier fournisseur, ex-aequo avec la Russie, d’armes en Chine comme en Inde. Et puis on imagine mal un petit pays comme Israël se passer d’une manne de 2,5 milliards d’exportations en systèmes d’armes vers la Chine (source : De Defensa, 18 juillet 2005), en augmentation constante depuis 1990. Ce qui ne laisse pas augurer la fin des allers-retours des pompiers des relations israélo-américaines avant un petit bout de temps…Concernant l’Inde, les choses devraient être plus simples. Les Etats-Unis venant de signer un accord de coopération dans l’énergie nucléaire avec Delhi, on imagine mal Washington parasiter les flux de matériels sensibles entre Israël et la puissance indienne. 
 
Examinons un instant le cas de la Russie. On aura tôt fait de remarquer le rôle ambiguë joué par le Kremlin, qui préserve ses connexions avec absolument tous les protagonistes cités dans le paragraphe précédent: Moscou entretient des relations privilégiées avec les services secrets syriens et par ce prisme avec l’alliance Téhéran–Damas–Hezbollah, fournit Pékin, Islamabad ET New Delhi en matériels de défense et en spécialistes des sciences balistiques, bénéficie d’une alliance scientifique de facto avec Israël depuis la grande vague d’immigration russe (un demi million d’immigrants) du début des années 90 et les flux d’immigration continus en résultant, etc. Quelques rivalités avec la Chine concernant la mainmise sur quelques pays d’Asie Centrale devraient toutefois ramener le Kremlin à la raison : dans les représentations russes, la lutte contre le terrorisme est l’affaire de tous depuis les attentats du théâtre de la rue Doubrovka à Moscou (23 octobre 2002) et la prise d’otages de l’école de Beslan (1er septembre 2004) pour n’en citer que deux parmi les plus spectaculaires de ces toutes dernières années. Souvenez-vous aussi des déclarations de Vladimir Poutine suite aux attentats du 11 septembre ! Ajoutons à ces éléments un très robuste socle culturel commun à l’Europe et à la Russie, des liens serrés entre les plus puissants hommes d’affaires russes et l’Occident (et pas seulement dans les grands clubs de football anglais), et aussi – surtout ? – une alliance énergétique ‘monde russe – monde occidental’, qui a déjà labellisé le plus vaste pays du monde ‘fournisseur officiel d’hydrocarbures de l’Occident’, aux côtés de l’Arabie Saoudite, de la Norvège (qui devrait retrouver son importance stratégique), de maintenant l’Irak, et…des Etats-Unis ! A l’appui des défenseurs de la thèse d’une alliance implicite sino-russe contre les Etats-Unis (cf. une analyse AFIDORA intitulée ‘La stratégie américaine au Moyen-Orient et le facteur russe : « la faucille et le marteau »’), les inquiétantes manœuvres militaires actuelles en Mer Jaune. Le scénario est le suivant : l’armée chinoise doit endiguer la rébellion séparatiste musulmane du Xinjiang, sur le modèle..tchétchène. Baptisés ‘Mission de Paix 2005’, ces exercices sino-russes, sous l’œil amusé des Etats Majors iraniens, indiens et pakistanais, et la surveillance ahurie des satellites de la CIA version post-11 septembre (Central Intelligence Agency, services secrets américains), sont les premiers du genre. Ceux qui soutiennent la thèse du ralliement de la Russie au camp anti-occidental esquissent un dessein qui laisse place à un monde non pas bi-polaire, mais tri-polaire, ‘choc des civilisations’ sans aucun doute : à ma droite, le monde occidental, et ses névrotiques déchirements ; à ma gauche, la Chine, sûre de sa supériorité culturelle comme démographique ; et partout, tels des gangrènes, les terroristes et leurs soutiens haut-placés qui les arment, les financent, et les soutiennent matériellement ou moralement dans l’opinion (cf. la typologie développée plus haut)…

