Advertisement
Accueil arrow Autres Points de vue arrow Huntington contre Glucksmann : La guerre des civilisations aura-t-elle lieu ?
01-12-2008
 
 
jay.jpg
Bienvenue !
Accueil
Calendrier
Editos
Analyses
Points de vue
Synthèses
Dossiers
>
Anciens sondages
Liens
Objet Social
Contactez-nous
Inscription Newsletter
liban.jpg
Sondage
monde.jpg
Commentaires
Huntington contre Glucksmann : La guerre des civilisations aura-t-elle lieu ? Version imprimable Suggérer par mail
Appréciation des utilisateurs: / 2
FaibleMeilleur 
07-11-2003

 

Huntington contre Glucksmann :
La guerre des civilisations aura-t-elle lieu ?


07/11/2003

 

            Ecrits en 1996, et causes de beaucoup de remous et de passion à l’époque dans le petit monde des politologues et autres spécialistes, l’article puis le livre du professeur américain Samuel Huntigton, The Clash of Civilization, ne prirent qu’un réel essor avec les événements tragiques du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.  Œuvre documentée et argumentée à la base, le livre de Huntington présente une thèse qui a non seulement été très vite déformée par ceux qui l’ont utilisé pour expliquer le 11 septembre, mais qui reste également trop réductrice pour capturer tous les enjeux des relations internationales aujourd’hui.
 
            La thèse de Huntington consiste à dire, avec Henry Kissinger, que le monde actuel s’articule autour de six puissances : les Etats-Unis, l’Europe, la Chine, le Japon, la Russie et l’Inde.  Or, il constate que ces six puissances appartiennent à cinq civilisations différentes, les Etats-Unis et l’Europe faisant, selon les définitions de Huntington, partis du même groupe.  Les rivalités entre ces puissances sont irréductibles.  « The rivalry of the superpowers is replaced by the clash of civilizations, Le clash des civilisations remplace la rivalités entre superpuissances ».  Mais Huntington ignore dès le début de son œuvre le fait qu’il y a six superpuissances, et issues de cinq et non de six civilisations différentes.  Tout se passe comme si la guerre des civilisations est à la fois constat et conséquence, la portée des rivalités entre l’Europe et les Etats-Unis étant réduite à néant, et ce sans commentaires.  Un antagonisme au sein d’une même ‘civilisation’ est jugée, sans discussion, inenvisageable.  Cela est et reste contestable.
 
            Glucksmann le rappelle : on pouvait lire dans le Monde diplomatique, au lendemain de la guerre d’Irak que « certains gouvernements sont certes si dangereux que leur disparition représenterait un avantage pour le monde entier.  Mais cela ne saurait justifier de prendre le risque que représente, pour la planète, une puissance mondiale qui, à la fois, se désintéresse d’un monde qu’elle ne comprend pas et peut intervenir par la force armée contre quiconque lui déplaît »…  Or, si l’on accepte le fait que la guerre d’Irak soit une conséquence directe de la guerre contre le terrorisme – la question de l’utilité ou de l’efficacité de cette guerre pour combattre le terrorisme étant indépendante –  on devrait voir dans ce conflit un des volets de la guerre de civilisations.  Mais les commentaires et les oppositions, issus de mouvements politiques européens divers, et appartenant par la même occasion à la même ‘civilisation’ – si le terme a encore un sens dans ce contexte – vont à l’encontre de cette vision des relations internationales.
 
