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01-12-2008
 
 
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21-11-2004

 

D’ une guérilla à la mode à la guerre moderne

22/11/2004
 

            Au début du mois de novembre 2004, le monde au chevet de Yasser Arafat a vu son attention détournée de ce qui pourrait être un événement géostratégique majeur de ces dernières années : le survol du nord d’Israël par un drone du Hezbollah ! A notre connaissance, seuls deux représentants de la presse francophone (Courrier International du 8 novembre 2004, « Les Prouesses Militaires du Hezbollah » ; Air & Cosmos, qui assure un très sérieux suivi de l’actualité du monde de l’aéronautique et de l’espace (N°1958, édition du 12 novembre 2004, « En Bref », page 39)) se sont faits échos de cette inflexion dans les capacités technologiques et méthodes guerrières du groupe terroriste Hezbollah.


 

Voici les faits. Le dimanche 7 novembre 2004, entre 10h et 10h30, un drone (un engin de reconnaissance sans pilote) Misrad-1 (de faibles dimensions, pourvu d’une électronique relativement simple datant du milieu des années 90 et ne pouvant se poser que grâce à l’aide d’un parachute; le tracé du drone est paramétré avant le décollage et transmet des images à une station au sol en cours de vol), de conception iranienne et parti du sud du Liban, a survolé pendant une vingtaine de minutes l’extrême nord de la Galilée occidentale et la station balnéaire de Nahariya sans être aucunement dérangé. Trois versions co-existent quant à l’issue de la mission: le Hezbollah affirme que l’avion a tout naturellement atterri à sa base de lancement conformément aux plans définis préalablement; l’agence Reuters affirme quant à elle que des pêcheurs ont repêché l’appareil qui se serait égaré en Méditerranée, non loin de la ville de Nakoura ; et enfin, d’après une de nos sources au quotidien israélien Haaretz, l’avion-espion se serait écrasé au nord des très disputées fermes de Shebaa, dans la partie libanaise des collines séparant l’Etat hébreu du Liban après transmission des informations récoltées au quartier général de l’organisation terroriste chiite – cette même source nous précisant toutefois que la version de l’agence Reuters lui semble de loin la plus crédible.


C’est la première fois dans l’histoire de l’Etat d’Israël qu’une violation de son espace aérien est officiellement reconnue par l’armée (cf. un communiqué d’un porte-parole de Tsahal, le capitaine Jacob Dallal, ayant confirmé l’information dans un communiqué daté du 8 novembre 2004).
 
Cet incident, en dehors de sa portée diplomatique - les autorités libanaises étant de fait censées contrôler les activités des groupes terroristes sur son territoire - révèle une faille dans des domaines traditionnellement présentés par les Israéliens comme étant deux de leurs grandes forces : la souveraineté aérienne au Proche-Orient et le renseignement. Une distinction de plus peut être mise en relief : le Hezbollah, probablement main dans la main avec la Garde Révolutionnaire Iranienne, a effectivement su exploiter cette carence dans le système de contrôle israélien des frontières pour en quelques sortes ridiculiser Tsahal qui n’est pas parvenu à intercepter l’engin (et dont les missiles sol-air Stinger n’ont pas frémi) – et de surcroît les Nations Unies qui ont des troupes U.N.I.F.I.L. (United Nations Interim Force in Lebanon) de maintien de la paix en faction sur la « ligne bleue » et qui, leurs radars n’ayant rien détecté, apprirent la nouvelle par la voie de la presse. La véritable question n’est-elle pas de savoir comment et avec quels moyens de telles organisations intégristes sont parvenues non seulement à détecter la brèche dans la défense aérienne d’Israël mais également à y dépêcher un drone?
 