Laissons de côté ce scénario catastrophe pour revenir à notre thèse selon laquelle la Russie œuvre du côté occidental, malgré ses nombreuses ambiguïtés (pas prêtes de se ternir). Ultime argument contre ceux qui sous-estiment toujours le traumatisme russe en estimant le Kremlin capable d’aller défier Washington une nouvelle fois, les affaires russo-nipponnes. L’équation énergétique, en cas de ‘choc des civilisations’, de l’Archipel deviendrait encore plus compliquée qu’elle ne l’est, car Tokyo s’approvisionne un peu en Océanie (Australie et Nouvelle-Zélande), un peu en Russie, un peu en Afrique, et beaucoup en Indonésie et dans le Golfe persique. La Russie en phase d’aménagement territorial de son Grand Est pourrait proposer au Japon l’affaire suivante, en sus d’une réelle coopération dans le containment chinois : ‘Pétrole contre Investissements’, sur le modèle onuso-irakien ‘Pétrole contre Nourriture’, en Sibérie (les Japonais sont d’ailleurs déjà les principaux investisseurs de cette vaste et accueillante contrée). Ce projet est d’ailleurs naïvement soutenu par le courant montant des ultra-nationaliste nippons, emmené par l’actuel Maire de Tokyo Shintaro Ishihara, qui s’imaginent sans doute faire pièce aux Etats-Unis de la sorte. Quoiqu’il en soit, quant on connaît la brutalité légendaire des Russes, et leurs surabondantes réserves énergétiques (gaz, pétrole, minerais, etc.), l’Occident ne peut que se féliciter d’avoir cet Etat-continent de son côté… 
 

Revenons tout de même un instant sur les relations entre Jérusalem et Washington pour expliquer la relation sino-israélienne: en apparence excellentes (cf. les lieux communs : mythes de l’axe américano-sioniste & du 51ème Etat, lobby juif, etc.), elles seraient en réalité parasitées par la farouche volonté israélienne de s’affranchir de la tutelle états-unienne (cf. ventes d’armes à la Chine, relations diplomatiques denses et secrètes avec l’Autorité Palestinienne dans le Sinaï – certes bénies par Washington). D’où les réticences israéliennes à intégrer un grand ensemble géostratégique autrement que pour les opportunités d’échanges d’informations qu’elles représentent. En témoigne la conduite dangereuse, du point de vue de la Maison Blanche, de l’Etat hébreu dont les manœuvres habiles avec la Chine sur le plan des stricts intérêts économiques priment sur l’intelligence stratégique, aux valeurs cafouillées par l’épisode. Mais ce flou artistique sur la qualité des liens Etats-Unis – Israël est voulu, artificiel, entretenu même. Le spectateur du théâtre des relations internationales, coincé dans son trop confortable fauteuil, ne distingue pas ce qui se trame en coulisses. Notre analyse est la suivante, et le scénario est digne d’un bon roman d’espionnage : les tractations militaires sino-israéliennes passées sont motivées, côté chinois, et au-delà du sympathique pied de nez à l’Administration Bush, par, on s’en doute, les transferts de technologies par reverse engineering afférents en vue de développer leur savoir-faire en électronique de défense. Jusque là, rien que de très banal. Ceci dit, le fait est que les intérêts israéliens sont doubles : ils résident tout d’abord dans une infiltration potentielle facilitée d’agents de renseignements au sein du Chendung Aircraft Design Institute, à l’origine de la conception de l’avion sino-pakistanais FJ-17 Thunder (postulat d’ailleurs validé par la soumission ex post d’Israël aux injonctions américaines, ce qui tacitement signifie que la mission aurait été accomplie du côté du Mossad), ceci pour mieux anticiper ce ‘grand spectacle’, sorte de partie de Risk en grandeur nature, dont les récentes attaques terroristes constituent autant les premières répétitions qu’elles s’apparentent à de vastes opérations de financement sur les marchés internationaux de capitaux. La seconde motivation israélienne, peut-être guidée par une directive du Pentagone, aurait été de cartographier les systèmes électroniques de protection du territoire en service auxquels les experts israéliens de l’aéronautique et de la défense auraient eu accès; le stratège chinois du VIème siècle av. J.-C., Sun Tzu est d’ailleurs l’auteur d’une maxime que les analystes états-uniens comme israéliens ont dû méditer: 

« celui qui connaît son ennemi et se connaît lui-même mènera cent combats sans risque ;

celui qui ne connaît pas son ennemi mais se connaît lui-même remportera une victoire pour une défaite ;

celui qui ne connaît ni son ennemi ni lui-même sera en danger à chaque combat » 

(L’Art de la Guerre, article IV, 19 et 20). 

Les Chinois en viendraient presque à regretter la traduction de cette arme littéraire transférée gratuitement à l’ennemi…

XI. Epilogue

Quand bien même le vocable de la guerre froide ne serait pas complètement obsolète, car toujours riche d’enseignements, sa grille d’analyse se retrouve vite limitée : une vision grossière, en blocs, occulte les manifestations sporadiques et locales de conflits sous-terrain, au sein desquels le rapport de force entre vecteurs d’informations (autrement dit, les médias), leaders d’opinion - populaires ou pas, services de renseignements, puissances économiques, technologiques et énergétiques, s’est amplement substitué au rapport de force militaire et idéologique, quand un drapeau flottait au-dessus d’armées protagonistes et quand les alliances stratégiques étaient conditionnées par l’appartenance à un bord politique. Une certaine redistribution des rôles, liée à l’attraction économique des ensembles figures de proue d’une improbable cartographie géopolitique remise à jour, lève le voile sur un acteur qui parasite, en leur ajoutant une nouvelle dimension, les relations internationales : le terrorisme. Une lecture des convergences des motivations d’une voie lactée de réseaux, avec un léger tropisme proche-oriental étant donné la place centrale de la région dans l’exacerbation comme la stabilisation potentielle des rivalités géopolitiques actuelles, vient supplanter l’identification d’antan de blocs idéologiques rivaux.