            « Voilà deux mille cinq cents ans, écrit Glucksmann, Socrate signalait que nos différends les plus acharnés, les plus inconciliables, s’embrasent autour d’idéaux que l’on veut partager et d’Idées qu’on suppose communes.  Ses concitoyens d’Athènes exhibaient un même amour du Bien, du Beau, du Vrai, mais dès qu’ils entreprirent de démêler ce qu’ils entendaient par là, se leva ce désarroi éclairé dont nous héritons.  Quand les certitudes, les principes, les espérances de l’Ouest livrent bataille aux espérances, principes et certitudes de l’Ouest, incompréhensions, fureurs, et cynismes ont tôt fait d’entrer dans la danse ».  Glucksmann nous montre ainsi que le réel conflit auquel nous faisons face aujourd’hui, que ce soit à propos de la guerre d’Irak, ou par voie de conséquence, de manière plus générale, sur la vison du monde dans lequel nous vivons, n’est pas le résultats de valeurs ou de civilisations différentes ; tout au contraire, c’est parce que nous partageons les mêmes valeurs, démocratiques et largement en opposition avec la logique et la philosophie terroriste, que le conflit est inévitable.  L’enjeu est clair ; la politique pour y faire face est bien plus incertaine.  Il y a, à ce titre, une grande contradiction dans le discours de certains commentateurs politiques actuels, dont celui de Nicolas Baverez, qui d’une part met en opposition l’opposition frontale entre les Etats-Unis et la France sur le dossier irakien, et d’autre part s’inquiète de la réalité –au pire en devenir – de ce choc des civilisations entre les Nations occidentales et arabes.  On peut croire à la superposition de ces deux faits, mais inexorablement, l’un des deux tendrait à effacer l’autre.
 
            Ce qui découle de l’analyse de Glucksmann est que l’antagonisme fondamental concernant la manière d’agir en Irak s’est fondé sur le fait que l’initiative était uniquement américaine et britannique et qu’aucun consensus, tel celui qui s’était formé autour de la nécessité d’intervenir au Kosovo, même sans l’aval de l’ONU, n’existait sur la question de Saddam Hussein.  Mais les impératifs étaient pourtant les mêmes : ceux qu’exprimaient Habermas à propos du Kosovo, à savoir l’urgence, l’humanitaire et la démocratie pouvait s’appliquer au cas de l’Irak.
 
Rien, donc,  sur la menace, l’objet de fond…  Tout le débat se concentre sur la forme, la définition de la politique, un peu comme à Athènes.  La libération effective du peuple irakien – les fosses communes découvertes en Irak justifient le terme de libération- s’efface devant les règlements de compte interminables des grandes puissances qui se demandent des explications, alors que la menace faisait l’objet d’un consensus.
 
Une formule bien plus appropriée, donc, pour tenter de capturer plus pleinement ce qui se passe aujourd’hui, serait ‘le choc des visions’, non le ‘choc des civilisations’.  Et ce pour trois raisons. 
 
La première est qu’il est déconcertant de vouloir donner la valeur de ‘civilisation’ à une idéologie terroriste telle celle de Ben Laden, ou à une idéologie laïque mais dictatoriale, telle celle de Saddam Hussein. Sur ce point, il semble y avoir consensus : Simon Serfaty, de l’Institut français des Relations internationales, l’Ifri, le mot d’ordre parmi les nations occidentales – pour une fois qu’un consensus s’installe dans ce contexte, autant le signaler – était que la guerre qui avait été déclarée avec le 11 septembre était une guerre pour la civilisation, et non des civilisations.  Beaucoup verront et utiliseront les propos de George W. Bush pour justifier la vision du 11 septembre en termes de guerre de civilisations :  si le président américain voulait partir en ‘croisade’, c’est bien au nom d’une religion contre une autre, arguent-ils.  Mais cela n’est pas le cas, selon Serfaty : « Il est désormais question, selon George W. Bush, ‘d’un combat pour sauver la civilisation et les valeurs communes de l’Occident, de l’Asie et de l’Islam’ un combat livré afin d’assurer ‘une paix en faveur de la liberté(…) contre la menace terroriste et de tyrans’. »  Aucune trace de guerre de civilisation.  Pour Simon Serfaty, ce serait oublier le dimension importante qu’occupe l’action  chez le président Bush, qui se sent désormais doté d’une mission, a service de toutes les démocraties.  Cette ‘croisade’ reste donc ‘séculaire’, et ‘généreuse’, explique Serfaty.  A cela, Glucksmann ajoute : « Qu’y a-t-il de commun entre Saddam Hussein le ‘laïc’ qui garde ses rangers à l’heure de la prière, les mollahs iraniens pudibonds qui enferment les femmes et un Kim Jong Il amateur de cassettes hollywoodiennes, de bolides hors de prix et de belles pépées ?  Certainement pas la culture, la religion ou l’idéologie. »  Mais certainement la tentation nihiliste et dictatoriale propre à la logique terroriste.
 
