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Vous avez dit génocide ? 03/03/2005
A n’en point douter, vous connaissez ce mot et vous pourriez en citer des exemples historiques. Et maintenant, pourriez-vous me citer un génocide contemporain, je veux dire dans le champ journalistique, datant de moins de 10 ans ? C’est là que l’on commence à hésiter. Le génocide est un événement hors du temps par son intensité et son caractère unique, inhumain ; il peut donc nous sembler éloigné. A vrai dire, le génocide n’appartient-il pas par essence à l’Histoire ? Maintenant, franchissons un pas supplémentaire : vous avez certainement pensé au génocide des Tutsis au Rwanda en 1994, mais pouvez-vous mentionner avec certitude un génocide en train de se perpétrer actuellement ? Certains conflits dits de « basse intensité » en Afrique sont mal médiatisés, c’est pourquoi il est difficile de juger s’il s’agit de génocide ou bien de conflits ethniques, sachant que la frontière entre les deux est parfois floue. La question peut paraître rhétorique, elle soulève cependant une double difficulté : définir précisément et raisonnablement ce concept, alors même que le mot revient régulièrement dans la presse, dans les médias. Des génocides, il y en a eu, il y en a peut-être, il y en aura encore. Le terme est suffisamment lourd de signification pour s’y attarder un moment. Cet article n’a pas l’ambition d’émettre un jugement sur des dénominations abusives et parfois journalistiques (ou inversement…), mais d’effectuer une mise au point. Commençons avec un fait divers ; le 16 août 2001 à Durban eut lieu une manifestation propalestinienne, quelques jours avant la Conférence antiraciste mondiale. On pouvait y lire sur des pancartes le slogan suivant : « Stop the Genocide of Palestinians ». L’événement fit du bruit, non pas uniquement parce que quelques manifestants avaient tenté d’attirer à eux la justification de la Conférence, mais parce que la question de la qualification d’un crime en génocide était posée. Mot très chargé émotionnellement, génocide tire son étymologie du grec genos (la race) et du latin caedere (tuer) ; il fut forgé en 1944 par le juriste d’origine polonaise Raphaël Lemkin. On l’utilise pour parler de crimes de masse qui suscitent la répulsion et le dégoût. Le concept est donc fort simple : il s’agit d’exterminer un peuple et de le rayer de l’Histoire de l’Humanité. C’est là qu’un peu de cynisme s’impose ; il est matériellement difficile d’éradiquer un peuple de la surface de la terre comme on l’a fait de maladies comme la variole. Les sciences humaines s’accordent mal avec le manichéisme, et la question du génocide ne se pose pas en des termes de « peuple ou pas peuple ». Revenons un peu en arrière ; que l’on sache, les Turcs n’ont pas eu à exterminer intégralement les Arméniens pendant la première guerre mondiale pour que la France reconnaisse « le génocide arménien ». Et Dieu merci, il existe encore des Juifs pour raconter le génocide perpétré par les nazis à la fin des années trente et pendant la seconde guerre mondiale. Non décidément, la question ne se pose pas en ces termes. On peut différencier « crime de masse » de « génocide ». Les chercheurs sont actuellement unanimes pour qualifier les génocides des Arméniens ottomans, des juifs d’Europe, et des Tutsis au Rwanda, déjà mentionnés. En revanche, tous ne s’accordent pas pour qualifier les meurtres collectifs suivants : la famine organisée en Ukraine soviétique en 1932-1933, la persécution des Tziganes d’Europe par les nazis, les crimes commis par les Khmers rouges au Cambodge dans les années soixante-dix, qui ont tout de même amputé la population cambodgienne d’un bon dixième. Il ne s’agit pas ici de hiérarchiser les horreurs, mais de bien distinguer ce que l’on s’accorde à ranger dans la catégorie des génocides. « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde » écrivait Albert Camus. Pour plus de discernement, on lira avec profit l’entretien réalisé avec Michel Zaoui, avocat de plusieurs associations d'anciens déportés au procès de Maurice Papon, paru dans l’Humanité le 10 décembre 1998. Sur quels critères se basent les spécialistes pour parler de génocide ? Il faut la réunion de quatre caractères : la victime est un groupe humain ; les membres