La grille de lecture de la Guerre Froide est par nature simple, et donc claire et attrayante. Le présent décodage se veut au contraire mettre en relief  une certaine complexité qui, quitte à ce qu’elle soit parfois rebutante, nous apparaît sincèrement comme plus captivante. Tout ceci à l’image d’une comparaison des cartes géopolitiques d’hier et d’aujourd’hui : hier bipolaire et fondé sur des convictions idéologiques supérieures à toute autre forme d’intérêt commun avec autrui, le monde est aujourd’hui multipolaire, fondé sur des idéologies convaincues de la supériorité de leurs intérêts sur ceux des autres. Entre la Chute du Mur de Berlin et les attaques du 11 septembre 2001, nous sommes passés d’une géopolitique d’hypermarché, limpide pour qui sait ce qu’il veut, à une géopolitique épicée, un fouillis où les intérêts premiers prédominent sur les doctrines, et où tout se négocie. De l’hypermarché au bazar. En cas de ‘choc des civilisations’, on passerait alors du bazar à sa version étendue, et améliorée dans son inintelligibilité : le dénommé ‘souk’. Comme quoi marchands d’armes divers et autres géopolitologues peuvent effectivement se frotter les mains : les affaires marchent bien ! 
 

 Jeremy Fain

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23 commentaires.
 1. Il touche le gars.
Visiteur, Unregistered
Je ne comprends rien d'ailleurs [smiley=laugh][smiley=laugh][smiley=laugh] !!! Il enseigne dans quelle fac? Ca me chauffe la diplomatie.
 Posted 2005-09-04 15:22:43
 2. Des jeunes
Visiteur, Unregistered
Non, je crois que chez Afidora, c'est des jeunes qui tiennent la maison. Mais je peux me tromper: il n'y a pas de descriptif. Super article en tous cas.
 Posted 2005-09-05 08:35:47
 3. formations diplomatie
Visiteur, Unregistered
quelques conseils:

tente Sciences-Po, la Sorbonne et le dea du professeur Yves Lacoste. Il y a aussi le dess defense d'assas. mais je ne sais pas ou enseigne l'auteur non plus.
[smiley=think]
 Posted 2005-09-05 18:26:38
 4. Petite précision
Visiteur, Unregistered
L'auteur est étudiant en 2ème année à HEC. Comme quoi ...
 Posted 2005-09-05 18:31:12
 5. Il y a une photo du staff d'Afidora sur le site
Visiteur, Unregistered
Je les ai vu au colloque. Oui, ils sont jeunes, mais pas autant que vous le pensez. 25 ans ou quelque chose comme cela. Des adultes quoi!

C'est vrai que l'article est excellent cela dit, il relate bien notre environnement politique complexe.
 Posted 2005-09-06 12:24:14
 6. Quel rapport? mon avis, mon oeil d'ensemble
Visiteur, Unregistered
Quel rapport entre tous ces sujets ? Le talent ne masque pas la confusion de l'ensemble. et c'est un ancien professeur d'Histoire qui parle. La forme est mauvaise.

Sur le contenu maintenant, hormis des reserves sur la place de la Turquie, c'est assez solide, parfois visionnaire. C'est donc pas mal dans l'ensemble
 Posted 2005-09-06 17:27:27
 7. formations en relations internationales
Visiteur, Unregistered
toutes les facs americaines font ca tres bien je crois, et ca sera dans tous les cas plus repute que sciences-po.
 Posted 2005-09-06 19:17:21
 8. Re precision
Visiteur, Unregistered
et il n'a pas atteint les 25 ans.... [smiley=wink] 22 je crois!
 Posted 2005-09-08 06:17:08
 9. Y'a quelqu'un sur le forum?
Visiteur, Unregistered
C'est pas mal afidora. On peut en savoir plus sur l'historique de l'association?
 Posted 2005-09-13 13:12:59
 10. Historique AFIDORA
Equipe AFIDORA, Unregistered
Bonjour,

Nous n'avons pas établi d'historique en ligne (merci de la suggestion !) mais vous pouvez toujours consulter notre Objet social (sous l'onglet AFIDORA ?) et visualiser les comptes-rendus de nos débats dans la rubrique Synthèse.