La question est en tous cas prise très au sérieux par l’Etat major israélien qui a immédiatement créé une commission d’enquête. Du côté de la milice terroriste et par le biais de sa chaîne télévisée antisémite Al-Manar et du quotidien national An-Nahar, on exulte. Le cheikh Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, s’était, deux semaines avant l’incident,  dit fin prêt à venger les incursions à répétition (cinq dénombrées depuis le retrait israélien du sud du Liban en mai 2000) de l’aviation de Tsahal  – toutes condamnées par les Nations-Unies - de l’espace aérien libanais en bouleversant l’ « équation stratégique militaire aérienne », et exhorte depuis lors « l’ennemi sioniste » à percevoir l’incident comme un avertissement. Il ne fait bien entendu aucun doute que l’Etat hébreu ne pliera pas devant les menaces du Hezbollah – au contraire, c’est l’absence de riposte israélienne qui inquiète ; cette dernière confortant les groupes terroristes dans leur confiance actuelle, ce phénomène allant jusqu’à enhardir ses adhérents les plus passifs. Tout cela est de bien mauvaise augure pour l’équilibre de la région. D’un autre côté, on a du mal à croire qu’Israël soit resté tétanisé par la bavure de Tsahal lors de l’opération « Raisins de la Colère », en avril 1996, qui avaient fait plus de cent morts parmi les réfugiés du camp des Nations-Unies de Finul, près de Sour. Alors qu’Ariel Sharon, avec son Plan de Désengagement unilatéral de la Bande de Gaza, tente de regagner les faveurs de la « communauté internationale », pour peu que l’on accorde une quelconque validité au concept, est-ce l’impopularité prévisible d’une attaque préventive qui a confiné Tsahal dans un rôle attentiste, plutôt qu’une incapacité réelle à prévoir et prévenir à l’intrusion ?

Comme qui dirait, « ce n’est pas le genre de la maison », Tsahal ayant toujours, depuis la victoire mi-figue mi-raisin de 1973, à tout prix voulu éviter de montrer le moindre signe de faiblesse – fait qui serait de toutes façons incongru – auprès de l’ennemi ; la thèse d’un rattrapage technologique à grande vitesse par le groupe terroriste est la plus plausible, signe avant-coureur d’une prise de conscience par les cerveaux du terrorisme international de l’importance de la maîtrise de l’information pour faire la guerre plutôt que la guérilla. Les leçons de la guerre en Bosnie, entre 1992 et 1995, auraient donc été tirées à retardement par des entités autres qu’appartenant à l’Axe Atlantique.


 

Au-delà de l’actualité immédiate, c’est l’analyse de ce qui ressemble de plus en plus à une coalition terroriste régionale qui suscite le plus de craintes. Quand bien même notre dernier éditorial est plutôt optimiste quant aux perspectives qui s’offrent au conflit israélo-arabe alors que les cartes du leadership s’apprêtent à être redistribuées dans les Territoires palestiniens, laissant la porte ouverte à un certain nombre d’initiatives et d’opportunités pacifiques dans la région, cette violation historique de l’espace aérien d’Israël révèle l’état des coopérations rampantes entre l’Iran, la Syrie, les factions intégristes chiites telles que le Hezbollah et les groupes terroristes palestiniens.


 

Le soutien de Téhéran au Hezbollah n’est pour sa part pas né de la dernière pluie : le triomphe de l’ayatollah Khomeiny lors de la révolution chiite de 1979 a fait de l’Iran un acteur majeur des conflits successifs au Liban, le régime des mollah se faisant fort d’apporter un soutien idéologique, matériel et financier à toutes les organisations chiites qui en manifestaient le besoin (le Hezbollah dès sa création en 1982, le Djihad islamiste, etc.). Ce qui est en revanche nouveau et novateur, c’est le transfert de technologies apparent entre la Garde Révolutionnaire Iranienne et la milice intégriste du Hezbollah alors que l’aide iranienne se résumait d’habitude à des transferts de fonds et d’armes en direction des groupes terroristes anti-israéliens. Il semble dans ce cas précis que les ingénieurs iraniens – rompus aux techniques soviétiques de mise au point de tels appareils - aient directement participé à la préparation de la mission depuis le sud du Liban ; en effet, le Hezbollah ne maîtriserait pas, selon AFIDORA , à cette date, les techniques de réception de signaux et de données en provenance d’un tel drone, qui nécessitent des infrastructures et un savoir que l’organisation terroriste n’a jamais eu l’occasion d’acquérir jusqu’ici. Les postes avancés que constituent les camps d’entraînement du Hezbollah dans le sud du Liban, afin de faire reconnaître le terrain par des drones, combinés à l’augmentation de la force de frappe iranienne – l’Iran s’étant proclamé le mardi 2 novembre 2004 (soient cinq jours avant l’incursion du drone en Israël) sur le point de lancer la production des missiles de moyenne portée Shihab-3 – constituent une agression de plus envers l’Etat hébreu, le Shihab-3 ayant été étant spécialement conçu pour atteindre le port de Haïfa.


