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13-10-2008
 
 
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28-07-2004
 

Israël et l’intégration des immigrants de 1948 à 1977

25/06/2004
 
 

L’accueil des Juifs de la Diaspora et leur intégration dans un foyer national constitue la raison d’être de l’Etat d’Israël. L’idée du sionisme politique est de rassembler les Juifs du monde entier en un pays où ils aient le droit de se défendre contre toute persécution. Cette idée connut dès le 19ème siècle, un très grand succès, en particulier chez les Juifs d’Europe de l’est sans cesse inquiétés par les pays en puissance dans cette région. Avant même le premier congrès sioniste, la première alya avait commencé, en 1882. A partir de cette date jusqu’à la création de l’Etat d’Israël en 1948, on compte cinq vagues d’alya. Les nouveaux immigrants venant de pays d’Europe occidentale et orientale s’intègrent dans le Yichouv. L’Etat d’Israël n’existait pas encore, mais déjà de nombreux Juifs croyaient à son avènement et souhaitaient s’établir en Palestine mandataire, alors que les Anglais limitaient drastiquement l’immigration à partir des années trente. En 1948, lorsque les obstacles à l’immigration sont levés par le nouvel Etat juif, les Juifs affluent. On compte 900 000 nouveaux immigrants dans la première décennie de l’Etat. Dès lors on comprend que les problèmes de l’absorption de ces nouveaux immigrants dans un Etat presque tout aussi nouveau devient l’une des préoccupation majeures des pouvoirs publics. Après avoir rappelé les grandes caractéristiques de l’immigration vers Israël, nous verrons chronologiquement chacune des vagues d’immigration, et leurs conséquences sur la société israélienne.
 
Caractéristiques de l’immigration vers Israël
Le premier trait qui différencie l’alya de toute autre type d’immigration est son caractère imprévisible et aléatoire. En effet l’immigration vers Israël dépend, dans une large mesure, de la situation politique, économique et sociale des communautés juives à travers le monde. Aussi les vagues migratoires revêtent elles dès les années 1930  « le caractère d’exode plutôt que celui de migrations qui s’opèrent graduellement et n’affectent qu’une partie de la communauté . »( Shlomo Sitton, Israël immigration et croissance économique ). Le rythme abrupt de l’immigration se note dès les années trente, avec l’avènement du nazisme qui pousse les Juifs d’Allemagne vers la Palestine, puis après la deuxième guerre mondiale avec l’arrivée des réfugiés,  et des « personnes déplacés » venant d’Europe. On le voit surtout dans la transplantation  de communautés juives entières originaires d’Afrique du Nord ou du Machrek.
De ce facteur, il résulte que la « politique d’immigration » israélienne diffère profondément de ce qu’on appelle politique d’immigration dans le monde entier : les Etats déterminent leur politique d’immigration en fonction de leur besoin en main d’œuvre, et de leur capacité d’absorption. Par contre, l’Etat juif fonde sa politique d’immigration non sur des considérations économiques, mais sur une  politique de « porte ouverte » à tout Juif qui exprime le désir d’immigrer.
 
D’autre part, l’alya se distingue par sa très grande hétérogénéité : l’immigration israélienne provient d’une soixantaine de pays présentant des niveaux de développement et des structures mentales et sociales très différents. Même aux Etats-Unis où l’on connaît le fameux phénomène du melting pot, une telle hétérogénéité n’existe pas. Le mélange des différentes composantes de l’immigration une fois sur place est problématique, parmi la soixantaine d’origines qui se rencontrent en Israël, on distingue généralement deux grands types de provenance : l’immigration de d’Europe, et l’immigration d’origine orientale ou nord africaine. L’adaptation de cette dernière à un milieu socio économique de type occidental est une des tâches les plus difficiles de l’intégration en Israël.
Cependant, un autre facteur joue en faveur de l’intégration des nouveaux immigrants, il s’agit d’un facteur d’ordre psychologique : quelle que soit son origine, le nouvel immigrant juif trouve en Israël, une communauté de religion, et de tradition. C’est précisément  ce facteur qui attire les Juifs en Israël, et non comme dans l’immigration classique, et désir de mieux être souvent économique. L’alya se caractérise généralement par un désir de mieux être au sens moral du terme, c'est-à-dire, notamment le désir de pouvoir s’affirmer comme Juif dans un Etat juif, et d’y jouir d’une sécurité en tant que Juif. 
 
