Synthèse d'ouvrage : Comprendre le Proche-Orient, une nécessité pour la République 13/03/2006 Ouvrage collectif écrit : - sous la direction de Frédéric Encel et Eric Keslassy
- avec les contributions de : Eric Keslassy ; Frédéric Encel ; Pierre-André Taguieff ; Georges Bensoussan ; Ilan Greilsammer ; Khattar Abou Diab ; Daniel Dayan ; Dominique Schnapper ; Malek Boutih ; Jacqueline Costa-Lascoux ; Alexis Rosenbaum ; Barbara Lefebvre ; Fadela Amara et Antoine Sfeir.
Dans la lignée des écrits précédents de Frédéric Encel (Géopolitique de Jérusalem, le Moyen-Orient entre Guerre et Paix, Géopolitique d’Israël), ce florilège n’apporte finalement que peu d'éléments nouveaux au débat sur les origines et les enjeux du conflit israélo-palestinien en France. En revanche, avec les qualités pédagogiques que l’on connaît chez Encel, il a le mérite d’éclairer la place du conflit dans les médias et dans les écoles de notre République. Il synthétise également de nombreux arguments étayés dans des documentaires tels que Décryptage ou dans des ouvrages comme Les territoires perdus de la République.
C’est un ouvrage utile si vous avez besoin d’un bon résumé du conflit et du sionisme ; ou si vous voulez avoir le point de vue concret de professeurs ayant des difficultés à enseigner ce chapitre de l’histoire.
En revenir aux faits : Géopolitique, histoire et médias
Ecrire une histoire « objective » du Proche-Orient, est-ce possible ? Non : l’historien écrit avec sa propre expérience et le géopolitologue est nécessairement influencé par les mythes qui structurent les pensées des deux peuples, de certaines représentations qui privent le camp adverse de sa légitimité. Ce qui rend ces mythes encore plus difficiles à combattre, c’est qu’ils se diffusent de plus en plus rapidement et de plus en plus globalement à mesure des progrès de l’information. Aujourd’hui, on peut même parler de « guerre médiatique » entre Israéliens et Palestiniens. Le problème c’est qu’il existe un fort lien entre le conflit et les violences antisémites qui ont lieu à plus de quatre milles kilomètres de là… en France. C’est pourquoi la compréhension du Proche-Orient est une nécessité pour la République.
Deux faits complexifient l’ « importation du conflit » dans notre pays.
Premièrement, il existe dans de nombreux pays arabes un discours, voire un mythe, anti-sioniste et antisémite enraciné dans la pensée arabo-musulmanes et qu’alimentent les chefs des Etats ennemis d’Israël. La démythification d’Israël et du sionisme pourrait pourtant ouvrir la voie à une paix durable au Proche-Orient. Cependant, une vision honnête de l’histoire du conflit conduit à n’épargner ni les Israéliens, ni les Palestiniens ; les Israéliens se sont installés dans des conditions pas toujours irréprochables, les Palestiniens n’ont jamais reconnu Israël avant les accords d’Oslo, n’ont pas annulé le droit au retour, n’ont pas abandonné l’idée qu’il faille détruire Israël.
De plus, le conflit israélo-palestinien est démesurément présent sur nos écrans. Pourquoi ? Parce qu’il permet d’évacuer les culpabilités des européens liées à la colonisation (et pour certains pays à la collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale) : si ce conflit n’existait pas, on en aurait inventé un autre. Il a des manières plus ou moins fidèles de retranscrire à la télévision ou dans un journal, un événement. Il y a même ce qu’on appelle à juste titre des « détournements d’images ». Le 26 mars 2005, par exemple, Euronews diffuse une scène : des soldats israéliens hurlent sur un enfant et on le voit se déshabiller, tétanisé. Fin de la scène. Qu’en pense le spectateur? Il est outragé car, semble-t-il, « l’image parle d’elle-même ». Pourtant, la réalité est tout autre : il s’agit d’un Palestinien qui allait se faire sauter entraînant avec lui dans la mort des dizaines d’innocents et qui y a renoncé. Les « soldats » (qui n’en sont pas, ce sont des démineurs) lui expliquent comment désamorcer la bombe qui se trouve dans son gilet. Voilà pourquoi il est tétanisé, pourquoi ils hurlent et pourquoi il se déshabille… Pourtant, selon le directeur d’Euronews, l’image « parlait d’elle-même ».