La deuxième est que la formule inaugurée par Huntington mène à une lecture erronée de l’actualité post-11 septembre.  Tout conflit ou guerre se lit désormais dans la grille de lecture proposée par Huntington, indépendamment des règles de bon sens que l’on pourrait pourtant attendre.  Alain Finkielkrauth, dans son œuvre Au Nom de l’Autre, rappelle les propos de l’économiste et historien Emmanuel Todd à propos du conflit israélo-palestinien : « L’incapacité de plus en plus grande des Israéliens à percevoir les Arabes comme des êtres humains en général est une évidence pour les gens qui suivent les informations écrites ou télévisées. »  Une évidence ?  Pour ceux qui voient dans les Israéliens des Juifs, et dans les Palestiniens des Arabes – et non des Musulmans uniquement – et qui considèrent les deux parties comme deux ennemis irréductibles dont la confrontation ne peut se terminer qu’avec la disparition de l’une d’elles, très certainement.  Mais pour eux qui veulent dépasser cette vision manichéenne, et qui veulent voir dans ce conflit un antagonisme profondément politique, et non humain –comme en témoignent le consensus qui règne aujourd’hui sur les solutions du conflit (frontières de 1967 par exemple) d’une part, et l’échec des négociations de Camps David et de la Feuille de Route – la dimension de guerre de civilisation perd tout son sens.  Que penserait en effet Emmanuel Todd d’un ‘spécialiste’ qui annoncerait la disparition des Palestiniens en tant que race humaine, à cause de leur caution et passivité face aux attentats suicides ?
 
La troisième raison est que le ‘choc des visions’ n’a pas disparu aujourd’hui ; pire, il a grandi.  Le journaliste Jean-François  Kahn déclarait, à la fin octobre sur RTL, qu’il voudrait entendre pour une fois ceux qui ont soutenu l’intervention américaine en Irak avouent leur erreur, au vu du chaos qui règne aujourd’hui dans le pays.  A cela, Glucksmann répond que les ‘fosses béantes de Bagdad’ sont suffisantes pour donner raison à l’intervention américaine.  Clash de priorités, clash de visions, et clash de définitions : le problème réside-t-il vraiment dans les divergences de civilisations ?
 
« La civilisation est un pari, dit Glucksmann.  Double.  Contre ce qui la nie et la menace d’annihilation.  Contre elle-même, trop souvent complice passive ou aventuriste de sa disparition. »  Redonner au concept de civilisation l’unicité dont elle a fait preuve dès le 12 septembre 2001 présente un avantage fondamental dans l’interprétation des événements.  La guerre que nous vivons n’est pas une guerre culturelle, mais une guerre de principes, une guerre de définition de fondamentaux.  Là résident tous nos dilemmes.
 
                                                                                                                                                                          Jeremy Ghez
 
 
 

1 commentaire.
 1. Le choc de LA civilisation contre LA barbarie (Wafa Sultan)
Naibed, Unregistered
Voir mes commentaires 9. et 10 sur l'autre fil, du 18/03/2005, intitulé « Le « choc des civilisations » aura vécu »


 Posted 2008-04-02 08:34:15
Merci pour vos commentaires !
Nom : Titre :
E-mail : Site web :
       [smiley=angry][smiley=cool][smiley=evil][smiley=happy][smiley=laugh][smiley=sad][smiley=shock][smiley=think][smiley=tongue][smiley=wink]
Commentaire(s) :
Dernière mise à jour : ( 30-08-2005 )
 
< Précédent   Suivant >
 
Top! Top!