La grande alya, événement constitutif de la société israélienne
Ce sont des  Juifs ainsi motivés qui arrivent en Israël lors de la grande alya ( 1948-1961). Durant ces trois années, on compte 650 000 nouveaux immigrants. Les immigrants viennent pour la moitié d’Europe, ils sont soit des rescapés de la Shoah, soit les membres de communautés épargnées pendant la guerre, par exemple, les Juifs roumains émigrent en grande partie, et les bulgares émigrent presque tous, vers Israël.
 La seconde composante de la grande alya sont les Juifs d’Afrique et d’Asie. Des communautés juives entières sont  quasiment liquidées : tout d’abord, une des plus anciennes et des plus prestigieuses des communautés d’exil, celle d’Irak. 120 000 Juifs irakiens arrivent en Israël à partir de mars 1950. De même, la communauté juive du Yémen immigre en Israël dans sa quasi-totalité : l’opération « Tapis volant » consiste à transporter 45 000 Juifs d’Aden, jusqu’en Israël par des navettes aériennes. Enfin, les Juifs de Libye, victimes de la Seconde Guerre mondiale, puis de pogroms en 1945, émigrent tous vers Israël. Les émigrants sont aussi originaires de Turquie, du Liban, ou d’Afghanistan. Quelques dizaines de milliers de Juifs arrivent de Tunisie ou du Maroc, mais il faut attendre la décolonisation pour que l’immigration en provenance du Maghreb devienne massive.
 
Face à cette immigration massive et impressionnante, deux types de réaction se trouvent en Israël, il y bien sur l’émotion commune à tous, mais certains se demandent si Israël, pays neuf, pauvre et épuisé par le guerre d’indépendance, est apte à recevoir des masses d’immigrants eux aussi épuisés, pauvres et déracinés. Il y des partisans d’une immigration mesurée, étalée sur le temps, sélective. A ceux-ci s’oppose Ben Gourion conscient du fait que les pays communistes et musulmans peuvent à tout moment fermer les vannes de l’émigration.  Il décide donc d’accueillir tous les Juifs qui désirent immigrer en Israël, sans délai. Cependant, cette décision généreuse n’a pas permis un accueil optimal ou même correct des nouveaux immigrants : les conditions d’arrivée sont traumatisantes, l’hébergement se fait la première nuit dans des hangars, ou bien dans des tentes de la Seconde guerre mondiale, achetées en Europe, pour accueillir les arrivants, le pays se couvre de toile. Les conditions de vie sont si dures que la construction de maabarot, centres de transit composés de baraques en taule ondulées, font figure de progrès. La période de la grande alya est caractérisée par des restrictions alimentaires qui entraînent dans leur sillage développement de la spéculation et du marché noir. Le chômage se développe à une grande vitesse, l’Etat manque de devises et n’est parfois pas capable d’assurer l’approvisionnement en farine ou en pétrole. Il y a bien sûr l’aide des Juifs occidentaux de la Diaspora, surtout des Etats-Unis, mais elle ne suffit pas à aider de manière significative l’Etat juif. Parmi les anciens du Yichouv aussi bien que parmi les nouveaux immigrants la pauvreté provoque une certaine désillusion, les grèves et les manifestations sont nombreuses. Face au mécontentement grandissant, l’Etat propose aux chômeurs du travail dans de grands travaux à faible intensité capitalistique.
 Finalement, la crise s’assainit, tout d’abord grâce la chute de l’immigration qui tombe graduellement de 1948 à 1951, mais aussi grâce aux mesures étatiques, et grâce à  la mobilisation de la population.
 Finalement, Les Juifs de l’immigration sortent des maabarot et s’orientent dans différents secteurs. Beaucoup vont vers l’agriculture et créent de nouveaux villages, des kibboutzim mais surtout beaucoup de mochavim. D’autres vont peupler les banlieues nouvellement construites et sont employés dans l’industrie naissante du pays. D’autres enfin se dirigent vers des villes de développement, destinées à harmoniser le peuplement en créant des villes hors des zones de grande concentration démographique, en Galilée ou dans le Néguev par exemple.
 