Pour prendre contact avec nous, vous pouvez nous envoyer un mail à l'adresse suivante: afidora@hotmail.comCet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir

Cordialement,
L'équipe AFIDORA
 Posted 2005-09-14 11:49:13
 11. Des communistes?
Visiteur, Unregistered
C'est marrant, les afidoraiens (kicicoi???) s'expriment souvent au nom de l'equipe. En tous cas, ils sont bien leurs articles. Disons que le Monde Diplo, c'est du p-cul en face. Mais verra-t-on une table ronde dans les locaux de l'ENS en 2006? Allez, bon vent...


[smiley=cool]
 Posted 2005-09-14 18:56:41
 12. pas d accord
Visiteur, Unregistered
je viens de voir ton post pour l'ens, je les avais vu à Sciences-Po. c est pas mal, mais plus d'articles plus souvent ne leurs feraient pas de mal
 Posted 2005-09-14 19:01:05
 13. Réponse à nos lecteurs
Steve Danino (AFIDORA), Unregistered
1) Non, AFIDORA ne s'inscrit pas dans une logique communiste (cf notre objet social).

2) Pour un débat à l'ENS : pourquoi pas ? Nous ne sommes pas encore implantés dans cette école (aucun afidorien n'y étudie ou n'y enseigne). En revanche, si vous voulez bien prendre contact avec nous, et que vous pouvez nous aider à y réserver une salle, nous nous ferons une joie d'y organiser un débat !


Cordialement,

Steve DANINO
AFIDORA Evénements
 Posted 2005-09-14 23:35:59
 14. commentaires sur commentaires du professeur
Visiteur, Unregistered
la confusion foisonnante d'idées de l'ensemble plait aux lecteurs d'afidora qui cherchent une pensée intéressante plutot que de belles formes vides de toute signification [smiley=cool]
 Posted 2005-09-17 21:08:40
 15. A l'attention de Jérémy Fain
L.D., Unregistered
Monsieur,

Votre essai fait montre de grandes lacunes scientifiques et littéraires. Vous vous cachez derrière un ton objectif pour mieux défendre les intérêts qui sont les votres: les intérêts américains. Seuls les aveugles et les gens de mauvaise foi disent que la Chine représente un danger pour qui que ce soit - c'est le discours des défenseurs des intérêts économiques américains. Votre lien avec le Moyen Orient, traité avec beaucoup de maladresse, est flou et artificiel.

L.D.
 Posted 2005-09-30 19:02:23
 16. Visionnaire oui
Visiteur, Unregistered
L.D., tu dis n'importe quoi. Toutes les analyses tendent vers la mise en valeur de la menace chinoise sur le long terme. Et l'auteur a predit l'integration du Hamas au jeu politique libanais, ainsi que le statu quo des relations entre l'Etat hebreu et la Turquie en instance de negociations avec l'UE. Exactement ce qui se passe actuellement. Chapeau donc.
 Posted 2005-10-12 12:05:34
 17. Sans titre
Visiteur, Unregistered
[smiley=sad][smiley=sad][smiley=sad][smiley=sad]
 Posted 2005-12-24 18:34:25
 18. Un débit de conneries incroyable
Visiteur, Unregistered
Il a fumé l'auteur;;; [smiley=laugh]
 Posted 2006-01-03 07:23:01
 19. fumé?
Guillaume, Unregistered
Il nous fume oui. cela faisait longtemps que je n'avais pas lu quelque chose d'aussi sensé sur les grandes tendances géopolitiques internationales. Même si la place consacrée à Israel dans cet article est trop large. tu pourrais au moins avoir le courage de laisser un prénom ou des intiales.

guillaume
 Posted 2006-03-19 00:18:12
 20. une clairvoyance rare
Jacques Mercier, Unregistered
J'ai beaucoupé apprécié le nombre de thèmes abordés et la justesse de l'analyse. Mais je ne suis pas d'accord du tout sur la typologie de départ: c'est franco-français et pas un seul expert canadien n'apparaît. A quand AFIDORA au Québec par exemple? AFIDORA y est très connue ici et fréquemment citée comme un excellent e-media francophone.

Jacques Mercier
Ingénieur
 Posted 2006-03-23 05:58:10
 21. Bravo
Visiteur, Unregistered
Bien ouej Jeremy, c'est du grand art. Je visualise bien mieux grâce à toi.
 Posted 2006-04-20 02:03:13