de ce groupe sont tués en raison de leur appartenance au groupe ; la destruction est un meurtre et porte sur une part substantielle du groupe ; l’intention est délibérée et un plan a été concerté. On reconnaît sans peine l’origine juridique des critères énoncés. Ecoutons ce que nous dit le Droit à ce propos. Contrairement à ce que l’on pourrait penser (en raison d’un nombre malgré tout restreint de cas de jurisprudence), la notion est étroitement encadrée par le Droit, sur la base il est vrai d’un précédent redoutable. Adoptée en 1948, la Convention internationale pour la prévention et la répression du crime de génocide définit le génocide à son article II comme suit : « l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire tout ou en partie un groupe national, ethnique, racial ou religieux comme tel : a) meurtre de membres du groupe ; b) atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale des membres du groupe ; c) soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ; d) mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ; e) transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe ». Cette définition fut reprise en 1998 dans le statut de la Cour Pénale Internationale. On le voit, suivant les degrés d’interprétation, ce texte fondateur peut donner lieu à des situations notoirement différentes. On peut ainsi s’interroger sur le déplacement d’enfants de la Réunion vers les Cévennes (sous le gouvernement Debré), et des enfants aborigènes vers les grandes villes australiennes à peu près à la même époque. Se pose aussi la question des politiques antinatalistes : politique de l’enfant unique en Chine, politique de stérilisation massive en Inde et récemment au Pérou… a ce stade-là, les exemples sont bien plus nombreux que les seuls meurtres de masse. Dans l’état actuel du Droit International, il semble bien que ce soit la Cour Pénale Internationale (CPI) qui ait vocation à qualifier les génocides, puisqu’elle est chargée de réprimer les crimes de grande envergure (crimes de guerre, crime contre l’Humanité…). D’un point de vue juridique, c’est donc la Cour Pénale Internationale qui serait habilitée à distinguer les génocides (positions du Tribunal Pénal International ad hoc pour le Rwanda, et pour le conflit en ex-Yougoslavie). « Serait habilitée » car les historiens compétents dans le domaine des conflits ethniques font également autorité et utilisent des critères mûrement réfléchis, comme nous l’avons vu en tête de paragraphe. Pour l’heure, la question du génocide est encore suffisamment expérimentale pour que l’on tolère des sources de qualification à côté du Droit international. C’est aussi le moment de mettre les choses au point : le génocide n’est pas uniquement un crime qui ne peut être commis qu’en cas de conflit armé ; le nombre n’est pas à lui seul révélateur de l’acte génocidaire ; outre l’acte, le génocide implique l’intention de détruire un groupe identifié. Enfin, à partir de quel moment peut-on qualifier un crime de génocide ? Curieusement, c’est un concept qui n’est identifiable que bien après avoir été commis, à la différence d’un crime ordinaire. Il suppose en effet la convergence d’une série complète de critères que nous avons énoncés. Après ces efforts d’encadrement conceptuel, revenons à la réalité, qui va nous faire comprendre la complexité des choses, derrière une apparente simplicité de définition. Cet article s’ouvrait sur la manifestation de Durban et l’emploi du terme de « génocide » pour parler du conflit israélo-palestinien. Maintenant que nous savons ce que cela implique, il y a là quelque chose de choquant. Dans le nouveau discours judéophobe mondialisé (aussi bien qu’il existe un discours judéophile), la nazification d’Israël tient une place prépondérante, et ce depuis la guerre des Six Jours (juin 1967). L’enjeu en est une délégitimation de l’état juif par tous les moyens, afin d’en justifier le démantèlement plus ou moins violent. Pour porter ce discours, l’islamisme radical déclare ouvertement la guerre aux « judéo-croisés » et le nouveau gauchisme tiers-mondiste démonise de façon plus ou moins voilée « l’axe américano-sioniste », haïssable comme peut l’être l’impérialisme des temps modernes (lire l’article de Pierre-André Taguieff dans La Croix du 29 