Intégration partielle : les problèmes sociaux nés de l’immigration ont des conséquences durables sur la société israélienne.
 
Le principal problème d’intégration se pose, lors de la première alya, pour les Juifs orientaux. Leur sionisme est plus religieux que politique, leur conception d’Israël, terre sainte, se heurte à l’Israël du Yichouv, laïc, et socialiste. Leur mode de vie est également plus traditionnel, ils n’ont souvent  pas bénéficié de la modernité occidentale et se retrouvent confrontés à des Européens qui les regardent  souvent avec une pitié généreuse, teintée de condescendance. Pour s’adapter dans un pays moderne et séculier comme veut l’être Israël, les jeunes Européens sont privilégiés, il faut cependant remarquer que certains groupes d’orientaux s’en sortent aussi bien, les irakiens par exemple. Là où le clivage est profond, c’est dans la pratique religieuse : à leur arrivée en Israël, les jeunes religieux se font souvent couper les peot, par mesure d’hygiène, autant que par incompréhension totale d’un mode de vie différent. De plus, une fois installés en Israël, les nouveaux immigrants voient leur structure familiale remise en question : le père craint de perdre son autorité, et l’égalité strictement établie entre homme et femme ne correspond pas à leur vision habituelle des choses.
Plusieurs symboles restent représentatifs des traumas subies par les nouveaux immigrants : tout d’abord, les maaparot, puis le DDT, désinfectant de masse, systématiquement appliqué, qui est perçu comme un signe de dédain et de méfiance de la part des « anciens » Israéliens. Le choc le plus frappant demeure l’affaire des enfants yéménites : des enfants pauvres que l’on aurait enlevés à leur familles, pour les faire adopter par des familles israéliennes plus aisées. Après enquête, il s’est avéré que quinze cas sont réellement établis : des enfants malades, dont les parents ne se seraient pas manifestés, ont été portés morts, et en réalité donnés à d’autres familles.  Ce phénomène a énormément marqué les esprits, surtout chez les nouveaux immigrants chez qui il a illustré le mépris dont ils croyaient être victimes.
 