Les débats en France sur le conflit israélo-palestinien ne sont pas nouveaux, mais avant ils étaient restreints au monde universitaire. D’où vient son extension à l’ensemble de la société ?
On vit une période de crise identitaire et les jeunes sont en recherche de discours rassurants qui montrent qu’ils ne sont pas responsables de leur propre situation, mais que ce sont les juifs qui le sont. C’est ce qui fait l’unicité de l’antisémitisme parmi les autres formes de racisme : il ressurgit régulièrement dans la société dès qu’il y a une crise majeure. Dans cette situation, le rôle de conflit israélo-palestinien est l’étincelle qui a mis le feu au poudre.
Réaffirmer la République peut passer par la loi (ex : la loi Lellouche contre l’antisémitisme), mais une enseignante peut elle appliquer l’arsenal législatif lorsqu’on la menace de « lui faire la peau » si elle parle de la Shoah ? Le problème est que l’autorité de l’institution n’existe plus, et il est difficile pour les politiques d’y remédier car le politique n’a plus d’influence suffisante sur la société.
Les enseignants ont donc un rôle fondamental dans cette tâche, mais ils sont nombreux à ne pas oser s’aventurer sur le terrain du conflit israélo-palestinien avec leurs élèves. Il n’est pas rare que les cours d’histoire se transforment en débats, où clichés et paroles antisémites fusent. Pourtant, le pire est de délaisser ce sujet ; on devrait justement donner aux futurs citoyens français les clés du débat et les faits dans leur objectivité pour qu’ils puissent se forger une opinion propre. Propre, c'est-à-dire individuelle, mais aussi dénuée de tout préjugé. Aujourd’hui, de nombreux jeunes ne connaissent rien à la naissance de l’Etat d’Israël, ne maîtrisent pas des concepts comme la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes et ne savent même pas qu’un bon nombre de Palestiniens sont chrétiens. Si on est antisioniste, on devrait être au même titre anti-France ou anti-Algérie indépendante, car le sionisme est une forme de nationalisme qui peut parfois avoir des côtés émancipateurs, voire des périodes oppressives. Mais à l’heure actuelle, l’école n’est pas à la hauteur de nos attentes.
L’école républicaine devrait permettre de développer une pensée libre et un mieux-vivre en commun. C’est elle qui nous permettrait également d’analyser et d’interpréter les évènements comme les attentats ou les prises d’otages. Or, à voir la façon dont les élèves prennent part aux événements en s’identifiant directement aux agresseurs ou aux victimes, on comprend qu’il y a là un problème et que l’école ne remplit pas bien son rôle. La cour de récréation devient un théâtre où l’on retranscrit les évènements du Proche et du Moyen-Orient. Parallèlement, l’effacement dans nos sociétés de la « vertu démocratique » entraîne une crédulité croissante à l’égard de la représentation politique, et le retour du religieux accompagne la désillusion politique
Tenter d’appréhender les réalités conflictuelles et poser les principes pour un véritable débat démocratique participe au premier pas que doit faire l’Education Nationale. Joy Sitbon 3 commentaires. 1. Très utileVisiteur, UnregisteredBravo à l'auteur du post précédent! Merci AFIDORA pour ce compte-rendu. 2. EncelVisiteur, UnregisteredPour en savoir plus sur Encel et ses sbires: http://www.oumma.com/article.php3?id_article=1594 3. ExcellentLucien, UnregisteredEXCELLENT mais ne peut intéresser que des esprits déjà ouverts si j'en juge par la réaction qui a pour titre Encel et qui renvoie à un site islamiste |