octobre 2004). Ajoutons à cela la « surmédiatisation » du conflit au Proche-Orient et on obtient un cocktail idéal pour voir l’émergence et la propagation d’idées fausses. Ceux qui ont peint sur leurs banderoles « Stop the Genocide of Palestinians » ont peut-être fonctionné sur le schéma simpliste suivant (mais n’avons-nous pas tous nos propres simplifications et faiblesses intellectuelles ?) : Ariel Sharon, actuel Premier Ministre d’Israël, mène une politique de répression contre les Palestiniens, un peuple ! Donc Sharon est une sorte de Hitler. Deuxième pas : ceux qui cautionnent une telle politique sont forcément des nazis. Donc le sionisme est un nazisme (je répète que nous sommes dans une situation de simplification extrême). Il vient alors un étrange syllogisme, implacable : la politique sioniste équivaut au génocide des Palestiniens. Pour autant, peut-on voir dans la politique actuelle d’Israël, aussi criticable qu’elle puisse être, un acte génocidaire ? Certes la victime (le peuple palestinien est identifié comme tel) est un groupe humain. Certes il y a des meurtres, mais portent-ils sur une part substantielle du groupe ? On peut en douter ; les victimes de la 2ème Intifada ne sont « que » quelques milliers en cinq ans. Si les répressions israéliennes font l’objet de plans, comme toute opération militaire, a-t-on le droit de parler d’intention délibérée de destruction ? Certainement pas : l’immense majorité des Israéliens savent qu’il y aura un Etat palestinien limitrophe au leur dans un avenir proche. Quant à savoir si les Palestiniens tués le sont en raison de leur appartenance au peuple palestinien, nous espérons ne choquer personne en répondant par la négative (La situation est en revanche différente si on parle des kamikazes palestiniens). En bref, il est clairement disproportionné de qualifier de génocidaire la politique israélienne vis-à-vis des palestiniens. Encore une fois, il ne s’agit pas de minimiser les drames humains que recouvrent les conflits de peuples, les conséquences de politiques nationales, les crimes contre l’humanité et autres horreurs. Mais dans un contexte médiatique empesé par l’actualité, il faut savoir remettre les choses à leur place. Parce qu’il est peu fréquent, somme toute mythique, le génocide est très chargé émotionnellement ; on l’appelle parfois « le crime des crimes », «le crime sans nom ». Il est en fait précisément encadré par le Droit; son maniement est pour cela délicat. On peut se féliciter de l’émergence d’une jurisprudence internationale de la Cour Pénale Internationale avec les cas du Rwanda et de l’ex-Yougoslavie, qui donne une interprétation mesurée de la Convention internationale pour la prévention et la répression du crime de génocide (1948), et va certainement permettre une intensification de la répression pénale internationale. Laissons à Raphaël Lemkin le mot de la fin, sans qui ce texte n’existerait pas : « si le mot est nouveau, la pratique est ancienne » ; quand on peut qualifier un crime de génocide, il est déjà trop tard. Pierre-Marie Duché
4 commentaires. 1. "Vous avez dit génocide"Catherine GUILLAUME, UnregisteredJ'ai lu votre article avec beaucoup d'intérêt, très sensible à votre respect d'un" principe de précaution" qui n'exclue pas une parole responsable....Cependant je reste avec "ma" question :est-il vrai qu' à Durban(2001),"on" serait aller jusqu'à dire :"un juif, une balle". Si vous pouvez me répondre je vous en serais très reconnaissante,c'est 1sujet qui peut fâcher mais l'info réelle est toujours préférable à l'imaginaire...C.G. 2. éventuel génocide au DarfourVisiteur, UnregisteredBonjour,
J'effectue un mémoire sur le Darfour, il s'agit notamment de savoir si l'on est en présence ou non d'un génocide. Mon but est d'étudier les diverses approches sur ce conflit. Si finalement le terme de génocide était admis pour le conflit du darfour, tout l'interet de mes recherches résiderait dans les conséquences qui en découleraient. ( éventuellemnt une intervention beaucoup plus efficace et automatique de l'ONU dans le cadre d'un génocide). J'aimerais connaitre votre opinion sur ce sujet
Cordialement
TATARD EMILIE
3. Sur le terme GénocideDaniel Vanhove, UnregisteredMerci à M. Duché pour son intéressant article à propos du terme Génocide.