Les conséquences de la premières alya sont déterminantes dans l’histoire du pays, il est impossible de comprendre les développements sociaux, et parfois politiques de la vie israélienne, sans connaître cet arrière plan.  L’alya d’Afrique du Nord qui commence dans les années 1950 partage nombre des caractéristiques de la première alya, puisque elle apporte également en Israël des juifs orientaux. 165 000 nouveaux immigrants arrivèrent entre 1955  et 1957, puis 228 000 entre 1961 et 1964, leurs qualifications et leur niveau d’éducation les ont défavorisé sur le marché du travail, et l’intégration fut aussi problématique.
C’est à partir de la grande alya, et de l’intégration seulement partielle des Juifs orientaux que l’on parle, en Israël, ce paar hevrati, fossé social. Il est avéré qu’à la sortie de la grande alya, les Juifs orientaux sont moins bien intégrés : c’est vrai au niveau statistique, au revenu par tête par exemple. Les enfants orientaux rendent bien souvent le pouvoir responsable de leur échec, ceci les poussent, dès 1969, à des manifestations contre le gouvernement, les premières sont les émeutes de Walisalib : en période de grande croissance, ces enfants d’immigrés marocains pou la plupart, se sentent mis à l’écart de la prospérité générale. C’est la première fois, en Israël, que l’on voit des émigrés se révoltent et beaucoup prennent consciences seulement à ce moment là que certains ne participent pas à la communauté nationale. Le gouvernement prend des mesures sociales, tente de relancer l’intégration des Marocains, mais sans grands résultats, la crise est d’ailleurs vite étouffée par la croissance qui continue. Le réveil de ce malaise des Juifs orientaux n’en sera que plus vif dans les années 1970 avec le phénomène des Panthères Noires.
C’est en fait le contraste entre le mépris dont s’estiment victimes les enfants des immigrants orientaux, et le traitement réservé aux immigrants occidentaux qui attise le conflit. En effet, à partir du début des années 1970 , grâce aux militantisme des Juifs du monde entier, les portes de l’URSS commencent à s’ouvrir aux Juifs qui désirent émigrer. Leur arrivée, conjointe à celle de nombreux Juifs originaires de pays occidentaux venus par solidarité avec Israël après 1967, réveille le problème social. Ces nouveaux immigrants sont en effet plus aisés que ne l’étaient et que le sont souvent encore les Juifs orientaux, et ils bénéficient de nombreux avantages réservés aux nouveaux immigrants. Ceci est perçu par de nombreux Israéliens de la grande alya comme une injustice. En effet, à la faveur de ce nouveau type d’immigration : personnes aisées, éduquées, contribuent activement au développement du pays, l’Etat décide de prêter une attention particulière à leur logement, à leur scolarisation… Cette nouvelle attitude résulte également du fait que cette vague d’immigration est nettement moins massive que les deux autres : entre 1972 et 1979, 267 528 immigrants sont arrivés en Israël,( 51% originaires d’URSS et 8% originaires des Etats-Unis).  Reste que ceci provoque une flambée de contestation sociale chez les jeunes issus des précédentes vagues d’alya. C’est à cette époque qu’apparaît le mouvement des Panthères Noires, il est composé de jeunes nés en Israël, produits du système éducatif israélien, et qui protestent sur le thème «  Nous sommes les exclus de la croissance ». Le mouvement se disperse rapidement mais comme symbole du malaise qu’il exprime, il reste longtemps dans les esprits. Un des effets du mouvement est que l’Etat décide de créer un programme de redistribution des richesses. Par exemple, on crée des assurance nationales fondées sur le principe universel. On prend également des mesures qui visent à améliorer l’intégration scolaire : on mélange les populations au sein des écoles. Cette mesure fut un échec car elle ne modifiait en rien la réelle inégalité : l’éducation reçue au sein du  foyer familial. Ces mesures furent assez inefficaces, mais elles illustrent la prise consciences par les dirigeants d’un problème social, et la volonté d’y remédier. Il est important de remarquer que l’échec de ces mesures d’intégration conduira une partie des Sépharades victimes d’exclusion à se détourner du parti qui a organisé leur « intégration », le Mapai, pour voter Likoud aux élections de 1977. L’intégration, ou la non intégration des immigrés ont eu des effets déterminants sur la politique israélienne.
 
 
 
Les vagues d’immigration des premières décennies de l’Etat d’Israël ont été constitutives de la société du pays. Tout d’abord d’un point de vue purement démographique : la population israélienne a doublé entre 1948 et 1951,  puis entre 1951 et 1971. Ces données ont des implications politiques très importantes : sans l’immigration, et avec pour seul facteur de croissance, l’accroissement naturel, la population juive en Israël aurait été de 65% au lieu des 85% actuels. Dans la mesure où la croissance de la population est immédiatement liée avec le  dynamisme économique, elle a également été un facteur déterminant de la croissance qui existe en Israël jusqu’aux années 1980. L’immigration a évidemment crée la diversité ethnique et culturelle de la population israélienne. Enfin, la politique d’intégration menée par l’Etat israélien a permis la construction et la consolidation d’une identité nationale, réalisant ainsi l’un des objectifs les plus importants de l’idéal sioniste.
 

Emanuelle Girsowicz
 

1 commentaire.
 1. Israel
cabaleb°, Unregistered
merci
moi je suis juif assimilé... j'ai envie de me désassimilé
donc je prend l'info [smiley=think]
 Posted 2008-05-04 00:31:54
Merci pour vos commentaires !
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Dernière mise à jour : ( 28-07-2005 )
 
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