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01-12-2008
 
 
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17-04-2006

 

Sommes-nous à la veille de la fin de l’affrontement israélo-palestinien ?

16/04/2006 
 

                

               Le conflit israélo-palestinien a pris, depuis la mort de Yasser Arafat, en novembre 2004, une tournure aussi brutale que surprenante.  A la situation de paralysie et de sclérose qui régnait pendant l’été 2004 dans la région, il est en effet tentant d’opposer la dynamique actuelle.  Cette dernière se caractérise par le retrait de Gaza l’été dernier et la probable poursuite du désengagement israélien de la majeure partie de la Cisjordanie d’ici quatre ans.  Elle est aussi marquée par l’émergence d’un face-à-face politique inédit, entre le Hamas d’une part, et une coalition qui réunira en Israël, selon toute vraisemblance, le nouveau parti centriste Kadima dirigé par Ehud Olmert, le parti travailliste de l’ancien syndicaliste Amir Peretz, et l’invité surprise, le très sérieux parti des retraités, d’autre part.  Cette confrontation inédite est révélatrice de la profonde mutation de la région, dont les habitants semblent crier à leur manière leur aspiration à la normalité, ou leur désir d’entrer, enfin, dans la modernité – aussi surprenant que cela puisse paraître dans le cas de l’élection du Hamas, qui s’est emparé du pouvoir avec un mandat simple : mettre fin à la corruption et améliorer le quotidien des Palestiniens. 

Les élections israéliennes, à l’issue desquelles la victoire du jeune parti Kadima n’a surpris personne, rendent compte de cette mutation de manière remarquable.  Au-delà de la victoire du mouvement créé par Ariel Sharon, dont le score a peut-être déçu ceux qui attendaient un nombre plus élevé de sièges à la Knesset, quatre faits marquants permettent de mieux comprendre la dynamique à l’œuvre dans la société israélienne, désormais toute aussi soucieuse de garantir son avenir économique, social et identitaire stable que d’assurer la fin de l’affrontement avec ses voisins palestiniens.   

En témoigne d’abord le score solide du Parti travailliste, qui reste la deuxième force politique d’Israël, qui, dans ses négociations avec Kadima, exige aujourd’hui le ministère des Finances et non celui des Affaires étrangères ou de la Défense.  L’ancien syndicaliste sépharade Amir Peretz, dont la campagne s’est davantage focalisée contre la politique économique du très libéral Benyamin Netanyahu, que contre la politique étrangère de Sharon avec laquelle son parti était, somme toute, en accord, rompt ainsi de manière notable avec le passé.  Preuve supplémentaire qu’un consensus solide émerge en Israël autour de l’idée de séparation, et que, finalement, le débat ne réside plus dans la question des relations avec les Palestiniens mais dans des problèmes domestiques, relatifs à la santé économique de l’Etat hébreu. 

Le deuxième élément est lié au premier : selon toute vraisemblance, Kadima sera forcé de composer avec le parti des retraités, dirigé par des personnalités notables – certaines, comme le leader Raphael Eitan, sont issues des services secrets israéliens – et dont le succès est lui aussi le résultat direct des conséquences sociales très dures de la politique économique de Nétanyahu.  Les Israéliens, comme leurs voisins européens, se sentent également concernés par l’avenir de leurs retraites.  Ils ne sont pas plus prêts à faire les sacrifices qu’exigeraient les évolutions économiques actuelles, comme le défend l’ancien ministre des Finances, dont les politiques d’inspiration thatchériennes ont constitué un argument de taille dans la campagne de ce petit parti, peut-être précurseur de clones européens… 

Le troisième fait marquant, et non des moindres, est la montée en puissance que du parti russophone Israël Beitenou, d’Avigdor Leiberman, dont le discours inquiète, mais dont on a pas forcément mesuré l’enjeu qu’il représentait.  On connaît depuis longtemps la place prépondérante qu’occupe la communauté russophone d’Israël, qui a immigré en masse vers l’Etat hébreu lors de la chute de l’Union soviétique.  On connaît également les difficultés qu’a eues cette communauté pour s’intégrer à une société israélienne déjà hétéroclite.  Les résonances avec les récents troubles qu’ont connus les pays européens sont remarquables.  Les difficultés qu’éprouvent ces derniers à intégrer toutes les communautés dans un ensemble cohérent fait surgir un problème qui se pose très certainement dans des termes différents qu’en Israël.  Il n’en reste pas moins que ces déchirures identitaires sont loin d’être le monopole de l’Etat hébreu.  Ce qui se passe aux Etats-Unis ou en France, pour ne citer que deux exemples des plus actuels constitue en effet une autre caractéristique marquante de la modernité : la redéfinition douloureuse et difficile des valeurs fondatrices d’une société, sans cesse confrontée à des changements souvent abruptes et rapides.  Les droites traditionnelles, tant en Europe qu’en Israël, ne semblent plus en mesure de répondre pleinement à ces enjeux particuliers.   