Il est effectivement essentiel de remettre certaines choses en perspective avant de s'avancer sur un sujet d'une telle gravité. Je pense néanmoins qu'il y manque l'un ou l'autre élément, que j'évoque ci-dessous, et qui font souvent défaut lorsque cette question est abordée.
Ces derniers jours, un débat sur Internet tourne autour de l'emploi de ce terme à propos du conflit israélo-palestinien. Comme je l'indique dans mon intervention, si certains semblent très compétents dans leur analyse des faits qu’ils commentent a posteriori, ils paraissent dans le même temps bien incapables d’éclairer de leur science les évènements qui se préparent… Et cela me semble symptomatique d'une société qui est encore traumatisée par le génocide des juifs lors de la dernière guerre mondiale, et qui n'est toujours pas parvenue à s'en déculpabiliser. J'ose ajouter, que ce sentiment est singulièrement entretenu par certains... L'objectif n'est évidemment pas d'oublier ce dramatique épisode de l'histoire européenne, dont il y aurait encore beaucoup d'enseignements à tirer en ce qui concerne son règlement dans les consciences. Mais en même temps, le figer dans nos mémoires et l'élever au rang de mal absolu après lequel les autres drames humanitaires ne seraient "que" des crimes contre l'humanité, sans "accéder" à la terminologie de "génocide" risque bien de ne pas nous permettre d'anticiper ceux qui se préparent sous nos yeux, au nom d'une hiérarchisation de l'horreur, soigneusement entretenue. Au point qu'il en est qui déclarent d'ailleurs que seule l'extermination programmée des juifs dans les camps nazis peut prétendre au terme de "génocide"... L'on peut voir la dérive!
L'aspect qui me semble donc essentiel mais insuffisamment exploité dans la définition qu'en donne l'ONU, est justement ce qui manque le plus dans les politiques actuelles de nos sociétés obsédées par le côté répressif de ses décisions à tous niveaux: j'ai nommé la Prévention. Si nous ne sommes plus capables de qualifier de "génocide" une situation qu'après coup, cela souligne d'autant notre incapacité à les prévoir ! Alors, plutôt que d'en avoir chacun "sa petite idée" la Convention internationale de l'ONU de 1948 permet un consensus, particulièrement dans son objet qui est bien la Prévention (en toutes lettres) et la Répression du crime de génocide... Malheureusement, nous ne voyons que le second aspect de cette Convention (qu'il est plus aisé à traiter sans risque de se tromper). Ce qui me semble fort dommageable, quand aujourd'hui où nombre de repères ont disparu, cela pourrait nous éclairer dans notre approche de la question, et dans le même temps, nous permettre d'anticiper les drames avant qu'ils ne se réalisent.
Par ailleurs, ce qui me semble également oublié dans la réflexion proposée, est que si le terme "génocide" n'est employé que du bout des lèvres par les "experts", c'est parce que dès qu'il est reconnu comme tel, cela contraint la Communauté internationale à intervenir dans un conflit dont certains de ses protagonistes entendent bien garder la maîtrise... Ce qui soulève l'aspect stratégique dans l'utilisation d'une telle sémantique et permet donc de comprendre que la notion éthique du terme n'est pas la seule à entrer en ligne de compte.
Dès lors et avec recul, considéré sur une période de 60 années depuis que dure la Naqba palestinienne, je pense que de nombreux critères d'évaluation contenus dans la Convention précitée de l'ONU, permettent à l'instar de l'historien Ilan Pappé, de dire qu'un génocide "lent" se déroule sous nos yeux en Palestine. Car de même qu'il existe des critères pour une qualification onusienne des conflits dits de basse, moyenne ou haute intensité, pourquoi n'y aurait-il pas les mêmes nuances dans l'utilisation du terme "génocide"? 4. Sur le terme GénocideDaniel Vanhove, UnregisteredMerci à M. Duché pour son intéressant article à propos du terme Génocide.