 

Les affirmations osées du cheikh Hassan Nasrallah, qui proclame le Hezbollah capable de renverser le rapport de force concernant la maîtrise de l’espace aérien dans la région – ce qui, au passage, ne peut manquer de faire sourire tant la force avec laquelle furent tenus ces propos n’a d’égale que le gouffre militaire qui sépare la suprématie technologique Tsahal de l’arsenal de guérilleros du Hezbollah, pendant longtemps uniquement constitué de lance-roquettes Katyusha de provenance syrienne  – laissent par ailleurs penser que la Syrie a fourni un appui logistique et des missiles sol-air au Hezbollah en vue d’une riposte israélienne qui n’a jamais eu lieu – ceci expliquant peut-être cela.

Damas est pourtant dans le collimateur de :

-         la « communauté internationale », depuis le début du mois de septembre 2004 et la ratification - de justesse - à l’Organisation des Nations Unies de la Résolution 1559 proposée à l’initiative des Etats-Unis et..de la France, pourtant traditionnellement son allié économique dans l’Occident ;

-         ce même Iran d’Ali Khamenei qui cherche absolument à dissoudre une entente stratégique vieille de bientôt vingt-cinq ans entre une Syrie « baasiste-alaouite » et le Hezbollah pour rapprocher ce dernier de l’ayatollah irakien Ali Sistani alors qu’étrangement, la Syrie sert de porte d’entrée en Irak pour de nombreux islamistes radicaux – qu’Ali Khamenei qualifie de pro-Moktad Al-Sadr, Ali Sistani cherchant à étouffer politiquement ce dernier.

Dans ces conditions, on comprend pourquoi la Syrie - un pays au bord d’une implosion ethnique, religieuse et politique similaire à celle qu’endure l’Irak actuellement – à intérêt à se rattacher en dernier recours au Hezbollah, ultime raccord avec le monde chiite : un soulèvement de la communauté chiite syrienne serait à coup sûr fatal au régime militaire en place qui n’a pourtant, malgré un soudain revirement fondamentaliste, jamais clairement embrassé le rêve d’un djihad mondial incarné aujourd’hui par le front irakien et la cause palestinienne.


 

En bout de chaîne des ressentiments intra-monde arabe, on retrouve l’Etat d’Israël qui, avec les Etats-Unis, stigmatise toutes les frustrations, colères et accès de violence extrêmes de la part des ressortissants les plus intégristes de pays arabes soumis aux caprices de ploutocrates engrossant des organisations terroristes plutôt que les caisses d’Etats qui n’ont toujours pas trouvé la voie de l’émergence du sous-développement – au contraire d’Israël, un pays développé bâti en cinquante-cinq ans dans un désert (mais n’entrons pas dans la prose pro-démocratique tant de fois ressassée). Le virage méthodologique du Hezbollah traduit un renouvellement de soutien manifeste de la part de Téhéran – dont l’expertise militaro-industrielle issue des coopérations avec les savants soviétiques procure au Hezbollah les outils pour passer d’une guérilla populiste à une guerre de l’information au service des attentats - et la façon véhémente avec laquelle ses responsables le négocient ne va pas dans le sens des « lendemains chantants » escomptés avec la disparition du leader de l’Autorité palestinienne. Interrogé par le quotidien israélien Yediot Aharonot, le major-général réserviste Etan Ben Eliyahu s’attend à « voir l’appétit du Hezbollah grandir à la suite de ce succès », ce en quoi Israël se préparera en conséquence malgré les sévices psychologiques endurés. On se souvient ainsi de cette sanglante incursion en territoire israélien, au soir du 25 novembre 1987, d’un terroriste palestinien à bord d’un U.L.M. (avion motorisé ultra-léger) en provenance du sud du Liban qui avait abattu six soldats avant de l’être lui-même, après s’être posé sur une base de Tsahal – devenant ainsi une figure de proue, héros et martyr de la première Intifada.

On ne saurait, aujourd’hui, imaginer l’ampleur des dégâts pour Israël et l’équilibre géopolitique proche-oriental d’une série simultanée de mini-11 septembre causés par de tels drones équipés de bombes…
 

Jeremy Fain

2 commentaires.
 1. Sans titre
Visiteur, Unregistered
[smiley=sad]
 Posted 2006-04-03 01:09:39
 2. Sans titre
Max Gersteiner, Unregistered
quand je google vous, je trouve une alarmante papier concernant le Hizbollah. je vous felicite pour votre article, vous avez devine l´actualite il y a deux ans, j espere vous revoir a New York City dans un proche futur
Max
 Posted 2006-08-07 21:13:58
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Dernière mise à jour : ( 30-08-2005 )
 
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