Le quatrième et dernier élément correspond au taux d’abstention record dans l’histoire de l’Etat hébreu, qui a presque atteint 40% de l’électorat.  Ce taux peut paraître banal si on le compare aux taux européens, mais reste étonnant au regard de l’histoire d’Israël, dont la population a toujours manifesté un intérêt sans égal pour la chose politique.  Pour être schématique et concis, on peut dire que ceux qui n’ont pas voté pour le parti des retraités se sont abstenus, ne voyant, dans ces élections, plus aucun enjeu.  C’est dire à quel point le consensus qui s’est construit autour du désengagement est solide et ancré dans la société israélienne, dont les centres d’intérêt ont évolué vers des sujets plus économiques et proches des préoccupations de leurs voisins européens.  On est bien loin des batailles idéologiques des années 1990 qui opposaient les partisans d’Oslo à ceux qui ne souhaitaient aucunement traiter avec les Palestiniens. 

Les Israéliens aspirent à la séparation, qui rime, à leurs yeux, avec normalité et dépassement d’une situation ressentie comme anachronique et absurde.  En pensant à leur avenir, ils n’intégrèrent plus exclusivement des critères de paix ou de gestion du conflit. A ce titre, le parallèle, bien que paradoxal ou surprenant, entre ces élections israéliennes de mars dernier et les élections palestiniennes de janvier 2006, qui ont mené au pouvoir le Hamas, mouvement terroriste selon les Etats-Unis et l’Union européenne, est pourtant séduisant.  Tandis que beaucoup de commentateurs ont exprimé leur surprise devant la victoire du Hamas qui coïncidait avec une logique affichée de retrait et de séparation du côté israélien – logique jusqu’alors inédite, avant Sharon – on a pu également souligner au lendemain des élections la fatigue du peuple palestinien qui  voulait sanctionner un Fatah corrompu et incapable d’aider les habitants des Territoires dans leur quotidien.  La victoire du Hamas dans de nombreuses municipalités palestiniennes démontrait déjà à quel point la vie difficile dans les Territoires poussaient les Palestiniens à opter pour le parti qui leur fournissait l’aide quotidienne dont ils avaient besoin.  Le vote pour le Hamas aux élections législatives, bien qu’il puisse être interprété de manière pessimiste étant donné le programme inquiétant du mouvement terroriste, revêt aussi un caractère contestataire très domestique, révélateur d’une société qui a voulu sanctionner un pouvoir bien peu enclin à abandonner la fuite en avant et la propagande contre « l’ennemi sioniste » pour se préoccuper des soucis quotidiens de la société palestinienne.  Pour poursuivre le parallèle, on peut également souligner l’absence d’attentats menés par le Hamas pendant la campagne électorale israélienne, qui aurait pu favoriser comme en 1996 le retour en force du Likoud. 

Soyons clairs : parler de la fin de l’affrontement israélo-palestinien ne signifie nullement que l’on peut espérer une réconciliation ou une « paix des braves » à la manière d’Oslo, dont on se trouve actuellement à des années lumières.  Cela ne réduit en rien l’inquiétude légitime que l’on peut avoir face à l’arrivée d’un mouvement terroriste – qui bénéficie d’un soutien financier croissant de Mahmoud Ahmadinejad – dont on ne connaît encore ni le programme officieux qu’il mettra en œuvre dans les mois à venir, ni la réelle aptitude à se démontrer pragmatique face à une situation qui pourrait être porteuse d’espoir pour les Palestiniens si la logique de désengagement se poursuit.  Parler de la fin de l’affrontement n’annonce pas non plus la fin du conflit entre l’Etat hébreu et un certain nombre de ses autres voisins, Iran en tête, dont l’hostilité affichée ne laisse présager rien de positif pour l’avenir de la région, prise au sens large.   

Néanmoins, par son vote, la société israélienne a peut-être répondu à ses voisins palestiniens, en choisissant l’interprétation la plus positive de l’arrivée du Hamas au pouvoir, et en exprimant son souhait d’en finir avec l’affrontement, en mettant elle aussi l’accent sur d’autres préoccupations toutes aussi primordiales que la paix.  Mais les Israéliens se sont également adressé au reste de l’Occident, en clarifiant leur souhait réel de ne plus être considérés comme une nation exceptionnelle, à part, mais comme réalité incontournable et ô combien semblable aux autres nations du monde. 

Jeremy Ghez

3 commentaires.
 1. haim
Haim, Unregistered
[smiley=sad] !!!
what a wonderfull world !!!
 Posted 2006-04-17 22:14:06
 2. ?
Visiteur, Unregistered
la guerre entre les sionistes et nous ne fait que commencer
 Posted 2006-04-17 23:26:55
 3. OK
Visiteur, Unregistered
OK, OK... [smiley=sad]
 Posted 2006-05-28 23:26:53
Merci pour vos commentaires !
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Dernière mise à jour : ( 19-07-2006 )
 
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