Il est effectivement essentiel de remettre certaines choses en perspective avant de s'avancer sur un sujet d'une telle gravité. Je pense néanmoins qu'il y manque l'un ou l'autre élément, que j'évoque ci-dessous, et qui font souvent défaut lorsque cette question est abordée.
Ces derniers jours, un débat sur Internet tourne autour de l'emploi de ce terme à propos du conflit israélo-palestinien. Comme je l'indique dans mon intervention, si certains semblent très compétents dans leur analyse des faits qu’ils commentent a posteriori, ils paraissent dans le même temps bien incapables d’éclairer de leur science les évènements qui se préparent… Et cela me semble symptomatique d'une société qui est encore traumatisée par le génocide des juifs lors de la dernière guerre mondiale, et qui n'est toujours pas parvenue à s'en déculpabiliser. J'ose ajouter, que ce sentiment est singulièrement entretenu par certains... L'objectif n'est évidemment pas d'oublier ce dramatique épisode de l'histoire européenne, dont il y aurait encore beaucoup d'enseignements à tirer en ce qui concerne son règlement dans les consciences. Mais en même temps, le figer dans nos mémoires et l'élever au rang de mal absolu après lequel les autres drames humanitaires ne seraient "que" des crimes contre l'humanité, sans "accéder" à la terminologie de "génocide" risque bien de ne pas nous permettre d'anticiper ceux qui se préparent sous nos yeux, au nom d'une hiérarchisation de l'horreur, soigneusement entretenue. Au point qu'il en est qui déclarent d'ailleurs que seule l'extermination programmée des juifs dans les camps nazis peut prétendre au terme de "génocide"... L'on peut voir la dérive!
L'aspect qui me semble donc essentiel mais insuffisamment exploité dans la définition qu'en donne l'ONU, est justement ce qui manque le plus dans les politiques actuelles de nos sociétés obsédées par le côté répressif de ses décisions à tous niveaux: j'ai nommé la Prévention. Si nous ne sommes plus capables de qualifier de "génocide" une situation qu'après coup, cela souligne d'autant notre incapacité à les prévoir ! Alors, plutôt que d'en avoir chacun "sa petite idée" la Convention internationale de l'ONU de 1948 permet un consensus, particulièrement dans son objet qui est bien la Prévention (en toutes lettres) et la Répression du crime de génocide... Malheureusement, nous ne voyons que le second aspect de cette Convention (qu'il est plus aisé à traiter sans risque de se tromper). Ce qui me semble fort dommageable, quand aujourd'hui où nombre de repères ont disparu, cela pourrait nous éclairer dans notre approche de la question, et dans le même temps, nous permettre d'anticiper les drames avant qu'ils ne se réalisent.
Par ailleurs, ce qui me semble également oublié dans la réflexion proposée, est que si le terme "génocide" n'est employé que du bout des lèvres par les "experts", c'est parce que dès qu'il est reconnu comme tel, cela contraint la Communauté internationale à intervenir dans un conflit dont certains de ses protagonistes entendent bien garder la maîtrise... Ce qui soulève l'aspect stratégique dans l'utilisation d'une telle sémantique et permet donc de comprendre que la notion éthique du terme n'est pas la seule à entrer en ligne de compte.
Dès lors et avec recul, considéré sur une période de 60 années depuis que dure la Naqba palestinienne, je pense que de nombreux critères d'évaluation contenus dans la Convention précitée de l'ONU, permettent à l'instar de l'historien Ilan Pappé, de dire qu'un génocide "lent" se déroule sous nos yeux en Palestine. Car de même qu'il existe des critères pour une qualification onusienne des conflits dits de basse, moyenne ou haute intensité, pourquoi n'y aurait-il pas les mêmes nuances dans l'utilisation du terme "génocide"? |